Who I Am ? / Qui suis-je ? d’Anita Heiss

Who Am I?: The Diary of Mary Talence, Sydney 1937, d’Anita Heiss, The Scholastic Press 2011
Qui suis-je ? Le journal de Mary Talence, Sydney 1937
, traduit par Annie Coeroli-Green, Au vent des îles 2008

En ce jour de fête nationale australienne, le libraire d’une librairie calédonienne m’a conseillé le roman d’Anita Heiss Qui suis-je ? Journal de Mary Talence Sydney, 1937 (publié par la maison d’édition tahitienne, Au vent des îles). Il tombait à pique puisque le thème de ce roman parle de ce que c’est que d’être Australien, ancien et nouveau.

Cette histoire est un peu particulière, car c’est un roman inspiré de fait réel. La petite Mary Talence (ou Amy Charles ou encore Mary Burke) a été enlevée à ses parents et placée dans un foyer à l’âge de 5 ans parce qu’elle est métisse. Comme dans le livre de Doris Pilkinson Le chemin de la liberté, l’histoire raconte ce dont la Génération volée a été victime. Anita Heiss est très connue dans le monde culturel et intellectuel d’Australie, elle appartient elle-même au peuple Wiradjuri du centre de le Nouvelle-Galles-du-Sud, là où se déroule l’histoire. C’est donc une histoire inventée, mais au goût de vérité présentée sous la forme d’un journal intime. C’est un récit très vivant et extrêmement touchant.

Mary a donc 10 ans quand elle commence le journal intime que mère Rose lui a offert pour son anniversaire. Cela fait 5 ans qu’elle vit dans le foyer des enfants aborigène de Bomaderry, une mission baptiste qui s’occupe d’éduquer les jeunes Aborigènes métisses. Ils sont donc triés par couleur, « en file indienne »,, pour savoir s’ils seront envoyés dans un autre foyer pour apprendre à être de bons domestiques, ou pour être adoptés par une famille blanche et être bien éduqués. Bien entendu, les plus foncés deviendront domestiques et les plus clairs seront adoptés.

C’est ce qui arrive à Mary quelques mois après avoir commencé son journal intime. Elle est adoptée par la famille Burke qui habite à St Ives, dans la banlieue de Sydney. Elle a 10 ans, ses parents et son frère et sa sœur adoptifs ne lui ressemblent pas et la forcent à oublier ses deux autres familles. Ma et Pa B (comme elle les appelle) aiment Mary et sont très gentils avec elle. Elle découvre de nombreuses choses qu’elle ne connaissait pas, le pudding de noël, partir en vacances, la tradition du Boxing Day etc. Mais elle est aussi confrontée aux moqueries et au racisme de ses camarades d’école parce qu’elle est la seule « abo ». Elle finit par devenir amie avec Tony, une petite fille immigrée italienne qui, comme elle, est différente. Grâce à Dot, une autre jeune fille aborigène de 17 ans qui est domestique pour une famille blanche du quartier, elle apprend à mieux connaître ses origines et à en être fière. Mais pour Mary, c’est une bataille quotidienne pour comprendre comment fonctionne le monde des adultes et de ceux qui décident. Ma et Pa B lui ont dit qu’il ne fallait pas s’approcher des noirs parce qu’ils étaient mauvais, elle doit également ne pas trop s’exposer au soleil, « car je deviendrais trop noire. Elle ne voulait pas ça. Je lui ai demandé pourquoi et elle a dit : La vie sera assez dure pour toi, ma chérie, sans avoir la peau très noire. »

Et surtout, elle ressent une profonde injustice qu’elle n’arrive pas à comprendre.

Vendredi 30 juillet
J’ai vu Dot aujourd’hui et elle m’a donnée de très mauvaises nouvelles du foyer où j’étais et des autres foyers du même genre. Je lui ai raconté comment mon nom qui était Amy Charles avait été changé en Mary Talence quand je suis arrivée à Bomaderry. Elle a mis son bras autour de moi et a dit qu’ils ont changé mon nom pour que mes parents ne puissent plus jamais me retrouver. Je ne le croyais pas parce que mère Rose m’aimait vraiment. J’étais sa préférée. Elle n’aurait pas fait ça parce qu’elle savait que je voulais voir ma mère.
Je commençais à pleurer et je crois que Dot s’est sentie coupable, mais elle a dit que j’avais besoin de savoir tout ça. Elle a dit qu’ils avaient changé les noms de beaucoup d’enfants, comme ça, si les parents écrivaient au foyer  et demandaient des nouvelles d’Amy Charles, les gens du foyer diraient : « Il n’y a pas d’Amy Charles ici » parce que mon nouveau nom est Mary Talence. […] Je suis si bouleversée par tout ça. Pourquoi ça m’est arrivé à moi et aux autres enfants du foyer ? Et pourquoi ça n’est arrivé à aucun des enfants avec qui je vais à l’école maintenant ? Ou à Sophie et à Sam ? Qui prend les décisions ? Dot affirme que c’est le gouvernement, mais que les aborigènes n’ont pas le droit de voter pour le gouvernement, seuls les blancs le peuvent. Mais les blancs ne sont pas ceux qu’on met dans les foyers, n’est-ce pas ? Je ne comprends vraiment rien à tout ça, mais je sais que ce n’est pas juste.

[…]

Samedi 22 janvier
Il y a tellement de choses dans les journaux au sujet de l’anniversaire de l’Australie le 26. Les journaux disent que c’est un jour pour fêter l’arrivée de la Première Flotte à Botany Bay le 26 janvier 1788. Mais il n’y a rien d’écrit dans le journal sur la façon dont les aborigènes sont morts depuis l’arrivée de ce bateau de la Première Flotte. Je me demande pourquoi ? Peut-être qu’ils ne connaissent rien à tout ça ? Quelqu’un devrait leur dire toute la vérité à ces gens du journal pour qu’ils puissent aussi en parler.

Ce roman inspiré de faits réels est destiné à un public d’adolescents, mais je ne peux que le recommander à toute personne s’intéressant au sort des aborigènes de la Génération volée. Le droit de vote leur a été accordé en 1962.

Publicités

Australian Women Writers Challenge 2013

http://australianwomenwriters.com

Cette année, je participe de nouveau à l’Australian Women Writers Challenge. Organisé par des bloggeuses et journalistes, ce challenge permet de mettre en lumière les femmes qui sont pourtant plus nombreuses à lire et à écrire mais moins lues et critiqués sur la toile.

J’ai choisi la catégorie « poids moyen » : le Miles. Il faut lire six livres écrits par des femmes et publier quatre critiques. Bien sûr c’est un minimum, et je ne pense pas avoir trop de mal à atteindre ce but.

Pour ajouter un peu de piment à mes lectures, j’ai aussi décidé de lire au moins trois romans écrits par des auteurs aborigènes. Je réalise qu’en 2012 sur les 27 livres que j’ai lu, un seul était écrit par une aborigène, Avoiding Mister Right de Anita Heiss.

J’ai abordé les thèmes de la colonisation grâce à plusieurs romans, Le fleuve secret (Kate Grenville), Ce qu’il advint du sauvage blanc (François Garde), Journey to the Stone Country (Alex Miller), Grand Homme (Chloe Hooper), Je me souviens de Babylone (David Malouf), mais tous sont écrits du point de vue des « colons ».

Pour y remédier, j’ai trouvé une liste de 100 titres sur le blog d’Anita Heiss et plusieurs autres sources sur la page dédiée à la diversité sur le site AWWC.

J’ai déjà prévu de lire Carpentarie d’Alexis Wright et The deadman Dance de Tim Scott.

La Journée d’alphabétisation des indigènes récompense Anita Heiss

Hier, 5 septembre se tenait la Journée d’alphabétisation des indigènes organisée par l’Indigenous Literacy Foundation. Cette fondation lutte contre les discriminations à l’accès à l’alphabétisation entre les enfants aborigènes et le reste de l’Australie. ‘A l’âge de 15 ans, 1/3 des élèves aborigènes d’Australie n’ont pas les aptitudes et connaissances de lecture nécessaires pour faire face aux défis de la vie et peuvent s’en trouver désavantager bien après l’école.’ (PISA cité dans Bortoli et Cresswell, 2004)

A cette occasion a été remis le Victorian Premier’s Literary Award for Indigenous Writing – Grand Prix Littéraire du Victoria pour l’écriture Indigène. Anita Heiss est l’heureuse gagnante de ce prix ($20,000) pour son livre Am I black enough for you? (Suis-je assez noire pour vous ?) paru chez Random House Australie.

Les autres nominées étaient:

Purple Threads de Jeanine Leane (University of Queensland Press)
The Boundary de Nicole Watson (University of Queensland Press)

 

Am I black enough for you? Anita Heiss

Am I black enough for you ? Anita Heiss - Random hous Australia

Que veut dire être aborigène? Pourquoi l’Australie est-elle obsédée par la notion d’identité? Anita Heiss, auteure à succès et militante passionnée pour l’alphabétisation des aborigènes, est membre de la communauté Wiradjuri de la Nouvelle-Galles du Sud. Elle a été élevé dans la banlieue de Sydney, et éduqué dans une école catholique.  Elle est aborigène, mais cela ne veut pas dire qu’elle aime se promener pieds nus, et ne lui demandez pas d’aller faire du camping dans le désert.

Après des années à stéréotyper les aborigènes d’Australie (habitants de camps ou émeutiers à Redfern), les média australiens leur ont trouvé un nouveau crime, avoir la peau « trop claire » pour être un aborigène d’Australie.  De telles accusations ont mené Anita à prendre position en s’alliant à d’autres pour attaquer en justice un chroniqueur d’un journal pour violation du Racial Discrimination Act ; le journal & chroniqueur ont été reconnu coupable.

 

Les Deadly Awards récompensent les australiens aborigènes

Que de prix littéraires en Australie cet hiver ! Une bonne raison de plus pour rester sous la couette à dévorer ses livres.

Les finalistes pour le prix littéraire des Deadly Awards viennent d’être annoncés. Ce prix récompense les australiens d’origine aborigène pour leur contribution exceptionnelle et leur rôle d’exemple pour la communauté. L’année dernière Anita Heiss avait été récompensé pour la quatrième fois pour son livre Paris Dreaming. Le gagnant sera annoncé le 25 septembre lors d’une soirée exceptionnelle à l’Opéra de Sydney. Vous êtes tous invités à voter en ligne sur le site vibe.com.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Sont nominés au prix littéraire :

Ali Cobby Eckermann Ruby Moonlight
Dub Leffler Once There Was a Boy
Chaise Eade Second Life
Sue McPherson Grace Beside Me
John Maynard The Aboriginal Soccer Tribe: A History of Aboriginal Involvement with the World Game

Encore de quoi vivre de belles aventures !

Avoiding Mr Right d’Anita Heiss

Avoiding Mr Right d’Anita Heiss, Batam Books 2008

Pour mon premier billet pour le Australian Women Writers Challenge 2012, je me suis plongée dans  Avoiding Mr Right d’Anita Heiss.

Je vous en direz plus sur le Challenge littéraire Australian Women Writers dans un prochain poste. UPDATE ici

C’est ce qu’on appelle un vrai livre pour fille (ou Chick Lit’ en anglais). Divertissant (lu pendant mes vacances dans le bush australien), piquant, et instructif (si si !).

Le synopsis: Peta Tully a rencontré l’homme idéal. Le seul problème c’est qu’elle n’est pas sûre d’avoir déjà envie de se casser. Donc, lorsqu’on lui offre un contrat d’un an à Melbourne pour un poste qui pourrait lui permettre d’atteindre le boulot de ses rêves, elle met sa vie de Sydneysider de côté, fait ses valises et saute dans un avion. Laissant son petit ami fou amoureux d’elle derrière elle, faisant vœux de célibat… mais  ça va s’avérer plus difficile que prévu.

Ceux qui habitent en Australie connaissent la rivalité légendaire entre Melbourne et Sydney, mais pour tous les autres, voilà le type de clichés que les Sydneysiders ont sur notre belle ville de Melbourne.

« – Et pourquoi Melbourne ? demande Liza
– Je sais, je sais, c’est pas idéal, mais le boulot est à Melbourne, donc c’est là-bas que je vais. Et d’ailleurs ce n’est que pour un an.
– Ne soit pas ridicule Peta, tu détestes Melbourne !
– Haïr Melbourne me semble plus approprié…
– En fait, je ne pense même t’avoir déjà entendu dire quelque chose d’agréable sur Melbourne.
[…]
– La qualité principale [de Melbourne] c’est que le boulot me rendra heureuse professionnellement et personnellement, et j’imaginais que ça vous suffirez, mais comme ce n’est pas assez pour vous mesdames, allons-y.
Melbourne regorge d’endroits super pour faire du shopping – vous avez entendu parlé de Tourak road, Chapel street ou Collins street ? Oui, il me tarde d’aller faire du faire les boutiques, grâce à mon augmentation de salaire. J’espère que je pourrais quand même rentrer dans mes nouveaux vêtements, car je passerai aussi mes nuits à gouter la fabuleuse nourriture de Melbourne vers Lygon Street et Johnston Street et, comme j’ai l’intention de vivre à St Kilda, je mangerai probablement aussi trop de gâteaux sur Acland street. Ensuite, comme je vais travailler dans les arts et la culture, j’irai voir des concerts live dans des lieux prestigieux, au Crown Casino, dans des galeries d’arts, au théâtre et bien entendu dans les nombreux bars à vin. Dans le cadre de mes recherches culturelles, j’assisterai à des compétitions sportives, comme le AFL (Australian Football League), qui est une vraie religion à Melbourne. Regarder de magnifiques hommes aux corps sculptés sera ma dose [de cigarette]. En enfin, même si je ne cherche pas d’homme comme vous le savez, je pense que c’est un plus qu’il y ait plus d’hommes célibataires dans les alentours. Il y a beaucoup trop d’œstrogène à Sydney. Et ça ne vient pas que des femmes ! »

« La faiblesse de ton plan, c’est que tu laisses derrière toi tout ceux qui t’aiment, et je ne veux pas juste dire James, mais nous aussi. Et ce n’est pas tout ce que tu abandonnes. Regarde! » Elle fit un geste vers le balcon, vers l’océan étincelante de Coogee. Ma vie entière de Coolangatta jusqu’à Sydney, j’ai vécu avec un littoral d’une extrême beauté à ma porte.
« Et désolée de le mentionner, Melbourne a le MCG mais Sydney a le plus beau port du monde, et son pont. Nous avons aussi l’Opéra de Sydney tu te souviens ? Qui a abrité le premier Corroboree (les Aborigènes interagissent avec le Temps du rêve à travers la danse, la musique et le costume. Source Wikipedia), la nuit d’ouverture de Bangarra (danse aborigène), et des deadlys (remise d’un prix à un aborigène pour récompenser sa contribution à la communauté aborigène) comme tu aimes tant le faire remarquer.  Sydney a des parcs nationaux fantastiques, l’esplanade du Rocks, le plus beau feu d’artifice de jour de l’an du monde et les plages…
– Il y a des plages à Melbourne aussi.

– Tu ne peux pas y nager, Peta.
– Et tu ne peux certainement pas surfer !
– Et as-tu pensé au climat ?
– Bien entendu, et figurez-vous que Sydney reçoit plus d’eau que Melbourne, donc l’idée qu’il pleut tout le temps a Melbourne est un mythe !
– En fait, ça ne l’est pas. On a peut-être plus de pluie, mais ici, elle tombe une bonne fois pour toute, alors que leurs averses sont moins importantes et durent plus longtemps, c’est pourquoi qu’on a l’impression que c’est toujours gris et humide là-bas. »

Je m’arrête là car tout le livre est dans ce style léger et drôle. Certains passages sont même très intéressant car comme Peta est d’origine aborigène (l’auteur aussi) elle donne son point de vue sur la situation entre « whitefellow » et « blackfellow ».  Très parlant ! Ceux qui habitent à Melbourne reconnaitront plein d’endroits familiers ce qui est aussi très agréable. Ceux qui habitent à Sydney, découvriront à quel point la vie Melbournienne est agréable et riche en rebondissements.

C’est un livre de plage qui m’a donné envie d’en savoir plus sur la question passionnante des aborigènes, pari réussi pour l’auteur !

Anita Heiss tient un blog qui pourrait vous intéresser. Elle vient de sortir Paris Dreaming.
Lu en ebook