Animal People de Charlotte Wood

Allen & Unwin

« Mais Jill et Nerida aimaient des chiens. Elles le mentionnaient assez vite dans la conversation. Nous aimons les chiens. Et vous ?

Stephen savait qu’il manquait un peu d’humanité en n’étant pas un amoureux des chiens. C’était injuste.  Il n’aimait pas les chats non plus.  Il n’aimait pas les animaux, de la même façon qu’il n’était pas mélomane ou intellectuel. On naît avec ce genre de trucs, comme la couleur des yeux, ou la longueur des jambes. Ne pas être mélomane ou intellectuel passait inaperçu Mais bizarrement ne pas aimer les animaux voulait dire qu’on n’était pas complètement humain. »

Stephen est un des personnages du roman précédent de Charlotte Wood The Children « sans but, malheureux, insatisfait, sans savoir comment rendre sa vie meilleure ». Dans Animal People, l’auteur le passe à la moulinette.

Il habite à Norton, un quartier un peu grunge dans un appartement crado, mal rangé mais qui lui appartient. Il connaît les habitudes de ses voisins mais préfère se tenir à l’écart. Il travaille comme serveur dans un café minable au Zoo, est (ou se sent ) harcelé par sa famille à qui il doit depuis toujours rendre des comptes, et vit une relation obsédante avec Fiona. Il ne se sent plus capable d’assumer tout ca, et aujourd’hui (le roman se passe sur une seule journée) semble être un jour maudit pour lui. Cette journée lui apportera son lot de révélations et de désastres, mais lui montrera aussi que l’amour n’est pas un piège, et que lui seul peut se sortir de sa détresse.

Charlotte Wood nous livre une histoire envoutante où le personnage principal ploie sous le poids des attentes de la société, de sa famille, de sa petite amie. Comment mettre un pied devant l’autre quand on se sent emprisonné ? Quand personne ne prend en compte votre avis ? Vous traite de raté ? Comment se sentir fier quand votre mère vous a toujours fait sentir que vous ne serez jamais qu’un fils médiocre sans ambition ?

Dans Animal People, l’auteur décrit avec simplicité et finesse des sentiments complexes sans tomber dans le pathos. La douleur de Stephen devient la nôtre. Sa difficulté à communiquer et son incompréhension du monde sont on ne peut plus humaines.

Une lecture simple et émouvante, un roman à lire.

Charlotte Wood est une des auteures australiennes les plus en vue de ces dernière années. Elle a écrit Piece of a Girl (1999), The submerged cathedral (2004) et The Children (2007). Chacun de ses romans sont très bien accueillis par la presse et sont nominés à un grand nombre de prix littéraires.  En 2012, Animal People était nominé aux Nita B. Kibble Awards et Miles Franlin Awards. Visitez son site internet: www.charlottewood.com.au

Allen & Unwin, 2011

Article paru le 11 octobre sur le site Chroniques littéraires de la rentrée.

C’est quoi au juste l’Australian Women Writers Challenge 2012 ?

Logo réalisé par Book'doutLes écrivaines féminines sont à l’honneur en 2012.

Je vous ai déjà dit que je participais au Australian Women Writers Challenge jusqu’en Décembre 2012. L’idée est de lire et d’écrire des critiques sur des livres écrits par des auteures australiennes. Le but étant de les promouvoir car elles sont trop souvent laissées pour compte dans les prix littéraires nationaux.

On peut lire de tout, au nombre que l’on veut, aussi souvent que l’on veut. Le tout étant de partager et d’élargir ses horizons.

Les challenges ont des noms qui rappellent drôlement notre héroïne préférée, Stella Miles Franklin…

Stella – lire 3 livres et écrire 2 critiques
Miles – lire 6 livres et écrire au moins 3 critiques
Franklin Fantastic – lire 10 livres et écrire au moins 4 critiques
J’ai choisi de faire le Miles.

Depuis que j’ai décidé de faire le Challenge, j’ai déjà lu 2 livres écrits par des femmes, Avoiding Mr Right / Je n’ai pas (encore) rencontré le l’homme idéal de Anita Heiss et When we have wings de Claire Corbett.

Ce challenge peut également être combiné avec d’autres, dont un que je trouve assez intéressant Aussie Author challenge with a Twist du groupe de lecture de Aussie GoodRead. L’auteur ou le titre lu doit correspondre à la première lettre du mois.

Il y a 368 participants à ce jour, et plus de 1000 critiques.

When we have wings de Claire Corbett

Et si nous vivions dans un monde où les riches pouvaient s’offrir le luxe de voler ? Pour son premier roman When we have wings (que l’on peut traduire par Quand nous aurons des ailes), Claire Corbett se prend au jeu.

« Peri s’avanca vers le bord de la falaise. Elle devait lâcher prise. Elle devait être prête à mourir. Une bouffé d’air balaya la falaise. Elle tituba, déplia ses ailes et se mit à courir. En se jetant de la falaise, elle sut que ça avait été au mauvais moment. Elle tombait comme si on lui avait tiré dessus, elle se mit à battre des ailes fort, de plus en plus fort, plus fort qu’elle ne l’avait jamais fait à Flight Gym.»

Je me suis lancée dans la lecture de ce roman parce que j’aime les histoires où les écrivains réalisent nos rêves (mon meilleur exemple étant Harry Potter, un de mes livres fétiches !). Qui n’a jamais rêvé de voler, de traverser les continents sans se soucier des frontières, de voir notre magnifique terre vue du ciel ? Ajouter à cela une histoire d’enlèvement et des histoires de gros sous et vous voilà avec un roman bien ficeler… mais un tout petit peu trop long.

Peri Almond est une jeune fille venue de RaRA land (l’endroit le plus oublié du monde, sans foi ni loi). Après un contrôle de routine et avoir accepté de conditions de travail plus que discutables, elle devient nourrice pour les Chesshyre, une des familles les plus riches de Flyerville. Elle s’occupe du petit Hugo avec l’attention d’une mère, allant même jusqu’à l’allaiter. Grâce à ses bons et loyaux services, elle parvient à décrocher le sésame pour rester à Flyerville et se paye même le luxe de réaliser son rêve le plus fou, des ailes. Mais un jour tout tourne mal, elle découvre son amie Luisa morte sur la plage et se sent en danger. Elle décide de s’enfuir, emportant Hugo avec elle.

Zeke Falwer est détective privé. Il se fait engager par Peter Chesshyre pour retrouver son enfant Hugo, qui a été enlevé par sa nourrice, Peri Almond. En acceptant l’affaire, Zeke ne réalise pas bien où il met les pieds. Il pénètre dans le monde de ceux qui peuvent voler, et s’aperçoit rapidement que tout vient à un prix. C’est alors une vraie chasse à l’homme qui s’engage entre Zeke et Peri.

Claire Corbett a clairement recherché son sujet à fond. Elle nous fournit d’innombrables (trop ?) détails sur les implants d’ailes, sur les traitements que les Flyers doivent suivre à la lettre, mais aussi sur les meilleures techniques pour voler plus longtemps sans se fatiguer, ou encore comment identifier des nuages dangereux et que faire pour les éviter. L’auteur décrit ce monde avec une vraisemblance incroyable.

Mon deuxième livre participant au Australian Women Writers Challenge 2012

Allen & Unwin, Juillet 2011
Lu en ebook, $7,26
http://www.amazon.com

Avoiding Mr Right d’Anita Heiss

Avoiding Mr Right d’Anita Heiss, Batam Books 2008

Pour mon premier billet pour le Australian Women Writers Challenge 2012, je me suis plongée dans  Avoiding Mr Right d’Anita Heiss.

Je vous en direz plus sur le Challenge littéraire Australian Women Writers dans un prochain poste. UPDATE ici

C’est ce qu’on appelle un vrai livre pour fille (ou Chick Lit’ en anglais). Divertissant (lu pendant mes vacances dans le bush australien), piquant, et instructif (si si !).

Le synopsis: Peta Tully a rencontré l’homme idéal. Le seul problème c’est qu’elle n’est pas sûre d’avoir déjà envie de se casser. Donc, lorsqu’on lui offre un contrat d’un an à Melbourne pour un poste qui pourrait lui permettre d’atteindre le boulot de ses rêves, elle met sa vie de Sydneysider de côté, fait ses valises et saute dans un avion. Laissant son petit ami fou amoureux d’elle derrière elle, faisant vœux de célibat… mais  ça va s’avérer plus difficile que prévu.

Ceux qui habitent en Australie connaissent la rivalité légendaire entre Melbourne et Sydney, mais pour tous les autres, voilà le type de clichés que les Sydneysiders ont sur notre belle ville de Melbourne.

« – Et pourquoi Melbourne ? demande Liza
– Je sais, je sais, c’est pas idéal, mais le boulot est à Melbourne, donc c’est là-bas que je vais. Et d’ailleurs ce n’est que pour un an.
– Ne soit pas ridicule Peta, tu détestes Melbourne !
– Haïr Melbourne me semble plus approprié…
– En fait, je ne pense même t’avoir déjà entendu dire quelque chose d’agréable sur Melbourne.
[…]
– La qualité principale [de Melbourne] c’est que le boulot me rendra heureuse professionnellement et personnellement, et j’imaginais que ça vous suffirez, mais comme ce n’est pas assez pour vous mesdames, allons-y.
Melbourne regorge d’endroits super pour faire du shopping – vous avez entendu parlé de Tourak road, Chapel street ou Collins street ? Oui, il me tarde d’aller faire du faire les boutiques, grâce à mon augmentation de salaire. J’espère que je pourrais quand même rentrer dans mes nouveaux vêtements, car je passerai aussi mes nuits à gouter la fabuleuse nourriture de Melbourne vers Lygon Street et Johnston Street et, comme j’ai l’intention de vivre à St Kilda, je mangerai probablement aussi trop de gâteaux sur Acland street. Ensuite, comme je vais travailler dans les arts et la culture, j’irai voir des concerts live dans des lieux prestigieux, au Crown Casino, dans des galeries d’arts, au théâtre et bien entendu dans les nombreux bars à vin. Dans le cadre de mes recherches culturelles, j’assisterai à des compétitions sportives, comme le AFL (Australian Football League), qui est une vraie religion à Melbourne. Regarder de magnifiques hommes aux corps sculptés sera ma dose [de cigarette]. En enfin, même si je ne cherche pas d’homme comme vous le savez, je pense que c’est un plus qu’il y ait plus d’hommes célibataires dans les alentours. Il y a beaucoup trop d’œstrogène à Sydney. Et ça ne vient pas que des femmes ! »

« La faiblesse de ton plan, c’est que tu laisses derrière toi tout ceux qui t’aiment, et je ne veux pas juste dire James, mais nous aussi. Et ce n’est pas tout ce que tu abandonnes. Regarde! » Elle fit un geste vers le balcon, vers l’océan étincelante de Coogee. Ma vie entière de Coolangatta jusqu’à Sydney, j’ai vécu avec un littoral d’une extrême beauté à ma porte.
« Et désolée de le mentionner, Melbourne a le MCG mais Sydney a le plus beau port du monde, et son pont. Nous avons aussi l’Opéra de Sydney tu te souviens ? Qui a abrité le premier Corroboree (les Aborigènes interagissent avec le Temps du rêve à travers la danse, la musique et le costume. Source Wikipedia), la nuit d’ouverture de Bangarra (danse aborigène), et des deadlys (remise d’un prix à un aborigène pour récompenser sa contribution à la communauté aborigène) comme tu aimes tant le faire remarquer.  Sydney a des parcs nationaux fantastiques, l’esplanade du Rocks, le plus beau feu d’artifice de jour de l’an du monde et les plages…
– Il y a des plages à Melbourne aussi.

– Tu ne peux pas y nager, Peta.
– Et tu ne peux certainement pas surfer !
– Et as-tu pensé au climat ?
– Bien entendu, et figurez-vous que Sydney reçoit plus d’eau que Melbourne, donc l’idée qu’il pleut tout le temps a Melbourne est un mythe !
– En fait, ça ne l’est pas. On a peut-être plus de pluie, mais ici, elle tombe une bonne fois pour toute, alors que leurs averses sont moins importantes et durent plus longtemps, c’est pourquoi qu’on a l’impression que c’est toujours gris et humide là-bas. »

Je m’arrête là car tout le livre est dans ce style léger et drôle. Certains passages sont même très intéressant car comme Peta est d’origine aborigène (l’auteur aussi) elle donne son point de vue sur la situation entre « whitefellow » et « blackfellow ».  Très parlant ! Ceux qui habitent à Melbourne reconnaitront plein d’endroits familiers ce qui est aussi très agréable. Ceux qui habitent à Sydney, découvriront à quel point la vie Melbournienne est agréable et riche en rebondissements.

C’est un livre de plage qui m’a donné envie d’en savoir plus sur la question passionnante des aborigènes, pari réussi pour l’auteur !

Anita Heiss tient un blog qui pourrait vous intéresser. Elle vient de sortir Paris Dreaming.
Lu en ebook