Entretien avec les éditions Au vent des Iles

Petit tour d’horizon de la maison d’édition Au vent des Iles, Tahiti

Au vent des Iles LOGO La maison d’édition Au vent des Iles fut fondée en 1988, mais a réellement lancé son activité éditoriale en 1991 avec la parution d’un ouvrage, puis quatre livres publiés en 1992. Au fil des ans, la maison a grandi pour comptabiliser environ 150 titres, aujourd’hui, elle publie une dizaine d’ouvrages par an dont 20% est écrit par des auteurs anglophones. Au vent des Iles publie de la littérature venue de tout le Pacifique, Polynésie, Samoa, Australie, Nouvelle-Calédonie… Les auteurs du Pacifique « partagent tous la même histoire, les mêmes blessures. Ce sont également toutes des civilisations de l’oral qui ont découvert l’écriture avec l’arrivée des missionnaires » explique Christian Robert, le fondateur et gérant de la maison d’édition. Le catalogue est varié, des essais politiques en passant par les romans noirs et des livres pratiques sur la cuisine de Tahiti et l’art des tatouages, cette maison d’édition promeut la culture du Pacifique, avec malheureusement quelques difficultés pour se faire une place sur la scène internationale.  On imagine en effet assez facilement les difficultés que peut rencontrer une si petite structure basée à plusieurs milliers de kilomètres de l’Europe, cependant, Christian Robert explique qu’il n’a « pas de difficulté particulière en termes logistiques, mais un intérêt quasi inexistant des lecteurs de l’hexagone pour ces littératures peu connues. Le temps viendra sans doute, le livre est aussi sujet à des modes ! Nos titres sont disponibles, mais ne restent guère en librairie, chassés par les nouveautés. Ils sont par contre toujours accessibles sur les sites de vente internet ». Les auteurs à lire, les ouvrages à se procurer…

Nouvelle-Zélande : Witi IIhimaera Bulibasha Bilibasha roi des gitans, La femme de Parihaka, & Patricia Grace Mutuwhenua, Le bataillon Maori ; Tahiti : Chantal Spitz L’île des rêves écrasés ; Australie : Terri Janke La chanson du papillon ; Nouvelle-Calédonie : Nicolas Kurtovitch Les heures italiques ; Samoa : Albert Wendt Le baiser de la mangue.   Merci à Christian Robert d’avoir répondu à mes questions, www.auventdesiles.pf

Les mâchoires du Serpent d’Hervé Claude

Les mâchoires du serpent d’Hervé Claude, Actes Sud 2012

Les machoires du serpent Hervé Claude

Petite pause en Australie-Occidentale pour lire le dernier roman policier de Hervé Claude, Les mâchoires du serpent, qui se déroule du côté de Perth.

Ashe est français, installé à Perth depuis quelques années où il vit de ces rentes. On comprend vite qu’il a eu une relation rapide avec Ange il y a quelques années, et qu’ils sont restés en contact. Ange Cattrioni est un policier qui confie à Ashe des missions non officielles sur des affaires qu’il mène. Il semblerait que ce soit des personnages récurrents d’Hervé Claude, mais comme c’est la première fois que je lis un de ses romans (et très certainement la dernière…), je ne répète que ce que j’ai lu ailleurs.

Je commence à me méfier des romans écrits pas des Français sur l’Australie. D’accord, ce jugement est un peu hâtif car je n’ai lu que deux romans français qui se déroulent en Australie, cependant, je trouve qu’il leur manque une certaine authenticité.

Mais revenons à notre roman résumé comme suit par l’éditeur : « D’étranges meurtres sont commis aux quatre coins de l’Australie. Pas de mobile apparent, mais une caractéristique commune : les victimes ont toutes eu le sexe tranché. Ashe, l’enquêteur français dilettante, et son indéfectible copain Ange Cattrioni, chef adjoint de la police locale, doivent faire face à cette vague de violence d’un nouveau genre. Prisonnier du fossé qui sépare des sociétés minières plus avides que jamais et un peuple aborigène encore largement exploité, Ashe mène une enquête sur le fil. Pour la première fois de sa longue errance à l’autre bout du monde, le Français doit affronter la question aborigène. Celle d’un peuple qu’on a décimé, expulsé de ses terres, dépossédé de sa culture. Et à qui l’on demande officiellement pardon maintenant qu’il n’a plus rien ».

Je ne suis pas emballée du tout par ce roman noir, je dresserai donc un compte rendu rapide.

Je trouve que l’histoire a du mal à s’installer. Bien que l’on soit plongé dès le début dans des détails sordides, l’histoire est traitée de façon assez superficielle. Je ne m’attache ni aux lieux ni aux personnages. Le ton de l’auteur est un peu trop didactique, il donne beaucoup d’explications concernant des lieux et des coutumes locales qui font décrocher le lecteur.

Chaque avancée de l’enquête arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, et les conclusions très hâtives, notamment en ce qui concerne les soupçons sur le meurtrier qui serait aborigène. De plus, les détails donnés sur les aborigènes sont sans grand intérêt tant ils sont bourrés de clichés.

L’atmosphère lourde, la chaleur (surtout du côté de Perth), les grands espaces, ce qui en général caractérise les romans australiens, ne sont pas palpables. De plus, je ne trouve pas les personnages sympathiques, Ashe est soi-disant débrouillard, mais à part mentir il ne sait rien faire de spécial. Ange, le policier chargé de l’affaire est quasi absent. Enfin, le style est assez pauvre, sans créativité. Voilà un petit dialogue qui illustre ma pensée :

Après avoir laissé l’information pénétrer dans les neurones de son enquêteur  fantômes, le PO avait ajouté :

–          Ça  ne veut rien dire du tout. Je suis juste certain qu’ils se sont vue plus d’une fois en tête à tête. De source sûre, ils sont partis du Court tous les deux, plusieurs fois, il y a quelques mois. Après on ne sait pas…
–          Non, je ne crois pas. Et la bonne nouvelle c’est que je vais te demander de l’interroger. Je ne veux pas qu’il soit sous le feu des projecteurs. Pour rien au monde. Mais ses activités politiques radicales sont connues et il faut absolument fouiller de ce côté-là. D’accord?
–          Tu sais où il est en ce moment ?
–          Tu dois le savoir mieux que moi…

Une pointe d’ironie, encore.

–          Pas du tout, tu crois qu’il m’a laissé ses coordonnées… !
–          C’est bien le hic. Personne ne l’a vu depuis deux jours.
–          Ne me dis pas qu’il a disparu…
–          Ça en a tout l’air. À toi de jouer.

Bref, vous l’aurez compris je ne recommande pas ce livre à ceux qui voudraient découvrir l’Australie. Malheureusement, comme je ne suis pas une grosse lectrice de romans policiers je ne peux pas suggérer d’autres titres… Mais vous pouvez toujours essayer Vérité de Peter Temple.