Les meilleurs romans australiens du 21e siècle

En octobre 2019, l’Australian Book review a publié la liste des romans préférés des lecteurs écrits au 21e siècle. À ma grande surprise, la plupart ont été traduits en français. Je ne les ai pas tous lus, mais je vais m’y atteler.

  1. La route étroite vers le nord lointain de Richard Flanagan. Traduit par France Camus Pichon, Actes Sud 2016
    Titre original : The narrow road to the deep north, publié en 2013.
    Lauréat du Man Booker Prize 2014
    Lire l’avis d’Emma sur Les libraires masqués du grenier
  2. Le garçon et l’univers de Trent Dalton. Traduit par Maxime Shelledy et Souad Degachi, HarperCollins 2019
    Titre original : Boy Swallows Universe, publié en 2018
    Lire les avis de Livres for fun et de The killer inside me
  3. Carpentarie de Alexis Wright. Traduit par Pierre Furlan, Actes Sud 2009
    Titre original : Carpentaria, publié en 2006
  4. Respire de Tim Winton. Traduit par Nadine Gassie, Payot Rivages 2012
    Titre original : Breath, publié en 2008
    Lire ma critique ici.
  5. La voleuse de livres de Markus Zusak. Traduit par Marie-France Girot, Edition Oh ! 2014
    Titre original : The book thief, publié en 2005
    Lire ma critique ici.
  6. Véritable histoire du Gang Kelly de Peter Carey. Traduit par Élisabeth Peelleart, Plon 2003
    Titre original : True History of the Kelly Gang, publié en 2000
    Lire ma critique ici.
  7. The Museum of Modern Love de Heather Rose, publié en 2016
    Indisponible en français
  8. La nature des choses de Charlotte Wood. Traduit par Sabine Porte, Editions du masque 2017
    Titre original : The natural way of things, publié en 2015
    Lire ma critique ici.
  9. La gifle de Christos Tsiolkas. Traduit par Jean-Luc Piningre, Editions Belfond 2011
    Titre original : The slap, publié en 2008
    Mon article sur Pourquoi je n’aime pas Christos Tsiolkas ici.
  10. À la grâce des hommes d’Hannah Kent. Traduit par Karine Reignier, Presses de la cité 2014
    Titre original : Burial Rites, publié en 2013
    Lire ma critique ici. Mon livre chouchou de tous les temps !
  11. Le secret de Jasper Jones de Craig Silvey. Traduit par Marie Boudewin, Calman Levy 2010
    Titre original : Jasper Jones, publié en 2009
    Lire ma critique ici.
  12. Questions of Travel de Michelle de Kretser, publié en 2012
    Indisponible en français
  13. Canicule de Jane Harper. Traduit par Renaud Bombard, Kero 2017
    Titre original : The Dry, publié en 2016
    Lire ma critique ici.
  14. Le fleuve secret Kate Grenville. Traduit par Mireille Vignol, Editions Métailié 2010
    Titre original : The secret river, publié en 2005
    Lire ma critique ici.
  15. Une rançon de David Malouf. Traduit par Nadine Gassie, Albin Michel 2013
    Titre original : Ransom, publié en 2009
    Lire l’avis de Cetalir.
  16. Vérité de Peter Temple. Traduit par Simon Baril, Payot et Rivages 2012
    Titre original : Truth, publié en 2008
    Lire la critique ici.
  17. Une partie du tout de Steve Toltz. Traduit par Jean Léger, Belfond 2016
    Titre original : A Fraction of the Whole, publié en 2008
    Lire la critique du Monde.
  18. Foal’s Bread de Gillian Mears, publié en 2011
    Indisponible en français
    Lire ma critique ici.
  19. That Deadman Dance de Kim Scott, publié en 2011
    Indisponible en français
  20. Le grand incendie de Shirley Hazzard. Traduit par Clara Céra, publié en 2005
    Titre original : The Great Fire, publié en 2003

La nature des choses de Charlotte Wood

The natural way of things Charlotte Wood, Allen and Unwin 2015
La nature des choses traduit par Sabine Porte, Editions du masque 2017

Quel timing incroyable ! Ce livre est paru en 2015, bien avant le mouvement de libération de la parole des femmes, mais comme je le lis aujourd’hui, en 2020, il prend une résonance qu’il n’aurait pas eue si je l’avais lu à sa sortie. C’est ce paragraphe qui m’a fait comprendre l’enjeu du roman.

Il laissa tomber la laisse et elle trébucha vers l’arrière, s’étalant de tout son long. Il leva le bâton, mais elle sentait sa peur. « Je te toucherai même pas de toute façon, avec toutes ces queues qui sont déjà passées par là », lui cracha-t-il alors qu’elle se relevait et se tournait vers la grange à l’abandon, l’adrénaline montait en elle. (…) Et maintenant, même avec Bouncer qui lui balançait ces obscénités à la figure, qui insultait son corps, qui décrivait ce que d’autres hommes lui avaient fait subir (…) tout ce qu’elle ressentait pour lui c’était de la pitié.*

Pendant des décennies, les femmes se sont tues, elles n’ont pas été entendues sur les humiliations, les agressions qu’elles avaient vécues. Il a fallu attendre #metoo en 2017 pour qu’enfin, on commence à écouter toutes ces femmes qui avaient honte de raconter ce qui leur était arrivé. Un cas me revient en mémoire. Vous souvenez-vous de Tristane Bannon que Dominique Strauss Kahn avait tenté de violer en 2007 et qu’elle avait finalement dénoncé en 2011 ? Vous souvenez-vous des réactions ?

Je ne suis visiblement pas une « bonne » victime. Comme Nafissatou Diallo n’est pas non plus une bonne victime. Mais c’est quoi une bonne, une vraie victime ? Une victime morte ? Je me sens plus perçue comme une coupable, comme nombre de femmes qui se font agresser ou violer le ressentent. Des femmes qui, forcément, ont aguiché leur agresseur ou qui ont bien cherché ce qui leur arrivait ! On a tout dit à mon sujet, que j’étais une fille paumée, manipulatrice, arriviste et menteuse, qui collectionnait les amants. Une instable, voire une folle. Ce sont ces arguments que distillent sur moi depuis des années les soutiens de Dominique Strauss-Kahn pour discréditer ma parole : comment une telle « déséquilibrée » pourrait-elle dire la vérité, enfin ! (Entretien sur Elle.fr en 2011)

Et on pourrait en dire de même de Nafissatou Diallo, la femme de chambre qui avait été agressée sexuellement par DSK. Quelles suspicions n’ont pas plané sur son témoignage ! Elle en avait après son argent ! Elle voulait se faire grassement payer pour un acte auquel elle avait consenti ! Le monde préférait défendre un prédateur sexuel. Il s’agissait d’un « troussage domestique » pour certains, « Il n’y a(vait) pas mort d’homme » pour d’autres (comme par hasard, tous des hommes blancs quinquagénaires). Et le complot ! Mais oui, tout cela avait été fomenté par la droite qui voyait ses chances de gagner les élections fondre comme neige au soleil si DSK se présentait. Bref, il était inconcevable qu’en 2011, un homme puisse agresser une femme, et encore moins un homme puissant face à une femme sans défense. Comme le disait BHL (sur son site, le 16 mai 2011) :

Et ce que je sais, encore, c’est que le Strauss-Kahn que je connais, le Strauss-Kahn dont je suis l’ami depuis vingt-cinq ans et dont je resterai l’ami, ne ressemble pas au monstre, à la bête insatiable et maléfique, à l’homme des cavernes, que l’on nous décrit désormais un peu partout : séducteur, sûrement ; charmeur, ami des femmes et, d’abord, de la sienne, naturellement ; mais ce personnage brutal et violent, cet animal sauvage, ce primate, bien évidemment non, c’est absurde.

Mais quelle hypocrisie ! Les chiffres sont alarmants : 16% des femmes sont violées ou agressées sexuellement au cours de leur vie, 10% d’entre elles portent plainte, 10% de ces plaintes aboutissent. Et quand on voit le traitement réservé à Tristane Bannon, on comprend mieux pourquoi.

Pour en revenir au livre dystopique de Charlotte Wood, il offre une métaphore de ce que vivent les femmes qui ont été agressées sexuellement ou impliquées dans un scandale sexuel, la mise au ban de la société. Dans notre monde, elles auraient « simplement » été humiliées et culpabilisées publiquement ou dans la sphère privée, mais, quoi qu’il arrive, dans ces deux réalités les responsables ne sont pas été embêtés. Ces victimes de slut-shaming ne sont plus des femmes respectables, elles méritent bien ce qui leur arrive. Et c’est ce qu’elles finissent par penser :

C’est seulement maintenant qu’elle commence à comprendre que son corps et qu’elle, Yolanda, ne sont pas des entités distinctes, et que ce qu’elle avait un jour envisagé comme un tout, dans toute son intimité, sa complexité et son originalité, n’existait pas. C’est ce que les footballeurs dans le noir savaient, plus ou moins, quand ils lui avaient fait subir ces choses. À ça. Il n’y avait pas d’âme dans cette chose qu’ils pelotaient et pénétraient et dominaient, mais seulement de la chair cotonneuse et coupable. Yolanda n’était rien, une copie de n’importe quel autre corps de chair. De la viande. Des tissues, de l’eau, du sang.*

Les dix femmes de La nature des choses se retrouvent emprisonnées dans un vieux hangar au fin fond de l’Australie, gardées par des geôliers de l’agence Hardings International (‘Dignity and Respect in a Safe and Secure Environment’). Cette agence s’assure – moyennant argent – que ces témoins gênants disparaissent tout en garantissant qu’elles seront humiliées physiquement et émotionnellement (elles sont rasées, n’ont pas de protections périodiques, portent des vêtements d’Hamish et la nuit, sont enfermées dans des niches…).

En trottinant derrière l’homme à pas chancelants, noyée dans le flou, elle essaie d’observer les alentours. L’outback, c’est le premier mot qui lui vient à l’esprit. Puis celui de décharge. Il y a quelques bâtiments défraîchis en fibrociment décoloré, les panneaux percés ici et là de trous noirs déchiquetés. Des toits de tôle grise mouchetée ; des gouttières tordues qui pendent. Des fenêtres réduites à des fentes obscures dont la peinture s’écaille. Des tas de plaques de tôle ondulée et de poutres en bois qui pourrissent, et, à côté, de vieux barils d’essence. Des enchevêtrements de câbles. Un tracteur rouillé, un fouillis de tuyaux et de piques en métal hérissés de graminées desséchées poussant dans les interstices. Pas d’arbres. Et – elle jette un coup d’œil rapide autour d’elle –, à part le tracteur rouillé impossible à déplacer, aucun véhicule. 

Ce livre répond intelligemment à un problème de notre temps, l’humiliation publique des jeunes femmes qui ont eu des comportements sexuels que la société juge inappropriés et la normalisation des violences verbales contre les femmes sur les réseaux sociaux. En 2015 (et bien sûr encore en 2020), les règles qui régissent les corps des hommes et celui des femmes ne sont toujours pas les mêmes. Ce qui est acceptable voire encouragé chez les uns est dégradant pour les autres. On peut se leurrer en se disant que ce roman expose un problème propre à l’Australie, malheureusement, la misogynie se retrouve sous toutes les latitudes. Charlotte Wood se sert de ce microcosme pour adresser une situation globale.

Bon, maintenant venons-en à mon avis sur le roman. J’avoue que j’ai commencé ce livre en trainant les pieds. J’avais peur d’être assommée par des descriptions à n’en plus finir sur la faune et la flore locale (la littérature australienne en regorge à mon grand désespoir !), mais finalement, j’ai été happé par ce roman. Passé les premières pages qui plantent le décor, j’ai continué la lecture avidement. L’écriture est précise et maîtrisée et les descriptions brossent un tableau angoissant du quotidien de ces jeunes femmes. Quand la nourriture vient à manquer et que Bouncer et Teddy baissent la garde, on pourrait croire que ces femmes vont s’unir pour reverser la machine, prendre le pouvoir. Mais le sexisme est tellement ancré en elles qu’elles restent passives et infantilisées. Elles n’arrivent pas à quitter leur posture de femmes obéissantes. Là-bas comme ailleurs, les femmes ne parviennent pas à se rebeller pour prendre leur destin en main.

Un livre à lire en ces temps où le féminisme est enfin à la mode !

Charlotte Wood est une des auteures australiennes les plus en vue de ces dernières années. Elle a écrit Piece of a Girl (1999), The submerged cathedral (2004) et The Children (2007). Ces romans sont très bien accueillis par la presse et sont en général nominés à un grand nombre de prix littéraires. En 2012, Animal People était nommé aux Nita B. Kibble Awards et Miles Franlin Awards. En 2015, elle publie La nature des choses qui a été récompensé par six prix littéraires et sélectionné pour une dizaine d’autres. Visitez son site internet: www.charlottewood.com.au

*Traduction réalisée par mes soins

Pourquoi je n’aime pas Christos Tsiolkas

Est-ce que ça vous est déjà arrivé à vous de n’entendre que des compliments sur un auteur sans réussir à accrocher à son style ni même à apprécier ses romans ? À vous demander ce qui ne tournait pas rond chez vous ? Et bien, moi, j’ai ce sentiment avec Christos Tsiolkas…

Petit retour en arrière.

Christos Tsiolkas s’est fait connaitre en France grâce à son livre La gifle, publié en 2011. Ce roman racontait comment une gifle donnée à un enfant pendant un barbecue entre voisins ébranle la vie de cette communauté grecque de Melbourne.

[Hector] vit son cousin lever le bras, fendre l’air, et la paume ouverte s’abattre sur le garçon. Il y eut comme un écho. La gifle déchirait le crépuscule. Choqué, le gosse regardait Harry. Alors un long silence. Comme si Hugo n’arrivait pas à comprendre ce qui venait d’arriver, à établir une relation de cause à effet entre le coup et la douleur qui commençait à sourdre. Le silence se brisa, le môme était décomposé, et cette fois, il ne gueulait plus : les larmes coulaient sans bruit sur ses joues.

– Espèce de bête sauvage !

Gary fonça sur Harry et faillit le renverser. Un cri retentit, Rosie les dépassa et prit son enfant dans ses bras. Les deux époux lâchaient des torrents d’insultes sur Harry qui, lui-même en état de choc, reculait vers le mur du garage. 

Il a rencontré un immense succès dans le monde entier, vendu à plus d’un million d’exemplaires et publié dans 28 pays. Ce roman a également été adapté en série télé (disponible en DVD) par un réalisateur et des acteurs australiens. Une adaptation de l’adaptation (non mais on marche sur la tête !) a également été tournée aux États-Unis (les Américains m’effarent tant ils manquent de curiosité…), bref ce livre a fait son petit bonhomme de chemin. C’est d’ailleurs un des premiers livres que j’ai lus quand je suis arrivée en Australie. Il m’avait été conseillé quand j’avais demandé à un libraire de me proposer un roman typiquement australien. Je ne m’en souvenais plus, mais en relisant le post (concis) que j’avais publié à l’époque, je vois que je ne l’avais même pas fini… La crudité de son écriture me repousse carrément.

Sous la douche, Rich se massa les dents avec du dentifrice. Il avait failli utiliser la brosse de son père, mais c’était vraiment trop. Il se sécha, tenta en vain de coiffer la boule idiote que formaient ses cheveux, étudia son slip sur le carrelage. En séchant, le sperme avait dessiné un zigzag. Richie avait apporté le sous-vêtement dans la salle de bains avec l’intention de le laver. Quelle idée stupide, il n’allait pas prendre le train avec un slip mouillé. Rich regarda le siège des toilettes, jeta le slip dans la cuvette, le poussa tout au fond de la balayette tachetée de merde. Puis il tira la chasse. L’eau tourbillonna, prête à s »évacuer mais, au lieu de disparaître, reflua dans la cuvette. Terrifié, il se rendit compte qu’il venait de boucher les chiottes. Il haussa les épaules. Son père s’en occuperait.

Je n’ai rien contre les romans bruts, violents et intenses (un de mes romans préférés de l’année dernière était d’ailleurs My absolute Darling de Gabriel Tallent), mais je trouve qu’il y a chez Tsiolkas une vulgarité que je n’arrive pas à digérer.

Cela étant dit, je pense qu’à l’époque ma lecture de ce roman a été un peu superficielle. Les romans ont pour mission de nous aider à mieux comprendre le monde dans lequel on vit. Dire que l’on n’aime pas un roman parce que l’on trouve sa langue vulgaire ou offensante, c’est passer à côté du véritable sujet du livre. Dans son roman, Tsiolkas parle de la mesquinerie, de la cruauté et de l’égocentrisme des hommes. Il veut nous montrer qu’au fond nous sommes tous des monstres.

Richie avait conscience que tout le monde le regardait : le vieil homme derrière lui ; les passants de Queens Parade, alertés par les cris d’Hugo ; les gens dans les voitures. Mais peu importe. S’il devait s’arrêter, il craignait de filer au petit monstre une dérouillée d’enfer, au risque de l’assommer. Alors il pouvait bien gueuler, Richie ne l’entendait plus. Ils longèrent la piscine, traversèrent North Terrace et atteignirent le parc. Trébuchant, gémissant, Hugo s’efforçait de ne pas tomber. A l’ombre des arbres, Richie le libéra et, le regardant enfin, toujours fou de colère, failli lui balancer : « Je vais t’arranger le portrait moi, sale petit connard ! »

Il utilise un langage cru pour exposer l’hypocrisie de la nature humaine, sans céder à la censure. Avec des séries comme Game of Thrones ou House of Cards, on ne s’en offusque pas plus que ça de la méchanceté, de la violence et du double jeu des personnages. Mais voilà, la littérature possède un pouvoir bien supérieur à celui des films ou des séries télé, elle réussit à créer un monde imaginaire qui répond à ce que chacun d’entre nous a vécu. Au fond, nous projetons nos fantasmes et nos tabous dans les livres que nous lisons. Personne n’aura jamais la même représentation d’un personnage ou d’un lieu, chacun projettera ses propres ressentis sur les situations que vivent les protagonistes. Je ne suis sans doute pas la seule à avoir été déçue après avoir vu un film tiré d’un livre que j’avais lu, n’est-ce pas ?

Peut-être que les livres de Tsiolkas touchent une corde sensible chez moi, qui sait ! Cela étant dit, je ne peux pas me forcer à apprécier son style. C’est dommage parce que ses livres sont régulièrement récompensés par des prix littéraires et reçoivent toujours de très bonnes critiques.

Et vous, quels contenus et quel style vous dérangent quand vous lisez des livres ? Y a-t-il un(e) auteur(e) encensé(e) par la critique dont vous ne comprenez pas le succès ?

10 livres pour découvrir la littérature australienne d’aujourd’hui

Je sais que vous aimez les listes. Je vois bien que mon article Les 10 livres australiens qu’il faut avoir lus dans sa vie est le plus populaire de tous les temps. Et bien, ça tombe bien, moi aussi je les aime les listes. Après tout, ça dispense de lire un long article maladroitement écrit. J’ai donc décidé d’en établir une qui regroupe quelques romans australiens parus en français entre 2018 et 2019. Je vous préviens, je n’en ai lu aucun pour le moment (je mettrais les liens vers mes critiques à mesure que je les lis) ! Mais j’ai une excuse, j’ai eu un bébé en janvier 2019 et croyez-moi, ce n’est pas de tout repos. Bon, j’ai quand même choisi d’y faire figurer des romans qui ont reçu des prix ou de très bonnes critiques. En dehors de Christos Tsiolkas et Richard Flanagan, qui sont des auteurs reconnus sur la scène internationale, les autres romancières et romanciers ont un lectorat un peu plus confidentiel. Je vous invite donc vivement à les découvrir.

Miki, dix-sept ans, vit coupée du monde depuis l’incendie qui a coûté la vie à ses parents. Sous le joug de son frère Kurt, un chrétien fondamentaliste, elle travaille comme serveuse dans leur restaurant et le soir, se rêve en héroïne de romans. Lors d’une escapade secrète en forêt, elle fait la rencontre de Leon, un garde forestier tout juste installé en Tasmanie. Les deux jeunes gens se donnent alors une mission extraordinaire : sauver les diables de Tasmanie de l’extinction.
Au cœur de paysages somptueux, le combat inoubliable d’une jeune fille pour protéger la nature et se sauver elle-même.
Karen Viggers revient avec un grand roman, véritable hommage aux beautés naturelles de l’Australie, et nous livre une formidable histoire d’amitié et de solidarité.

L’auteure est francophile et vous souhaite la bienvenue sur son site, mignon comme tout ! Vous y trouverez pleins d’info sur ses livres en français.

Après des mois de silence, Nathan et Bub Bright se retrouvent sur la frontière séparant leurs ranchs, au coeur aride de l’Outback australien. Leur frère Cameron gît à leurs pieds, mort de soif. Sur ces terres isolées et suffocantes, à trois heures de voiture les uns des autres, aucune autre âme ne vit dans les environs. Alors pourquoi Cameron aurait erré sous le soleil implacable jusqu’à en mourir ? L’enfant du milieu et le favori avait récemment repris la propriété familiale. Nathan et Bub vont y retrouver ceux qu’il a laissés derrière lui : sa femme, ses filles, leur mère, et quelques employés. Mais alors que commence le deuil, Nathan se met à avoir des soupçons, qui le forcent à remuer de terribles secrets de famille. Car si quelqu’un est responsable de la mort de Cameron… les suspects se comptent sur les doigts d’une main.

Jane Harper est l’auteure de Canicule qui a rencontré un joli succès en France. En 2018, un autre de ses romans a été traduit, Sauvage, disponible en livre de poche.

Âmes sensibles, s’abstenir !
Sauvages, puissants, dérangeants, crus, quinze textes portés par l’écriture rageuse de l’enfant terrible des lettres australiennes, pour continuer à nous interroger sur une société multiculturelle et décadente où couvent haine, racisme et frustration et où nous avançons, tels des dieux sans pitié.
 Serait-ce ça, la vie ? Des amitiés d’antan qui se brisent et laissent place à la vie d’adulte, aux contacts sporadiques et lointains ; l’être aimé qui apparaît soudain sous un tout autre jour, la colère laissant place à l’amertume, puis aux remords et à la peur d’être seul.
Ce serait ça, la vie. Des gens qui s’éloignent et qui s’aiment malgré tout, comme cette mère, troublée de voir son enfant devenir un homme ; comme ce fils qui lave le corps de son père, malade d’Alzheimer… C’est ça, la vie, des étincelles d’humanité dans la noirceur et la violence.

Pour lire mes critiques de ses autres romans, vous trouverez Barracuda et La Gifle ici.

À l’approche du Nouvel An 1991, Jack Burroughs découvre dans son jardin les restes de son chien déchiqueté par un animal sauvage. Il n’en faut pas plus pour le faire dérailler. Ce vétéran australien du Viêtnam, aux accès de violence imprévisibles, est coutumier des abandons de domicile. Mais cette fois-ci il ne reviendra pas. Au cours des jours suivant son départ, ses proches prennent tour à tour la parole. Chacun révèle ses craintes, ses rêves, ses souvenirs et peu à peu se dessine le portrait en creux du père adoré/abhorré, cet homme resté prisonnier de la jungle. Observatrice perplexe du chaos semé autour d’elle par les adultes, Ruby, la cadette, évoque une enfance rythmée par les éclats de voix et les bris d’assiettes. Lani, sa soeur aînée, ne pense qu’à fuir l’atmosphère claustrophobe de l’Australie rurale. Evelyn, leur mère, considère la vie qui aurait pu être la sienne si elle n’avait pas rencontré Jack, tout en espérant son retour… Quant à l’énigmatique oncle Les, il s’interroge sur le contenu d’une malle que lui a confiée son frère, dans le plus grand secret, quelques mois plus tôt. Jack préparait-il déjà sa sortie ?

Dix femmes emprisonnées au milieu du désert australien. Dix femmes au crâne rasé, vêtues d’habits étranges. Trois geôliers, vicieux et imprévisibles, pour les surveiller. Un jour, la nourriture vient à manquer. Pour elles comme pour eux. Et les proies se changent en prédatrices.

Ce roman a reçu le Stella Prize en 2016 qui récompense uniquement des femmes.Ma critique d’Animal people (uniquement disponible en anglais)

Darra, banlieue de Brisbane, 1985. Eli, bientôt 13 ans, grandit entre une mère toxico, un grand frère mutique et, en guise de baby-sitter, l’un des anciens prisonniers les plus célèbres d’Australie : Arthur « Slim » Halliday. Mais Eli ne connaît rien d’autre et, en l’absence de son père biologique, peut compter sur les « good bad men » qui l’entourent : son beau-père Lyle, qui a plongé sa mère dans la drogue mais tente maintenant de l’en sortir ; Slim, que sa longue expérience en cellule d’isolement a rendu philosophe ; Gus, son frère, qui communique en écrivant dans l’air et semble avoir des talents de devin. Un jour, Eli découvre dans le pavillon familial une pièce secrète qui contient de la drogue et un mystérieux téléphone rouge : il suit
Lyle et comprend que celui-ci travaille pour un gang de trafiquants local. Furieux et fasciné à la fois, Eli demande à travailler pour lui…

Cambridge, 1963.
Une chambre à soi. Du temps pour peindre. Tel est le rêve de Charlotte après la naissance de ses deux filles. Son mari Henry, lui, ne supporte plus le climat anglais pluvieux et brumeux, et rêve d’un pays aride et ensoleillé comme l’Inde de son enfance. Une brochure, glissée dans la boîte aux lettres, semble apporter la solution : « L’Australie réveille le meilleur en vous. » Henry y croit.
Charlotte, en dépit de ses réticences, finit par céder, et peu après la petite famille embarque pour l’autre côté du monde.
Cependant, sous le soleil cuisant de Perth, la terre s’assèche tout comme leur relation dont la substance semble progressivement s’estomper. À l’image des aquarelles, les contours de leur vie précédente se brouillent, se perdent.
Lorsqu’un nouvel événement vient chambouler l’équilibre familial fragile, Charlotte décide de prendre en main son avenir, quitte à renoncer à ce qu’elle a de plus précieux…

Parce que les défuntes de la famille McAllister ont une fâcheuse propension à réapparaître peu après leur crémation – renaissant de leurs cendres et venant accomplir une dernière tâche, ou régler quelque compte –, le jeune Levi prend conscience que sa sœur Charlotte, si elle mourait avant lui, pourrait subir le même sort, et lui infliger les mêmes surprises. Aussi décide-t-il qu’elle sera inhumée dans un cercueil, qu’il va confectionner de ses propres mains. Horrifiée par cette idée, et pleinement déterminée à honorer la “tradition familiale des flammes”, Charlotte saute dans le premier bus  pour le Sud de l’île et s’enfuit, bientôt poursuivie par une détective privée. C’est le début d’un périple échevelé aux quatre coins de la Tasmanie, territoire empreint de féérie et peuplé d’êtres étranges.

Kif Kehlmann est dans l’impasse. Il n’est plus capable de subvenir aux besoins de sa famille. Le roman qu’il essaie d’écrire depuis des années n’avance pas. Et pour couronner le tout, il est tasmanien – un descendant de bagnard, un moins que rien. Mais un soir, il reçoit un coup de fil de Ray, un ami d’enfance aux relations troubles, qui assure depuis quelques mois la protection rapprochée du plus célèbre escroc d’Australie, Siegfried Heidl. Ce dernier, en passe d’être jugé pour avoir fauché plus de sept cents millions de dollars aux banques, cherche quelqu’un pour rédiger ses Mémoires. Kif n’a-t-il pas toujours voulu devenir écrivain ? Quittant la Tasmanie et sa femme enceinte de huit mois, il rejoint Heidl dans les bureaux de son éditeur à Melbourne, où il disposera de six semaines pour produire un manuscrit. S’engage alors un singulier jeu de dupes. Paranoïaque, manipulateur, le maître fraudeur se dérobe aux questions précises, retarde l’avancée du texte, et distille à plaisir des informations contradictoires. Peu à peu Kif tombe sous l’insidieuse emprise de cet homme qui a placé son existence, par-delà le bien et le mal, sous le signe du mensonge et de la corruption de toute chose. Et qui invite Kif à la faire sienne, la vivre en miroir, tel un adieu à ses valeurs, un affranchissement : une inexorable libération.

Marie King a cinquante-neuf ans, est fraîchement divorcée, et mène une vie assez conventionnelle dans un quartier résidentiel de Sydney. Maintenant que ses trois enfants ont quitté le foyer, elle consacre la majeure partie de son temps à l’entretien de son jardin. Elle boit peut-être aussi un peu trop… Mais elle n’a pas réduit son train de vie fastueux, ses économies s’amenuisent et elle est bientôt contrainte de mettre en vente la maison « familiale ».
Un soir, après avoir pris quelques verres en ville, Marie entre dans un salon de tatouage. Elle en ressort moins d’une heure plus tard avec une rose dessinée sur l’omoplate. La transgression, le sentiment de se libérer du monde corseté et étouffant dans lequel elle a toujours vécu l’électrisent. C’est le premier tatouage d’une longue série, et le début d’une amitié avec Rhys, une jeune artiste qui lui fait découvrir une autre facette de Sydney et une nouvelle culture.
Confrontés au changement soudain de personnalité de leur mère, les enfants de Marie s’inquiètent. Ses amis des beaux quartiers, eux, ne la comprennent plus. Qu’importe, elle n’a plus les moyens — ni l’envie — de frayer avec eux. Et rien ne l’empêchera de reprendre le contrôle de son existence.

The Good People / Dans la vallée d’Hannah Kent

The Good People d’Hannah Kent, Picador 2016
Dans la vallée traduit par Karine Reignier-Guerre, Les presses de la cité 2018

Résumé :
1925, Comté de Kery, extrême nord-est de l’Irlande
Nóra, démunie après la mort soudaine de son mari se retrouve seul pour prendre soin de son petit-fils, Micheál. Micheál ne peut ni parler ni marcher et Nóra veut absolument comprendre pourquoi il est dans cet état. Qu’est-il arrivé à ce petit garçon, heureux et bien portant jusqu’à la mort de sa fille ? Mary, une jeune fille que sa famille ne peut plus nourrir, vient s’installer chez Nora pour l’aider à s’occuper de l’enfant maudit. Elle prend rapidement conscience des rumeurs qui circulent dans le village : des histoires de mauvaises fortunes qui s’abattent sur des membres de la communauté, de maladies inexpliquées, mais, pire que tout, elle apprend que Micheál pourrait bien être un leurre laissé par les fées pour répandre le malheur dans la vallée. Nance, quant à elle, connait les remèdes ancestraux pour soigner, et alors que le nouveau prêtre la voit comme une menace, les habitants de la vallée trouvent en elle une oreille attentive et un don pour guérir les petites blessures du quotidien. Ces trois femmes vont se côtoyer dans l’espoir de libérer le petit corps de cet enfant de la fée maléfique qui l’habite.

Je voulais vraiment l’aimer ce livre.

J’avais adoré À la grâce des hommes, le précédent roman d’Hannah Kent qui nous emportait dans une région reculée de l’Islande au milieu du 19e siècle. Ce livre a rencontré un succès incroyable dans le monde entier et un film serait en cours de préparation.

Malheureusement, ce roman ne m’a pas emballé… du tout !

Je l’ai acheté dès sa sortie, je l’ai donc lu en anglais et je pense que c’est en partie pour cela que la lecture a été un peu laborieuse. Toutes ces baies, ces plantes, ces rituels et ce dialecte irlandais ont eu raison de moi. Je ne trouve rien à redire sur le style d’Hannah Kent, qui réussit une nouvelle fois à matérialiser devant nous une région (ici l’Irlande) que l’on ne connaît pas. C’est aussi une fabuleuse conteuse, qui, à force de détails, dépeint un mode de vie et des caractères plus vrais que nature.

Le livre commençait bien pourtant, Martin, le mari de Nora, meurt soudainement à la croisée des chemins. On retrouve alors toute la petite communauté chez Nora, où l’on boit du poitín, fume la pipe  et où l’on accomplit les rituels autour du mort. Une grande partie du livre est consacrée à la vie de Nora, de Mary et de Nance dans ce petit village perdu au fin fond de l’Irlande. Les personnages sont déterminés par leur passé, par la certitude de leur avenir et par leur condition. Cette histoire figée n’offre aucun échappatoire, et on finit par  ressentir un sentiment de piétinement qui, pour ma part, m’a découragé. Dommage…

Si vous l’avez lu, n’hésitez pas à me donner votre avis.