La folie des classiques

Il y a eu le lancement de la collection de Text Publishing, Text Classics en Mai dernier qui a permis à bon nombre de classiques australiens oubliés de refaire leur apparition dans les librairies.

En Août dernier, c’était au tour de Random House de lancer sa collection de classiques Vintage Children’s Classics  destiné aux enfants âgés de 8 à 12 ans avec des titres bien connus du monde anglo-saxon. Parmi les 23 premiers titres on trouve Alice au pays des merveilles, Les quatre filles du Docteur March ou Peter Pan. La collection comprend heureusement quelques auteurs australiens comme Marian Musgrove avec The Worry Tree ou  Deborah Abela et son The Remarkable Secret of Aurelie Bonhoff. J’avoue qu’avec leurs belles couvertures et leur tout petit prix ($9.95),  c’est dur de résister.

Les 4 premières couvertures appartiennent à la collection Vintage Classics de Random house, et les 4 suivantes à Penguin

Random House rejoint une belle brochette d’éditeurs déjà sur le créneau (Puffin Classics, Walker Classics, Ladybird Classics, Sterling Classics ect… ). Mais attention, pour les amoureux de l’Australie le meilleur reste à venir.

A la fin de cette année, Penguin Australian Children’s Classics lance une nouvelle collection exclusivement réservés aux auteurs australiens « c’est une célébration de nos plus précieuses histoires d’enfant publiés dans une magnifique collection, avec une sensibilité classique » déclare un membre de l’équipe de Penguin.  Le lancement de la collection se fera avec Picnic at Hanging Rock de Joan Linsay, Playing Beatie Bow de Ruth Park, Seven Little Australians d’Ethel Turner et I Can Jump Puddles d’Alan Marshall. Quatre autres titres seront publiés en 2013.

En 2013, Text Publishing a annoncé que leur liste de classiques Text Classics s’ouvrira aux livres pour enfant, minutieusement sélectionnés pour ‘leurs qualités de narration’ en privilégiant les  auteurs australiens a expliqué l’éditrice Emily Booth.

Alors qu’est-ce que c’est que cette folie des classiques ? N’y a-t-il pas tous les ans de plus en plus de livres publiés ? Les éditeurs auraient-ils peur de prendre des risques en publiant de jeunes auteurs encore inconnus ? Et a-t-on vraiment besoin de 7 éditions différentes d’Alice au pays des merveilles ?

Article précédement paru sur Le Petit Journal Melbourne

Publicités

La cloche de la rentrée 2012 a sonné

En France, c’est le branle-bas de combat. Les libraires tournent les dernières pages et font de la place sur les présentoirs pour les nouveaux venus, les éditeurs se rongent les ongles, les auteurs sont au bord de l’apoplexie…  Pourquoi ? En ces mois de septembre et octobre, ce n’est pas moins de 646 livres qui sortent des presses. La rentrée littéraire a encore frappé !

426 romans français dont 69 nouveaux romans
220 romans étrangers dont 2 romans australiens
(chiffre evene.fr)

Cinq CarillonsFive Bells de Gail Jones publié chez aux Editions du Mercure de France
Le temps n’efface rien – Time’s Long Ruin de Stephen Orr publié aux Editions Presse de la Cité

…pas terrible terrible…

Si vous connaissez des romans australiens qui sortent en ce moment en France, n’hésitez pas à me le faire savoir. Plus la liste sera longue, plus on pourra causer !

Place aux femmes

En juillet dernier, deux prix littéraires réservés exclusivement aux écrivains australiennes ont été remis à Gail Jones et Favel Parrett pour leur contribution à la scène littéraire australienne.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le Nita B Kiddle literary awards récompense une œuvre de fiction ou un essai écrit par une écrivain établie. Cette année le jury a récompensé Gail Jones pour son roman Five Bell. La lauréate a reçu la somme rondelette de $50,000.

Voici le résumé de l’éditeur, n’ayant pas lu le livre:
Par un jour radieux à Sydney, quatre personnes convergent vers Circular Quay où se trouve l’Opéra de Sydney et Harbour Bridge. Chacun est hanté par ses souvenirs : Ellie est préoccupée par son expérience de petite fille, James par une tragédie dont il se sent responsable, Catherine par la perte de son frère bien aimé à Dublin, et Pei Xing par son emprisonnement en Chine pendant la révolution culturelle. Raconté en un seul jour, Five Bells décrit de façon saisissante ces quatre vies qui se font échos. Le soir-même sous le ciel orageux de Sydney, chaque vie est changée pour toujours.

Le Dobbie Litterary awards récompense un premier ouvrage également écrit par une femme. Le prix a été attribué à Favel Parrett pour Past the Shallows. Un roman captivant qui retrace la vie de deux jeunes garçons dans la nature sauvage de la Tasmanie que je vous conseille vivement !

Depuis quelques années, un grand débat occupe le centre de la scène littéraire australienne et mondiale. Les femmes sont de moins en moins nominées et récompensées par les prix littéraires. Un exemple frappant: depuis la création du Prix Littéraire Miles Franklin en 1957 les femmes ne l’on remporté que 14 fois, dont 3 fois dans les 11 dernières années. Rappelons au passage que (Stella Maria Sarah) Miles Franklin était une femme.

Le rapport publié en 2011 par l’association VIDA Women in Literary Arts montre également que les livres écrit par des femmes font l’objet de quatre fois moins de critiques que ceux de leurs homologues masculins, et bien que les femmes soient de plus grandes lectrices que les hommes, leurs critiques sont moins nombreuses dans les journaux spécialisés. La littérature ‘féminine’ est devenue un sous-genre, de moindre qualité, s’attachant à des thèmes soi-disant moins universels que ceux des hommes.
S’agit-il de “sexisme littéraire”? Sans aucun doute.

Heureusement, plusieurs initiatives sont nées à la suite  de ce constat.
Le blog Australian Women Writers a vu le jour en 2011, c’est une précieuse source d’information pour tous ceux et celles qui veulent en savoir plus sur les auteurs australiennes. Il permet aussi d’avoir un bon aperçu des arguments de chacun face à ce problème. En 2012 ils ont mis en place le Australian Women Writers Challenge (auquel Le Koala Lit participe). Il s’agit d’encourager les lecteurs à lire plus de livres écrits par des femmes (tout genre confondu) et de publier des billets sur son propre blog (ou sur le site Goodread.com) pour partager ses impressions. Le challenge se termine le 31 Décembre 2012.

Un autre exemple de combativité, Sophie Cunningam (qui fut rédactrice en chef de plusieurs magazines culturels, éditrice et auteur) et 12 de ses consœurs  ont crée The Stella Prize. Ce prix dont la première édition aura lieu en 2013 annoncera à grand renfort de publicité les nominées et lauréates et récompensera la gagnante de $50,000. Le prix “célèbrera et reconnaîtra l’écriture féminine australienne, encourageant les futures générations d’auteurs et accroîtra de façon significative le nombre de lecteurs des livres écrits par des femmes.”

Publié le 7 Août sur Le petit journal

Entretien avec les éditions Belfond – La littérature australienne à la conquête du monde

Les éditions Belfond ont récemment publié Jesus Man de Christos Tsiolkas ou encore Les lois de la famille de Benjamin Law mais leur intérêt pour la littérature australienne n’est pas né d’hier. Caroline Ast, directrice éditoriale adjointe de Belfond répond à mes questions.

Les éditions Belfond publient régulièrement des romans écrits par des auteurs australiens, pourriez-vous nous en dire un peu plus…
Il y a une longue tradition d’auteurs australiens au catalogue Belfond, de Frank Moorhouse à Venero Armano, en passant par Nikki Gemmel. Ces dernières années, cette tradition a été ravivée avec la publication des livres de Steve Toltz, Richard Flanagan, Christos Tsiolkas et Benjamin Law. L’intérêt pour la littérature australienne a connu un retour de flamme à la lecture de La Gifle. Belfond a en effet été un des premiers éditeurs étrangers à acquérir les droits de ce roman qui est ensuite devenu un phénomène mondial. Suite à cette acquisition, j’ai eu la chance et le privilège d’être conviée par l’Australian Council à rencontrer les éditeurs et agents australiens en 2010. J’ai ramené de cette enrichissante visite nombre de contacts et un jeune auteur prometteur : Benjamin Law.


L’année dernière vous publiiez le roman La gifle de Christos Tsiolkas (sorti en Novembre 2008 en Australie), et cette année c’est au tour de son roman Jesus Man écrit en 1999. Comment se fait-il que cet auteur célébré en Australie n’ait pas été publié plus tôt par les éditeurs français ?
Les agents et éditeurs australiens étaient assez méconnus. La situation est en train de changer et le succès de La Gifle y a largement contribué. Ils étaient jusqu’ici beaucoup représentés par des agences anglaises ou françaises, nous n’avions que peu de contacts directs avec eux. De plus, en raison de la distance, ils se déplacent peu aux Foires les plus importantes, Londres ou Francfort. Jusqu’à La Gifle, Tsiolkas était un auteur reconnu et célébré dans son pays, mais ses quatre précédents livres dont Jesus Man, plus difficiles d’accès, n’avaient jamais dépassé les frontières. Il a fallu attendre La Gifle, au sujet plus vaste et plus accessible à un public mondial et de plus auréolé de tous les prix possibles en Australie pour qu’il accède à une reconnaissance mondiale.

Selon vous, en quoi la littérature australienne est-elle différente de la littérature anglo-saxonne (UK, US?
La littérature australienne se démarque actuellement par sa vitalité. Pour faire un raccourci saisissant, elle représente en quelque sorte ce que la littérature américaine a été dans les années 50 : ample, vaste, n’ayant pas peur de s’attaquer à des sujets difficiles ou peu abordés. Elle s’appuie aussi sur une histoire tout à fait particulière, récente, empreinte de violence, voire de sauvagerie. A l’image du pays, elle est contrastée, passant sans difficulté des grands espaces aux paysages urbains, du ranger au trader, du surfer à l’aborigène.


Que recherchez-vous quand vous achetez les droits d’un roman australien ? Pensez-vous que les lecteurs aient des clichés en tête lorsqu’ils choisissent ces livres ?
Il y a certainement un cliché dès qu’on parle de l’Australie, un cliché nourri de grandes plages, de vie saine au grand air, d’espaces immenses et encore sauvages, d’animaux exotiques. Ce que nous recherchons dans un roman australien, c’est tout ce qui va nous permettre d’aller au-delà de ces clichés, de toucher de plus près une vérité autre. Pour revenir à La Gifle, l’intérêt réside dans le fait que le livre est résolument ancré dans une Australie contemporaine dont on découvre peu à peu les contradictions. Pourtant, de par son sujet, de par la profondeur de sa réflexion, ce livre a trouvé une résonnance mondiale.


Quels auteurs recommandez-vous pour découvrir la littérature australienne?
Toute la folie, la fantaisie, le désespoir australien est résumé dans Une partie du tout de Steve Toltz. Avec Tsiolkas, on découvre une Australie contemporaine et plus brutale que celle que nous décrivent les guides touristiques. Pour découvrir la Tasmanie mais aussi une partie de l’histoire australienne, il faut se plonger dans les romans de Richard Flanagan, notamment le superbe Dispersés par le vent. Enfin, je triche car l’auteur n’est pas australien, mais on a rarement lu plus drôle et plus addictif que Piège nuptial de Douglas Kennedy sur une virée dans le bush.

Merci infiniment à Caroline Ast et aux Editions Belfond pour leur collaboration.

Emue.fr – Maison d’édition française à Melbourne

Mise en lumière des éditions Emue, une maison d’édition sans frontière. Toute jeune, mais déjà un caractère bien trempé…
Rencontre avec Sophie Marozeau, fondatrice de Emue.fr French books on the move
Parlez-nous de votre maison d’édition. Vous êtes basé à Melbourne, mais vous publiez des nouvelles et romans écrits en français…
Emue est effectivement une maison d’édition qui est née à Melbourne de l’envie d’un groupe d’écrivains et éditeurs venant d’un peu partout. Les premières discussions autour de ce projet ont eu lieu sur Internet, au sein d’un forum ouvert. Certains membres étaient aux États-Unis ou au Canada, d’autres en France et moi, à Melbourne ! Emue est né en 2010, avec l’iPad, au moment où l’ebook devenait populaire. L’idée était de créer des livres accessibles partout dans le monde à destination des francophones et des francophiles. Trop d’éditeurs français brident la diffusion de leurs livres pour les rendre inaccessibles à l’étranger. 

Comment choisissez-vous les auteurs que vous publiez ? Et que recherchez-vous dans leurs récits ?
Nous sommes trois à lire les manuscrits. Le choix se fait à l’unanimité. Nous avons la chance d’avoir des goûts littéraires proches et la même idée de ce que nous voulons pour Emue : des textes forts, vifs, empreints d’humour et de poésie, reflets de l’air du temps.

Envisagez-vous de publier des auteurs australiens afin de faire rayonner la littérature australienne auprès du lectorat français?
Nous y avons pensé, mais nous n’en sommes pas là. Notre vocation est avant tout la promotion de la culture française, teintée de multiculturalisme, à travers le monde. Diffuser nos livres en anglais, en revanche, pourquoi pas !

Vos livres sont publiés en format ebook avant d’être disponibles en format papier, pourquoi une telle volonté ?
Aujourd’hui, il semble indispensable de proposer une version numérique des livres. Nous y arrivons plus facilement, car la production est plus facile dans ce format. Le livre papier vient dans un second temps, car le processus est un peu plus lent. 

En France, les lecteurs sont encore un peu frileux par rapport au numérique, d’ailleurs tous les livres qui sortent sur le marché ne sont pas automatiquement disponibles en version numérique, comment pensez-vous vous insérer dans ce marché ?
Nous nous adressons au public mondial, beaucoup aux expatriés et francophiles vivant dans des pays anglo-saxons, où le numérique est bien installé. En France, pour le moment, nous vendons davantage de livres papier. Nous n’avons pas vraiment de technique pour faire venir les gens au numérique, nous respectons leur choix et proposons les deux formats.

Que pensez-vous de la scène littéraire australienne ?
Je ne la connais pas bien, mais j’ai découvert de très belles nouvelles de Josephine Rowe, How a Moth becomes a Boat, et Running Dogs de Ruby Murray est dans ma reading list. 

Et enfin, où peut-on se procurer vos livres ?
Nos ebooks sont vendus sur la plupart des plateformes numériques existantes (Kindle, iTunes, Kobo, Barnes & Nobles, Fnac, Readings (en Australie), Feedbooks, Bibliosurf, ePagine etc). Nos livres papier sont disponibles sur Amazon à  l’international et dans 4 librairies à Londres, Paris, Sydney et Melbourne. Toutes nos publications sont également vendues sur notre site web : emue.fr.


Retrouvez mon billet sur la nouvelle Bungalow Californien de Yod Or publiée par Emue.

Beatrice Davis Editorial Fellowship / Bourse éditoriale Beatrice Davis 2012

Beatrice Davis Editorial Fellowship récompense un éditeur pour sa contribution a l’édition et l‘écriture australienne. Le nom n’a bien sur pas été choisi au hasard, Beatrice Davis fut la première éditrice australienne à travailler à temps complet pour les éditions Angus & Robertson dès 1937. Elle a beaucoup aidé au développement de l’édition dans le pays. Elle a notamment fait partie au jury du prestigieux Miles Franklin Award jusqu’à sa mort en 1992.

En 2001, une biographie sur sa vie parait, A certain Style : Beatrice Davis – A literary life de Jacqueline Kent. Le livre est malheureusement introuvable et ne sera plus imprimé. Mais dès que je mets la main dessus, promis je vous en dis plus sur l’édition à l’australienne.

Cette année le fellowship a été décerné à Jane Morrow qui travaille depuis plus de 12 ans dans l’édition. Cette distinction lui permet de passer trois mois chez des éditeurs américains (Etats-Unis) pour étudier comment « les éditeurs de livres illustrés adaptent leurs techniques aux publications numériques et au format traditionnel ».

Dans un communiqué daté d’il y a quelques jours, le géant américain Penguin annonce la suppression de neuf postes dans leur bureau de Melbourne. Un des postes supprimés étant celui de Jane Morrow. Comme quoi, on peut aimer son travail, le faire avec enthousiasme et être reconnu publiquement comme étant un très bon élément et se faire virer… on est bien peu de chose !

Text Classics – fait revivre les auteurs oubliés

J’ouvre ce blog en vous annonçant le lancement d’une nouvelle collection de Text Publishing : Text Classics.

Cette collection à pour but de donner une deuxième jeunesse à des textes classiques australiens souvent oubliés et discontinués par les éditeurs.

Hier, je suis allée à une discussion sur cette nouvelle collection à la librairie Readings de Hawthorn en compagnie du directeur de Text Publishing, Michael Heyward et de 3 auteurs et critiques dont je n’ai pas retenu le nom. Après avoir partagé leurs impressions et sentiments à propos des livres dont ils avaient rédigé la préface, ils se sont questionnés sur les raisons du manque d’engouement des Australiens par rapport à leur propre littérature.

Très peu étudiés à l’école et à l’université, les auteurs sont peu connus et manquent d’exotisme ; un marché dominé par des maisons d’édition majoritairement anglo-américaines (Penguin, HarperCollinsHardie Grant…) qui préfèrent acheter les droits de romans anglo-saxons déjà publiés plutôt que d’investir et développer le marché et les talents locaux.

Text Classics vient de publier 35 titres (dont 20 étaient depuis des années introuvables) et va en publier 20 de plus avant fin 2012

J’ai du pain sur la planche…

Update : Retrouvez mon portrait de Text Publishing du 23 octobre 2012