Des nouvelles du pacifique, Catton et McCullough

Ces dernières semaines, on parle de deux auteurs qui viennent de ce côté du monde, mais pour des raisons bien distinctes.

Tout d’abord, la romancière australienne (née en Nouvelle-Zélande) Colleen McCullough est morte à l’âge de 77 ans le 29 janvier dernier. Elle est l’auteur de The Thorn Birds (1977), traduit en français par Les oiseaux se cachent pour mourir, qui a reçu un succès international à sa sortie (vendu à plus de 30 millions d’exemplaires). Il s’agit d’une saga qui relate l’histoire de la famille Cleary sur six générations. Je viens de le commencer, et ce pavé de 700 pages risque de me tenir occupé pendant quelque temps, ne soyez donc pas trop pressé de lire mon post. Ce livre a également été mis en image en 1983, voir la bande-annonce ici.

Le deuxième événement qui agite le monde de l’édition française est la parution de la traduction du roman The LuminariesLes luminaires d’Eleanor Catton (Buchel Chastel, traduit par Erika Abrams, 2015). Cette jeune prodige néo-zélandais de 30 ans vient d’être récompensée par le prestigieux prix Man Book en 2013, le plus important prix des pays du Commonwealth et d’Irlande. J’avais lu son livre précédent, Le répétition, que j’avais adoré !

Voilà le résumé des Luminaires rédigé par la maison d’édition :

Nouvelle-Zélande, 1866. En pleine ruée vers l’or, l’île voit débarquer sur ses côtes tout ce que la vieille Europe compte d’ambitieux et de désespérés. Parmi eux, Walter Moody, un jeune britannique ruiné bien décidé à trouver fortune accoste au port d’Hokitika, sur la côte Ouest, après un éprouvant voyage. Mais une étrange assemblée l’attend dans le petit hôtel où il a trouvé refuge. Là, dans une atmosphère des plus tendues, douze hommes du cru tiennent une réunion secrète pour tenter d’élucider des faits étranges qui agitent la communauté depuis plusieurs semaines. Un riche notable a disparu, une prostituée a tenté de mettre fin à ses jours, et on a découvert une immense fortune dans la maison d’un pauvre ivrogne, mort lui aussi. Moody succombe bientôt à l’irrésistible attrait du mystère et se retrouve plongé dans un entrelacs d’intrigues et de destins vertigineux.

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Cours gratuit en ligne : la littérature australienne

Et dire que j’ai failli passer à côté de ça ! Un grand merci à Morgane du blog 20 ans passés et aux réseaux sociaux !

Le cours gratuit en question : Littérature australienne, un guide rapide, est proposé par Coursera dans le cadre des MOOC – Massive Online Open Course. Il est organisé par l’Université du Western Australia et sera animé par Phillip Mead et Claire Jones (en anglais, sous-titré en anglais). Le programme s’étend sur 6 semaines à peine, ce sera donc assez intensif ! Début des festivités le 2 mars.

Semaine 1 : littérature et pays
Semaine 2 : crime et punition
Semaine 3 : explorateurs, frontière et colonisation
Semaine 4 : ici et ailleurs
Les deux dernières semaines sont destinées à la révision et à l’évaluation.

Pour les curieux, voilà la liste de livres qu’ils recommandent. J’en possède plusieurs sans les avoir lus, ce sera peut-être l’occasion !

Winton, Tim. Land’s Edge: A Coastal Memoir
Lawrence, D.H. Kangaroo
Strehlow, T.G.H. Songs of Central Australia
Dixon and Duwell. Little Eva at Moonlight Creek
Field, Barron. The Kangaroo
Tench, Watkin. 1788
Harpur, Charles. A Midsummer Noon in the Australian Forest, The Kangaroo Hunt
McNamara, Frank. A Convict’s Tour to Hell, Exile’s Lament
Clarke, Marcus. For the Term of his Natural Life
Flanagan, Richard. Gould’s Book of Fish
Leakey, Caroline. The Broad Arrow
Carey, Peter. The True History of the Kelly Gang
Temple, Peter. The Broken Shore
Idriess, Ion. Lassiter’s Last Ride
White, Patrick. Voss
Malouf, David. Remembering Babylon
Scott, Kim. That Deadman Dance
Hope, A.D. Australia
Richardson, Henry Handel. The Fortunes of Richard Mahony
Boyd, Martin. The Cardboard Crown
Stead, Christina. For Love Alone
Wright, Judith. South of My Days, For New England, For a Pastoral Family, For New England , Half a Life

Retrouvez plus d’info sur le site : https://www.coursera.org/course/auslitroughguide, et n’hésitez pas, c’est gratuit !!

Le koala lit fête ses 2 ans + cadeau bonus !

anniversaire

Que de livres lus depuis 2 ans. Grâce à ce blog, j’ai découvert de merveilleux auteurs (Favel Parrett, Chris Womersley, Kate Grenville). J’ai lu des livres drôles (Le théorème du homard, Miss Fisher, Looking for Alibrandi, Les lois de la famille) et des livres émouvants (La voleuse de livre, Le chemin de la liberté, Cinq matins de trop). Mais surtout, à travers chaque récit, j’ai découvert un petit bout de l’Australie. Des points de vue différents, des plus connus (Winton, Carey, Tsiolkas) aux plus marginaux (Pung, Hooper, Heiss).

L’Australie est un pays qui excite l’imagination. Vu d’Europe, c’est un pays où tout est possible, et qui comptabilise un certain nombre de records (notamment sur le nombre de bestioles mortelles…). L’Australie est aujourd’hui multiculturelle, et les différentes communautés vivent dans une relative paix. Dans les années 1970, des milliers de familles cambodgiennes ont fui leur pays alors sous le régime de Pol Pot qui massacrait son peuple. Beaucoup ont trouvé refuge en Australie.

La famille Pung se trouvait parmi eux. Ces réfugiés et immigrants forment aujourd’hui la nouvelle Australie, loin des clichés véhiculés par les campagnes de promotion de l’office du tourisme.

Unpolished Gem est un mémoire écrit par Alice Pung en 2006, et qui a obtenu un véritable succès. Il est d’ailleurs aujourd’hui étudié dans les écoles.

Pour fêter ces 2 ans sur la toile, je vous offre un extrait de la traduction du livre d’Alice Pung, Unpolished Gem traduit dans le cadre de mon projet final de traduction pour le Master de traduction de l’Université de Monash. J’espère le voir un jour publié par une maison d’édition en France.

 


Diamant Brut

 

Prologue

 

Cette histoire ne commence pas à bord d’un bateau.

Cette histoire commence dans une banlieue de Melbourne en Australie, dans un marché où de minces petites personnes fourmillent au milieu des gros cochons gras. Les gros cochons gras pendent à des crochets, avant d’être coupés en morceaux. Les minces petites personnes patientent devant les comptoirs en verre pour acheter des morceaux de viande enveloppés dans du papier journal. La négociation du prix des pieds de porc provoque mouvements de mains et froncements de sourcils parce que les intéressés Ne pale pa tlè bien anglé. « Comme un poulet qui essaierait de parler avec un canard », voilà ce que dit ma mère de ces conversations. Mais aujourd’hui, elle n’est pas là pour faire des chinoiseries sur la qualité des pieds de cochon, elle est allongée dans une chambre d’hôpital aseptisée et attend ma naissance.

Mon père est donc seul, planté au beau milieu du marché, les chaussures trempées par les énormes jets d’eau utilisés pour nettoyer les déchets à la fin de la journée. Il baisse les yeux sur les grilles et pense à la gelée de sang de porc, se demandant si oui ou non il en rachètera un jour. Il en aime le goût, mais Ah Ung lui a raconté que quand il a débarqué ici, il travaillait aux abattoirs. Les carcasses étaient pendues à des crochets sous lesquels étaient posés des seaux pour récolter le sang des porcs. Comme ils n’étaient pas lavés méticuleusement, de la pisse et d’autres excréments s’en écoulaient parfois. Mon père ne repense pas à Phnom Penh, où il mangeait du bouillon de cervelle préparé par des marchands ambulants stationnés à quelques mètres d’une devanture abandonnée devant laquelle un mendiant lépreux crachait ses poumons. Il lève les yeux et pointe du doigt les morceaux rose et rouge derrière la vitre et de son autre main, il en demande deux.

Dans cette banlieue, les mots comme et, à, et de ne servent à rien et faire des phrases entières n’est pas nécessaire. « Deux kilos ça. Donne sept ça ». Si vous demandiez poliment « auriez-vous s’il vous plaît l’obligeance de me donner un demi kilo de gombo » ? Il se pourrait que le vendeur ne vous comprenne pas. « Tu veux ç’ui là ? Ces bananes ? Combien t’en veux hah ? »Mon père réalise que ces échanges ne sont pas déclenchés par l’action des cordes vocales, mais plutôt par une multitude de mouvements de main et de grimaces. Les enquiquineurs qui parlent le plus fort arrivent toujours à leurs fins, et les plus bruyants sont toujours les femmes. Mon père laisse passer sa chance lorsqu’une femme d’âge moyen aux cheveux bouclés façon nouilles chinoises pointe son index réprobateur vers l’homme qui se tient derrière le comptoir, allant presque jusqu’à l’éborgner. Elle accuse l’autre non-anglophone de lui vendre des pieds de porc poilus. « Poulquoi tu donnes ç’ui là ? Ç’ui là pas bon ! Poilu là, là et là ! Poilu paltou! ç’ui là, là-bas meilleul ! Poul qui tu galdes les autles hah ? » Boum ! Le sac contenant les morceaux de l’animal ensanglanté se retrouve sur le comptoir, et mon père comprend qu’il est temps de filer vers le stand d’en face s’il veut du jambon sans poils.

La banlieue de Footscray possède sans doute le marché le plus bruyant et le plus crasseux du monde occidental, terme qui ne veut pas dire grand chose quand on est entouré d’Asiatiques. Le marché de Footscray est le seul marché où l’on peut peler et manger une mandarine entière avant de se décider à en acheter un kilo. Où on peut tâter et faire des trous dans une mangue pour vérifier sa saveur.  Mon père ne scille même pas quand il voit une petite fille se couvrir le visage d’une main, et de l’autre tenir un lychee fraîchement pelé pour amuser son petit frère « Aaah ! Mon œil ! ». Il observe le bébé dans la poussette qui se met à hurler et voit sa mère prendre quelques grains de raisin d’un stand et les lui fourrer dans la bouche pour le faire taire. Imperturbable, elle continue de faire des trous, de tâter et d’accomplir sur le stand d’autres larcins légitimes. Les femmes économes ne vont pas dépenser quatre dollars pour des fraises acides simplement parce qu’elles les ont goûtées ! Ma mère dit toujours :

– Tu auras plus de désagréments si tu dois les rendre ! Ayyah, pas la peine de t’en faire pour quatre dollars ! Goûte-les d’abord et ne les achète pas si tu ne veux pas.

Mais pas moyen de goûter ces pieds de porc avant de les acheter, se dit mon père en regardant à travers le sac plastique, il doit donc croire sur parole ce que dit la femme qui hurle au stand d’à côté. Il apportera ces pieds de cochon à sa sœur pour qu’elle les ajoute au bouillon qu’il portera ensuite à l’hôpital pour sa femme.

Mon père s’éloigne des odeurs moites du marché pour rejoindre la rue. C’est la banlieue de Franco Cozzo, le célèbre et farfelu vendeur de meubles, la banlieue qui a rendu Russell Crowe riche et célèbre pour s’être rasé la tête et avoir tabassé des minorités ethniques. Alors, ce n’est pas grave si ces routes ne sont pas couvertes d’or mais parsemées des vieux chewing-gums luisants que les gens ont recrachés. « N’avale pas le bonbon en caoutchouc, disent les mères à leurs enfants. Crache-le. Crache-le maintenant… c’est ça, sur le sol, là ». Ah ! Ce pays merveilleux où les enfants ont peur de mourir parce qu’ils ont avalé un chewing-gum Wrigley, et non pas parce qu’ils ont marché sur une boite de lait concentré remplie de munitions.

Donc au début mon père se fiche de la pisse qui se trouve dans la gelée de sang de porc servie dans les soupes Phô fumantes, ou que vous ne puissiez pas palé anglé tlè bien, ou que certains légumes vietnamiens soient introuvables à l’épicerie asiatique Tatsing.  Oui, il s’en fiche complètement parce que dans cette banlieue, il peut regarder claudiquer les mémés aux visages aussi rabougris et brunis que des pommes de terre déterrées, vêtues de leur veste matelassée. Ces mêmes mémés qui font rouler leur caddie de course à côté d’elles, et disent aux enfants qui caquettent de cracher leur chewing-gum. Mon père observe et sourit, se demandant si son premier enfant sera une fille ou un garçon. Il appuie sur le bouton en caoutchouc noir du feu rouge et se souvient de la première fois qu’ils ont découvert ces boutons sur un poteau qui tictaque.

 

© Angélique Montané 2014.

Entretien avec les éditions Au vent des Iles

Petit tour d’horizon de la maison d’édition Au vent des Iles, Tahiti

Au vent des Iles LOGO La maison d’édition Au vent des Iles fut fondée en 1988, mais a réellement lancé son activité éditoriale en 1991 avec la parution d’un ouvrage, puis quatre livres publiés en 1992. Au fil des ans, la maison a grandi pour comptabiliser environ 150 titres, aujourd’hui, elle publie une dizaine d’ouvrages par an dont 20% est écrit par des auteurs anglophones. Au vent des Iles publie de la littérature venue de tout le Pacifique, Polynésie, Samoa, Australie, Nouvelle-Calédonie… Les auteurs du Pacifique « partagent tous la même histoire, les mêmes blessures. Ce sont également toutes des civilisations de l’oral qui ont découvert l’écriture avec l’arrivée des missionnaires » explique Christian Robert, le fondateur et gérant de la maison d’édition. Le catalogue est varié, des essais politiques en passant par les romans noirs et des livres pratiques sur la cuisine de Tahiti et l’art des tatouages, cette maison d’édition promeut la culture du Pacifique, avec malheureusement quelques difficultés pour se faire une place sur la scène internationale.  On imagine en effet assez facilement les difficultés que peut rencontrer une si petite structure basée à plusieurs milliers de kilomètres de l’Europe, cependant, Christian Robert explique qu’il n’a « pas de difficulté particulière en termes logistiques, mais un intérêt quasi inexistant des lecteurs de l’hexagone pour ces littératures peu connues. Le temps viendra sans doute, le livre est aussi sujet à des modes ! Nos titres sont disponibles, mais ne restent guère en librairie, chassés par les nouveautés. Ils sont par contre toujours accessibles sur les sites de vente internet ». Les auteurs à lire, les ouvrages à se procurer…

Nouvelle-Zélande : Witi IIhimaera Bulibasha Bilibasha roi des gitans, La femme de Parihaka, & Patricia Grace Mutuwhenua, Le bataillon Maori ; Tahiti : Chantal Spitz L’île des rêves écrasés ; Australie : Terri Janke La chanson du papillon ; Nouvelle-Calédonie : Nicolas Kurtovitch Les heures italiques ; Samoa : Albert Wendt Le baiser de la mangue.   Merci à Christian Robert d’avoir répondu à mes questions, www.auventdesiles.pf

Rentrée littéraire 2013, place aux grands auteurs

Me voilà de retour de vacances… et pourtant pas de livres à partager…

J’ai bien lu un polar, mais c’était de l’auteur islandais Arnaldur Indriðason. Bien loin donc de ma très chère Australie. Depuis mon retour, j’ai la tête plongée dans la traduction, je me suis décidée pour mon projet de traduction qui sera le premier livre d’Alice Pung, Unpolished Gem. Encore quelques pages à lire, et je vous fais un petit compte rendu.
En attendant de pouvoir encore vous raconter des histoires, voici ce que la rentrée littéraire 2013 vous propose en matière d’australianité :

J.M Coetzee, Une enfance de Jésus (Seuil). Coetzee est né en Afrique du Sud, mais possède la nationalité australienne.
Alex Miller, Autumn Laing (Phébus)
Christopher Clark, Les somnambules (Flammarion)
David Malouf, Une rançon (Albin Michel)
Peter Carey, La chimie des larmes (Actes Sud)

Bonne lecture !

Rencontre avec… une traductrice

Etre traducteur de littérature, c’est aussi être un peu auteur. Josette Chicheportiche est l’exemple parfait, traductrice de livres anglo-saxons, elle est également l’auteure de nombreux ouvrages pour la jeunesse, Ne le dis à Personne (Oskar Jeunesse, 2012), Lettres anonymes (Oskar Jeunesse, 2011), Une si petite fugue (Syros, 2004). En Septembre dernier, paraissait Cinq Carillons (Five bells, Random House 2011) aux Editions du Mercure de France écrit par l’australienne Gail Jones et traduit par Josette Chicheportiche. Je lui ai posé quelques questions.

J’ai lu dans une interview sur le site La mare aux mots que vous avez commencé le métier de traductrice par hasard avec Journal d’une princesse.
Non, je ne me suis pas lancée dans le métier de traductrice par hasard. Je traduisais depuis une bonne dizaine d’années et j’ai commencé par des romans adultes, des essais, des voice-over et du sous titrage. Je ne me suis mise à traduire de la jeunesse qu’à partir du moment où j’ai moi-même écrit en jeunesse.

Aviez-vous suivi une formation de traductrice avant cela ?
J’ai fait des études d’anglais (hypokhâgne et khâgne puis maîtrise d’anglais), j’ai rencontré un éditeur qui m’a confié un roman, et voilà.

Aujourd’hui, est-ce votre activité principale ?
Oui, la traduction est ma principale activité, du moins, celle qui me permet de manger ! J’essaie d’écrire entre deux traductions, ce qui est toujours un peu compliqué, faute de temps.

Selon vous quelles sont les qualités nécessaires pour être un bon traducteur?
Les qualités pour être un bon traducteur ? Etre très bon dans la langue d’arrivée. A mon avis, il n’est pas nécessaire d’être bilingue car on peut toujours trouver le sens d’un mot, d’une expression dans un dictionnaire ou auprès d’anglophones, sans compter qu’une langue évolue sans cesse. Trouver le ton juste importe énormément aussi, et avoir le sens des dialogues.

Quels sont les points positifs et négatifs du métier de traducteurs ?
Points positifs : la liberté de gérer son temps et la découverte, à chaque livre, d’un univers nouveau. Points négatifs : devoir gérer son temps ! En général un traducteur littéraire travaille onze mois et demis sur douze, sept jours sur sept, et dix heures par jour !

Quel est votre genre de prédilection ?
Les romans adultes. Je trouve que ce qui se fait en jeunesse en ce moment, et surtout chez les auteurs US, est assez affligeant… Mais c’est un point de vue tout à fait personnel.

Vous traduisez des romans de l’anglais britannique et américain mais abordez-vous la traduction de romans australiens différemment ?
Avant de traduire Mireille Juchau, je ne connaissais pas la littérature australienne, et j’ai été assez surprise de découvrir que la langue s’apparentait plus à l’anglais qu’à l’américain. Impression qui a été confirmée par la traduction de Gail Jones (e.g., Cinq Carillons).

Certains traducteurs disent qu’une bonne traduction ne peut se faire que par une bonne connaissance du pays et de ses coutumes, qu’en pensez-vous?
Personnellement, je ne suis jamais allée en Australie et mes deux traductions australiennes ont reçu les éloges de la presse et de mon éditrice. Donc, il ne me semble pas nécessaire d’avoir une bonne connaissance du pays et de ses coutumes. Evidemment, il faut se renseigner, lire des articles, des livres sur le pays ou l’auteur que l’on traduit. Ce que je fais systématiquement. Et puis, grâce à Internet, les traducteurs ont accès à énormément de doc. Par ailleurs, j’aime beaucoup communiquer avec l’auteur que je traduis.

Pourriez-vous nous recommander un bon roman australien ?
Un bon roman australien ? Five Bells, of course !

Mercure de France

Merci à Josette d’avoir répondu à mes questions.

Rencontre avec… Text Publishing, Melbourne

Gros plan sur un acteur de la scène littéraire australienne : Text publishing

C’est au 22 de William Street, en plein cœur de Melbourne, que les bureaux de Text Publishing sont implantés. Créé en 1990 par Diana Gribble, Text publishing est désormais entre les mains expertes de Michael  Heyward, l’actuel directeur éditorial. Depuis les années 90, cette petite maison d’édition australienne d’une vingtaine d’employés publie des œuvres de fiction, des essais et de la littérature pour adolescents de qualités. 

Avec environ 80 nouveautés qui paraissent chaque année, Text Publishing met en lumière la littérature australienne grâce à la publication d’ouvrages d’auteurs prestigieux et reconnus comme Kate Grenville ou Toni Jordan mais aussi en cherchant de nouveaux talents. La maison reçoit des manuscrits par le biais d’agents littéraires australiens et internationaux, mais également un très grand nombre de manuscrits non-sollicités « des centaines et des centaines de manuscrits. Souvent le vendredi après-midi on organise des sessions de lectures pour éviter les délais de réponse trop longs » confie Penny Hueston, éditrice déléguée « et parce que parfois vous tombez sur une perle rare ». Ce fut le cas de Shane Maloney avec sa série policière humoristique mettant en scène Murray Whelan aujourd’hui traduit internationalement. 

Ils participent également activement à la promotion des auteurs australiens incontournables avec leur collection Text Classics.Cette collection est née naturellement afin de continuer ce travail de mise en valeur de la production locale. « A l’original, l’Australie était une destination uniquement pour la vente et la distribution des livres. Si vous étiez un auteur dans les années 50 en Australie, vous deviez envoyer votre manuscrit en Angleterre pour vous faire publier et il serait ensuite mis dans une bateau pour être vendu en Australie » explique Penny. Fort de ce constat, Michael Heyward et Text Publishing décident de republier les textes oubliés de Henry Richardson, Miles Franklin, Elizabeth Harrower, Sumner Locke Elliott, Barbara Bayton… Et en 2013, c’est au tour des auteurs pour la jeunesse d’être mis à l’honneur. Retrouvez la liste complète .

Malheureusement aujourd’hui l’isolement continue. Bien qu’étant l’un des pays du monde où le nombre d’achat de livres par habitant est le plus élevé, les éditeurs australiens sont souvent oubliés par les éditeurs français. Une maison comme Text publishing doit presque systématiquement démarcher les maisons d’édition en France pour pouvoir recevoir les nouveautés.  Il y a bien des titres exportés dans l’hexagone, mais en général ces traductions ne représentent qu’un petit pourcentage des catalogues. Dernièrement, les Editions Belfond ont traduit La gifle et Jesus Man de Christos Tolskias, les éditions Héloïse d’Ormesson publient les livres de Toni Jordan et travaillent actuellement sur la traduction du livre d’Anne Funder All that I am, récompensé cette année par de nombreux prix littéraires. On notera également que parmi les 220 romans étrangers parus lors de la rentrée littéraire de cette année, il n’y a que 2 romans australiens : Le temps n’efface rien de Stephen Orr (Presse de la cité, traduit par Karine Reignier) et Cinq carillons de Gail Jones (Mercure de France, traduit par Josette Chicheportiche). Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir…

Merci infiniment à Penny Hueston de m’avoir accordé cet entretien.

Article précédement paru dans le Petit journal de Melbourne le 16 octobre 2012.