Barracuda de Christos Tsiolkas

Barracuda de Christos Tsiolkas, Allen and Unwin 2013
Barracuda traduit par Jean-Luc Piningre, Belfond 2015

Auteur du roman La gifle, ChristosTsiolkas utilise une nouvelle fois son talent d’écrivain pour disséquer la classe moyenne australienne, mettant en lumière ses travers et sa réalité. Barracuda, son nouveau roman, offre un regard sur la lutte permanente de Daniel Kelly, nageur surdoué issu d’une famille d’immigrés écossais et grecs qui reçoit une bourse d’études pour intégrer une école privée prestigieuse de Melbourne. Son arrivée dans cette école hors de prix signifie pour Danny, le « wog », le début d’une lutte contre ses camarades riches. Au côté des autres nageurs de l’équipe et de Coach Torma, il devient tour à tour « Danny » « Barracuda » (en référence à sa puissance impitoyable lorsqu’il nage) puis « Psycho Kelly ». Danny veut devenir champion olympique de natation, et rien ne se mettra en travers de sa route. Après avoir été humilié devant ses camarades parce qu’il avait pleuré, il apprend à contrôler ses émotions et à ne pas se laisser marcher sur les pieds :

« Première semaine du trimestre, février 1994

Le premier conseil que le Coach a donné à Danny ne concernait pas la natation : ni la nage, ni sa respiration, ni la façon d’améliorer ses plongeons ou ses virages. Tout ça viendrait plus tard. Il n’oublierait jamais son premier conseil.
[…]

– Pourquoi est-ce que tu te laisses faire ?
– Quoi ?
– Pourquoi tu les laisses te parler comme de la merde ?

On entendait son accent quand il disait le mot “merde”.
Danny haussa les épaules. “Sais pas.”

– Fiston, réponds-leur toujours quand ils t’insultent. Fais-le tout de suite. Même s’il n’y avait pas de mauvaises intentions, mets-toi en position de force, réponds-leur. Une insulte c’est une attaque. Tu dois la contrer. Tu comprends ? »

Et Danny appliquera toujours ce conseil, à ses dépens.

Le roman est divisé en plusieurs chapitres répartis sur une période de 16 ans de la vie de Danny, qui alternent entre récits à la première personne et souvenirs racontés par un narrateur omniscient. La première partie du roman est intitulée « Breathing in » (Inspiration), et il faut en effet une longue inspiration pour pouvoir tenir le coup. Le personnage et le lecteur sont en apnée, attendant le coup fatal que l’on a deviné depuis longtemps, mais qui tarde à venir. La deuxième partie est logiquement appelée « Breathing out » (Expiration), sans quoi Tsiolkas aurait noyé un grand nombre de ses lecteurs.

Je dois reconnaître que comme pour Eleven Season de Paul Carter, je ne suis pas particulièrement attirée par les livres qui parlent de sport, cependant, le dernier roman (La gifle) et le talent de Tsiolkas m’ont convaincu de lire ce livre et je n’ai pas été déçue. Bien sûr, j’ai trouvé que 500 pages c’était parfois un peu long, et que ce personnage était un peu trop égoïste à mon goût. De plus, la violence et le langage cru utilisé par Tsiolkas (sa spécialité) m’ont mis mal à l’aise. Mais ne lit-on pas des livres pour être émus et pour comprendre le monde dans lequel on vit. Barracuda m’a mis en colère et mal à l’aise, sans doute à la grande satisfaction de Tsiolkas qui « écrit des romans, non pas pour représenter la société, mais pour la confronter à ses vérités les plus infâmes. » (The Monthly)

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