Les enjeux de la traduction – Entretien avec Will Firth

Discussion autour des enjeux de la traduction avec Will Firth, traducteur australien du russe, serbo-croate et macédonien vers l’anglais.


Entretien précédemment paru sur le blog de ANZLit Lovers le 28 avril 2013.

Je suis traducteur littéraire, et je traduis principalement des romans et recueils de nouvelles pour des éditeurs en Angleterre et aux États-Unis. Je connais assez bien la scène littéraire des pays de l’ex-Yougoslavie, donc mes principaux clients me laissent suggérer des titres. Ces dernières années, j’ai ainsi pu choisir la moitié des œuvres sur lesquelles j’ai travaillé.

Je rencontre rarement les auteurs avant de traduire leurs livres.  On se contacte par email une fois que le contrat est finalisé, et que nous sommes sûrs de la viabilité du projet. On commence par s’écrire, et je leur pose des questions. D’abord d’ordre général, puis de plus en plus détaillées. J’aime discuter de tout même quand je suis sûr de la solution à 99%. Le texte source est en effet souvent ambigu, et il peut y avoir plusieurs options de traduction en anglais. Être sûr de l’intention de l’auteur est important pour moi. La grande majorité des auteurs apprécient ces échanges intensifs ; ils sont heureux de savoir que quelqu’un lit leur travail scrupuleusement. Parfois, cela met en lumière des inadéquations qu’ils voudront rectifier dans les prochaines éditions. De temps en temps, nous ne sommes pas d’accord sur certains points ; dans ce cas-là, il n’y a pas de règles, les auteurs, moi ou l’éditeur pouvons avoir le dernier mot. Je n’ai traduit qu’un seul auteur décédé, et c’était dommage de ne pas pouvoir le connaître ! J’ai un peu peur de travailler pour un auteur très connu (ou avec des positions arrêtées) qui voudrait contrôler certains aspects de la traduction.

« Aussi littérale que possible, aussi libre que nécessaire », est souvent la devise d’une bonne traduction. Parfois, un grand écart mental est nécessaire pour parvenir à une équivalence en anglais, surtout lorsque la structure de la langue est très différente. De la même façon, on peut avoir recours à des reformulations assez importantes pour mettre en valeur des références culturelles implicites dans le texte source.  Une expression toute faite ou une traduction libre qui contient l’essence de la situation permet souvent d’arriver à de bons résultats. Parfois, ça demande beaucoup de réflexion pour réussir à avoir une bonne solution concise.

Mon travail comprend aussi la suppression de répétitions et autres redondances. D’autre part, je dois souvent contextualiser et expliquer certains termes lorsqu’ils ne sont pas clairs. Par exemple, lorsque les écrivains de l’ex-Yougoslavie font référence à « la guerre ». En général, on comprend à quelle guerre ils font référence uniquement à l’aide du contexte, ma traduction doit donc en dire un peu plus, et indiquer s’ils parlent de la Seconde Guerre mondiale, ou d’une des guerres ayant eu lieu en Yougoslavie dans les années 90. J’y fais référence au moins à la première allusion.

Les blagues, les jeux de mots sont bien connus pour être difficiles à traduire et nécessitent souvent de changer complètement l’image pour exprimer la même émotion en anglais.

Parfois, la terminologie pose problème, et comme il est rare de pouvoir utiliser des notes en bas de page, le traducteur doit choisir d’adapter le texte en faisant de légères modifications. Lorsque je travaillais sur un roman historique, je me suis évité de nombreux maux de tête en persuadant l’éditeur d’écrire une brève introduction dans laquelle j’expliquais certains des termes et problèmes.

Pour certains livres, nous avons dû changer le nom du personnage principal parce que l’association faite en anglais n’aurait pas été la bonne. Parfois, j’ai également dû inventer un titre pour un livre ou une histoire parce que la traduction littérale du livre original aurait été terne ou trompeuse.

La pensée latérale, requise pour trouver ce genre de solution, est exigeante et certains jours je sens que je ne peux pas me laisser aller et penser de façon originale. Mais c’est très gratifiant lorsque je trouve une solution appropriée, et encore plus quand les lecteurs l’apprécient.

© Will Firth
Pour en savoir plus www.willfirth.de/english.html
Traduction d’Angélique Montané

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s