Picnic at Hanging Rock de Joan Lindsay

 

Picnic at Hanging Rock de Joan Lindsay, Penguin 1967
Picnic at Hanging Rock traduit par Marianne Véron, Flammarion 1977

Picnic at Hanging Rock fut l’un des premiers livres que j’ai achetés en arrivant en Australie. J’avais entendu dire qu’il s’agissait d’un classique de la littérature australienne, et je viens de trouver grâce à Marie que Flammarion a publié une traduction en 1977. Comme vous pouvez le constater, ce livre a fait l’objet de nombreuses nouvelles publications, accompagnées par des couvertures remises au goût du jour pour s’adapter aux lecteurs du 21e siècle. Ce roman a également été adapté au cinéma sous le titre éponyme, et fut distribué en France. Le film a été réalisé par Peter Weir en 1975, et est considéré comme un chef-d’œuvre du cinéma fantastique australien. Le lieu du roman ne m’était pas inconnu puisqu’il se déroule à 70 km de Melbourne dans le Victoria près du Mont Macedon. Dès la première page, l’auteur informe le lecteur des éléments suivants:

Que Picnic at Hanging Rock soit tiré de faits réels ou soit une œuvre de fiction, je laisse le lecteur en décider. Le funeste pique-nique eut lieu au cours de l’année 1900, et tous les personnages qui apparaissent dans cet ouvrage ont depuis disparu, cette précision semble sans importance.

Il a pourtant été avéré que cette histoire est une pure invention de l’auteur. Picnic at Hanging Rock relate la disparition de trois jeunes pensionnaires et d’une de leur professeur le 14 février 1900. En cette Saint-Valentin, les élèves de l’institution Appleyard sont parties pique-niquer à Hanging Rock. Au moment de la sieste, quatre d’entre elles s’éclipsent afin de monter au sommet de ce mamelon (terme appartenant à la volcanologie). Il n’en revint qu’une seule, hystérique, incapable d’expliquer la disparition de ses camarades et de leur professeur, sans doute partie à leur recherche. Une semaine plus tard, une des trois jeunes filles est retrouvée inconsciente à Hanging Rock, mais ne se souvient de rien. Selon Jean-François Vernay, le thème de la disparition:

est un grand classique. L’explorateur, le chemineau et autres personnages archétypaux, absorbés par […] un espace hostile aux reliefs ingrats participent à ce thème. Plus généralement, ces disparitions témoignent du malaise des allogènes (peuple minoritaire dans une nation) à occuper une terre sur laquelle ils ne parviennent pas à se sentir chez eux: ils sont gagnés par l’angoisse d’être sans attaches.

L’immense succès du livre (et du film) tient en partie à l’absence d’explication fournie par l’auteur quant à la disparition des trois jeunes filles. Lindsay offre une description minutieuse de la formation rocheuse et de la faune et la flore de la roche: les insectes, les animaux, les arbres, les arbustes, les herbes et le terrain sur lequel les jeunes filles se baladent. Il s’agit d’une contemplation du paysage australien, de son mystère, de son hostilité, de l’étrangeté hostile et exotique qui s’en dégage.   Plusieurs interprétations ont été suggérées, et l’auteur avait initialement écrit un 18e chapitre, mettant ainsi un point final à cette disparition. Malgré tout, le livre continue d’être vendu sous la forme d’un roman qui ne comprend que 17 chapitres.

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Looking for Alibrandi de Melina Marchetta

Looking for Alibrandi de Melina Marchetta, Puffin Books 1992

Looking for Alibrandi - Melina Marchetta

Pour un de nos cours de traduction, on nous a proposé de traduire un extrait de roman pour ado. Cela tombait bien, c’était un livre australien. Il s’agit de Looking for Alibrandi de Melina Marchetta. Ce roman est un classique de la littérature adolescente australienne qui reçut plusieurs prix littéraires, et fut traduit dans de nombreux pays (mais pas en français). Il est toujours étudié par les élèves de seconde (Année 9-10). Il fut également adapté à l’écran sous le même titre en l’an 2000. Visionnez un extrait ici.

Joséphine (Josie) Alibrandi a 17 ans, elle habite à Sydney et c’est sa dernière année de lycée. Elle ne le sait pas encore, mais ce sera une année très importante pour elle.

Josie a plusieurs problèmes :

Sa grand-mère, Nonna Katia
Les rituels. Ils vont et viennent, mais celui de rendre visite à ma grand-mère tous les après-midi me rend complètement dingue. Donc, je traîne, parce que je sais que ça l’énerve et mon objectif principal dans la vie en ce moment, c’est de l’énerver. Je jure devant dieu que s’il y a bien une chose que je ne ferais pas dans cette vie dominée par les règles et les règlements, ce sont ces abominables rituels. […] Mercredi, elle portait un pull en laine. Il fait 30 °, et elle portait de la laine directement sur sa peau. Nonna pense que plus on souffre sur la terre, plus on sera récompensé au paradis. Porter de la laine en été doit être une des souffrances nécessaires. Ça m’énerve qu’elle ne me laisse pas m’asseoir dans le salon où se trouve l’air conditionné. Cette pièce est réservée aux visiteurs qu’elle déteste, mais qu’elle veut impressionner avec ses meubles italiens. La petite fille qu’elle dit aimer, elle doit rester dans la salle TV dans une chaleur étouffante assise sur un vieux canapé.

Sa naissance hors mariage et une mère célibataire (qui fait jaser la communauté italienne de Sydney)
La réaction des mères italiennes au fait que ma mère ne soit pas mariée me rend dingue parfois. Il n’y a rien de très romantique dans la disgrâce de ma mère. Elle a couché avec le voisin quand elle avait 16 ans et avant d’avoir pu dire ouf, sa famille avait déménagé à Adélaïde. Il savait qu’elle était enceinte, mais ne s’est jamais manifesté.  Tout ce que nous savons, c’est qu’il est vivant et qu’il est avocat à Adélaïde. Je ne comprends pas la logique, mais à l’époque personne n’était autorisé à venir et rester à la maison. Je savais qu’elles voulaient, seulement je n’ai jamais compris pourquoi elles ne pouvaient pas. Dieu seul sait ce que ma mère aurait pu faire ou dire à leurs enfants.

Sa rencontre avec son père
Je l’ai regardé et à ce moment tout ce que je m’étais imaginée de mon père a volé en éclat.
Je pensais qu’il serait grand.
Il ne l’était pas.
Je pensais qu’il serait beau.
Il ne l’était pas.
Je pensais qu’il aurait l’air d’une mauviette.
Il n’en avait pas l’air.

Son identité
« Vous, les nouveaux Australiens portaient beaucoup de noir, non ? » Me demanda-t-elle [Ivy poison].
« Nouveaux Australiens ? dis-je abasourdie. Moi ? Une nouvelle Australienne ? »
« Oui. »
Elle avait l’audace d’avoir l’air surprise de ma réaction.
« Comme oses-tu m’appeler nouvelle Australienne. »
« Tu es italienne, je me trompe? »
« J’ai des origines italiennes, c’est tout. Dis-je sèchement. Et je suis aussi deux mois plus vieille que toi, si je me souviens bien, donc si quelqu’un doit être une nouvelle Australienne, c’est toi parce que tu es deux mois plus jeune que moi. »
Elle leva les yeux au ciel et secoua la tête, « Tu vois très bien ce que je veux dire. Tu es différente ».

Vous l’aurez compris, Josie a de nombreuses interrogations et problèmes existentiels. Melina Marchetta nous raconte ses aventures, nous fait part de ses réflexions dans un style léger et plein d’humour. Josie n’a pas la langue dans sa poche, elle dit ce qu’elle pense tout haut, se fâche avec sa mère, s’énerve contre son père, est au bord de la rupture plus d’une fois avec son petit ami… bref, elle est pleine de vie et ça rend le roman touchant et amusant.

Bien que ce soit destiné à un public adolescent, tout le monde trouvera de quoi se réjouir en lisant Looking for Alibrandi.  Une très belle trouvaille !

Ce roman fait partie du Australian Women Writers 2013.

The women in black de Madeleine St John

The women in black de Madeleine St John, Text Publishing 2009 (première parution en Angleterre en 1993)
Indisponible en Français selon les souhaits de l’auteure

The women in black - Madeleine St John_text classics
Text Classics Ed. 2012


Je n’ai lu que de bonnes critiques de ce roman sur les excellents blogs d’ANZ Lit Lover et de Whispering Gums. D’ailleurs, l’édition de Text Publishing nous donne l’eau à la bouche dès la première page :

Séduisant, hilarant, brillamment observé, ce roman rayonne d’esprit et de tendresse — Helen Garner

Ce livre est la parfaite petite robe noire rétro. Très bien construit, il évoque un autre temps qui fait déjà figure de classique très actuel, et il vous rend heureux. J’ai adoré. — Kay Cooze

Un roman charmant que nous avons oublié depuis trop longtemps — vous vous surprendrez à le relire chaque fois que vous aurez besoin de vous souvenir que, comme le disait Camus, « le bonheur aussi, à sa manière, est sans raison, puisqu’il est inévitable ». — Deborah Robertson

Et bien, je n’ai pas été déçu, j’ai adoré ce livre ! Il est léger, drôle et offre un retour vers le passé charmant. C’est un merveilleux premier roman et une merveilleuse surprise.

L’histoire se déroule dans les années 50 et retrace quelques semaines de la vie de 4 femmes, vendeuses chez Goode (un genre de « Galeries Lafayette » à l’australienne), un mois avant les fêtes de Noël. Fay Baines et Patty Williams travaillent au rayon des robes de soirée prêt-à-porter, tandis que Magda s’occupe du rayon haute Couture. La jeune Lisa Miles, quant à elle, vient d’être embauchée en intérim pour la période des fêtes et des soldes du jour de l’an. Toutes les quatre portent l’uniforme obligatoire de la maison Goode, une robe noire.

Madeleine St John reconstitue l’ambiance de ces années 50 à merveille et traduit les préoccupations des femmes de cette époque. À l’époque, une femme devait bien entendu se marier et avoir des enfants. Patty, qui ne peut pas avoir d’enfants, n’est plus vraiment actrice de sa propre vie. Fay, âgée de 26 ans, est encore célibataire et cherche désespérément un mari. Lisa et Magda ont des caractères plus modernes et plus dégourdis.

Les 55 chapitres sont des petits trous de serrures par lesquels on découvre un petit bout de vie de ces héroïnes. Elles ont toutes les quatre des personnalités différentes et on s’attache à leurs défauts comme à leurs qualités.

L’écriture est fluide, parfois même dans un style parlé, permettant ainsi de s’immerger dans le roman très facilement. Le soir, le midi, il me tardait de retrouver mes héroïnes pour suivre leurs aventures et connaître les derniers potins. On partage leurs pensées secrètes, ce qu’elles ne diraient jamais à voix haute, mais qu’elles pensent très fort. Pas toujours tendre, mais tellement délectable !

L’introduction du roman est écrite par Bruce Beresford, un ancien ami de Madeleine qui ne cache pas son admiration :

La gamme est étroite, mais son observation et les dialogues sont précis, touchants et très souvent drôles. Une styliste méticuleuse, dont le modèle était Jane Austen, elle créait, ou recréait, une catégorie sociale de la société londonienne de la fin du 20e siècle, à la manière de Jane Austen au 19e siècle.

En 2009, Text publishing publie The women in Black pour la première fois en Australie et le ressort en 2012 dans sa collection Text Classics. Il s’agit du premier livre de Madeleine St John, écrit à l’âge de 52 ans. Bien qu’elle n’ait écrit que quatre romans dans sa vie, Rupture et conséquences (Mercure de France traduit par Josette Chicheportiche, 2000, en anglais The essence of the things) fut nominé au Man Booker prize (prix littéraire très important pour les auteurs de langue anglaise).

Si vous voulez en savoir plus sur l’auteur, une biographie paraîtra sous le titre de Madeleine – A life of Madeleine St John d’Helen Trinca en avril 2013 toujours chez Text Publishing.
The women in black est mon premier livre participant au AWWC 2013.

 

True history of the Kelly Gang / Véritable histoire du Gang Kelly de Peter Carey

True history of the Kelly Gang de Peter Carey, Faber and Faber 2000
Véritable histoire du Gang Kelly, traduit par Élisabeth Peelleart, Plon 2003


Ce roman, publié en 2000, a remporté le prestigieux Booker Price (prix littéraire pour les auteurs de langue anglaise des pays du Commonwealth) en 2001 et le Prix du Meilleur Livre Etranger (PMLE) en France en 2003. Peter Carey est l’un des auteurs australiens les plus connus hors des frontières, ses romans sont « une plongée de plain-pied dans l’odyssée australienne et les liens historiques étroits qui unissent ce continent lointain à l’Europe. Chacun [roman] se veut aussi, de l’aveu de l’écrivain, une pierre nouvelle ajoutée à l’édifice encore très neuf que constitue la littérature australienne. Mais, de façon plus poétique et esthétique, l’essence de l’art de Peter Carey réside dans sa faculté de donner voix à des personnages, de leur laisser la parole afin que s’opère un authentique et formidable processus d’incarnation. » Télérama 2007.

La Véritable histoire du Gang Kelly raconte la jeunesse et la vie d’Edward « Ned » Kelly, le mythique « Robin des Bois » australien, sous forme de lettres à sa fille. L’histoire est racontée à travers la voix de Ned Kelly dans un style parlé et assez pauvre du 19e siècle : un manque de ponctuation, une absence quasi totale de règles grammaticales et les nombreux mots inconnus (un vocabulaire très familier, très australien et datant un peu) rendent la lecture (en tout cas en anglais) du premier chapitre plutôt laborieuse. Mais il serait trop facile de se décourager… Une fois le style apprivoisé, quelle récompense ! Carey n’a aucune pitié pour ses lecteurs au nom de la vérité. Ce style ressemble à celui de la lettre que Ned Kelly avait écrite « the Jerilderie Letter » dans laquelle il justifie ses actions (de hors-la-loi) et dénonce la corruption de la police. L’auteur se glisse dans la peau du personnage avec un talent extraordinaire.

Ned choisit d’écrire à sa fille pour qu’elle ne soit pas, comme il l’a été, manipulée par les autres et afin qu’elle sache la vérité sur son père.

I lost my father when I was 12 yr. of age and know what it is to be raised on lies and silences my dear daughter you are presently too young to understand a word I write but this history is for you and will contain no single lie may I burn in Hell if I speak false.

Le journal s’ouvre sur ses souvenirs d’enfance, une des seules périodes heureuses de sa vie. La famille vit alors à Beveridge dans le Victoria dans la pauvreté et l’ignorance. Lorsque son père meurt, Ned a 12 ans et il doit s’occuper de la propriété d’Eleven Mile Creek. Sa mère rencontre Harry Power, un hors-la-loi qui deviendra par la suite le maître « d’apprentissage » de Ned. Il lui apprend le vol de chevaux, le racket des gens fortunés, allant jusqu’à faire commettre à Ned, 15 ans, un quasi-meurtre. Harry est méchant et violent, et Ned finit par fuir après de nombreuses trahisons.

Mais la vie est faite ainsi, et malgré la bonne volonté de Ned à rester dans le droit chemin, il est incarcéré à l’âge de 17 ans pour une peine de trois mois suite à une mauvaise blague et parce qu’il s’était battu. Quelques jours après sa libération, il est accusé à tort d’avoir volé un cheval et retourne en prison pour trois années supplémentaires.

One morning of 1872 my mother was 42 yr. old she had 2 sons in prison also 1 brother & 1 uncle & 1 brother in law. 2 of her beloved daughters was buried beneath the willow tree and God knows what worse were on the way.

Le fameux Gang Kelly se forme véritablement un peu par hasard au chapitre neuf lors de meurtres de Stringybark Creek. Les destins de Joe Byrne, Steve Hart, Dan & Ned Kelly sont liés à jamais après cette aventure.

La Véritable histoire du Gang Kelly est un livre prenant qui présente parfois des longueurs, mais il offre un aperçu de l’Australie du 19e siècle, de ses paysages sauvages et de toutes les injustices subites par les immigrés pauvres — ici irlandais. Ned Kelly est aujourd’hui une icône nationale (un prix littéraire pour les romans policiers porte son nom) à qui Peter Carey donne une seconde vie.

Peter Carey est notamment l’auteur d’Oscar et Lucinda (1988) qui a également été couronné par le Booker Prize, la plupart de ses romans ont été traduits en français.

Ned Kelly - Sidney Nolan
Ned Kelly, Sidney Nolan 1946