À vos agendas 2013

Les prochains mois promettent de belles aventures littéraires… en anglais comme en français.

En janvier est sorti l’édition de poche de L’ivresse du kangourou de Kenneth Cook chez J’ai lu. De quoi redécouvrir à petit prix cet auteur que j’ai beaucoup aimé en lisant Cinq Matins de trop.

Au mois de février, deux premiers romans verront le jour.
Text publishing nous promet un livre drôle et réconfortant avec The Rosie Project de Graeme Simsion. En 2012, l’auteur avait gagné le Prix du Victorian Premier pour un manuscript non publié. L’extrait est accompagné d’une petite vidéo amusante.
Melissa Keil est une ancienne collègue des Editions Five Mile Press, et son premier roman pour ado débarquera aussi dans les librairies en février, Life in Outer Space. Elle est la première gagnante du Ampersand Project organisé par Hardie Grant Egmont.

Tony Jordan réapparaîtra sur nos étagères au mois de février – qui sera décidément chargé – avec son avant-dernier roman L’impossible Miss Ella (Fall Girl) traduit par Laurence Videloup aux Editions Heloise d’Ormesson. Tony est une habitué des comédies romantiques, et bien que j’ai un avis mitigé sur son livre précèdent Tu pourrais rater complètement ta vie, je suis sûre qu’elle ne manquera pas de nous divertir.

En mars, les amateurs  du style de J.M. Coetzee (originaire de d’Afrique du Sud mais naturalisé australien en 2006) seront heureux de lire, six ans après  son dernier roman Journal d’une année noire  (Diary of a bad year), son nouveau livre The childhood of Jesus chez Text Publishing.  A noter que J.M. Coetzee fut le lauréat du prix Nobel de littérature en 2003.

All that I Am d’Anne Funder couronné par presque tous les prix littéraires australiens imaginables en 2012 sera enfin disponible aux lecteurs francophones à partir d’avril sous le titre de Tout ce que je suis traduit par Julie Marcot (aux éditions Héloïse d’Ormesson).  Celui-ci est dans ma liste à lire absolument.

Toujours en avril, Madame Bovary’s Haberdashery de Maurilia Meehan promet de bon moment de détente. En France, les Editions Belfond publieront La lionne (The Lioness) de Katherine Scholes qui nous fera voyager loin de l’Australie, sur les terres sauvages de Tanzanie.

Les ponts tant attendus de mai seront les bienvenus pour se plonger dans Jeunes mères désespérées en quête de sérénité (The Mothers Group) de Fiona Higgins, un recueil de 6 nouvelles sur des femmes fraîchement devenues mères – à paraître aux éditions Presse de la Cité, traduit par Valérie Bourgeois.  En Australie et même sans pont A world of other people de Steven Carroll offrira un retour vers la seconde guerre mondiale.  Steven Carroll fut notamment  nominés pour le prix femina en 2001 avec son roman De l’art de conduire sa machine.

 Au moment de la rentrée de septembre et pour éviter le coup de blues post-vacances, je vous conseille de vous plonger dans mystérieux nouveau roman d’Alexis Wright The swan book dont la sortie était initialement prévue en 2012. Carpentarie, son plus célèbre roman semble passionnant, et je compte bien le découvrir avant septembre. Lire la critique du blog Whispering Gums.  Et moins d’un an après la sortie française des affligés (Bereft), Chris Womersley nous prépare un nouveau roman d’initiation sous le titre de Cairo.

Rencontre avec… Text Publishing, Melbourne

Gros plan sur un acteur de la scène littéraire australienne : Text publishing

C’est au 22 de William Street, en plein cœur de Melbourne, que les bureaux de Text Publishing sont implantés. Créé en 1990 par Diana Gribble, Text publishing est désormais entre les mains expertes de Michael  Heyward, l’actuel directeur éditorial. Depuis les années 90, cette petite maison d’édition australienne d’une vingtaine d’employés publie des œuvres de fiction, des essais et de la littérature pour adolescents de qualités. 

Avec environ 80 nouveautés qui paraissent chaque année, Text Publishing met en lumière la littérature australienne grâce à la publication d’ouvrages d’auteurs prestigieux et reconnus comme Kate Grenville ou Toni Jordan mais aussi en cherchant de nouveaux talents. La maison reçoit des manuscrits par le biais d’agents littéraires australiens et internationaux, mais également un très grand nombre de manuscrits non-sollicités « des centaines et des centaines de manuscrits. Souvent le vendredi après-midi on organise des sessions de lectures pour éviter les délais de réponse trop longs » confie Penny Hueston, éditrice déléguée « et parce que parfois vous tombez sur une perle rare ». Ce fut le cas de Shane Maloney avec sa série policière humoristique mettant en scène Murray Whelan aujourd’hui traduit internationalement. 

Ils participent également activement à la promotion des auteurs australiens incontournables avec leur collection Text Classics.Cette collection est née naturellement afin de continuer ce travail de mise en valeur de la production locale. « A l’original, l’Australie était une destination uniquement pour la vente et la distribution des livres. Si vous étiez un auteur dans les années 50 en Australie, vous deviez envoyer votre manuscrit en Angleterre pour vous faire publier et il serait ensuite mis dans une bateau pour être vendu en Australie » explique Penny. Fort de ce constat, Michael Heyward et Text Publishing décident de republier les textes oubliés de Henry Richardson, Miles Franklin, Elizabeth Harrower, Sumner Locke Elliott, Barbara Bayton… Et en 2013, c’est au tour des auteurs pour la jeunesse d’être mis à l’honneur. Retrouvez la liste complète .

Malheureusement aujourd’hui l’isolement continue. Bien qu’étant l’un des pays du monde où le nombre d’achat de livres par habitant est le plus élevé, les éditeurs australiens sont souvent oubliés par les éditeurs français. Une maison comme Text publishing doit presque systématiquement démarcher les maisons d’édition en France pour pouvoir recevoir les nouveautés.  Il y a bien des titres exportés dans l’hexagone, mais en général ces traductions ne représentent qu’un petit pourcentage des catalogues. Dernièrement, les Editions Belfond ont traduit La gifle et Jesus Man de Christos Tolskias, les éditions Héloïse d’Ormesson publient les livres de Toni Jordan et travaillent actuellement sur la traduction du livre d’Anne Funder All that I am, récompensé cette année par de nombreux prix littéraires. On notera également que parmi les 220 romans étrangers parus lors de la rentrée littéraire de cette année, il n’y a que 2 romans australiens : Le temps n’efface rien de Stephen Orr (Presse de la cité, traduit par Karine Reignier) et Cinq carillons de Gail Jones (Mercure de France, traduit par Josette Chicheportiche). Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir…

Merci infiniment à Penny Hueston de m’avoir accordé cet entretien.

Article précédement paru dans le Petit journal de Melbourne le 16 octobre 2012.

People of the Book / Le livre d’Hanna de Geraldine Brook

People of the Book de Geraldine Brook, Penguin Editions 2008
Le livre d’Hanna traduit par Anna Rabinovitch, Editions Belfond 2008

Je m’attendais à du Indiana Jones ou à une version plus profonde du Da Vinci Code. Le 4e de couverture m’avait appâté, « Quand Hanna Heath est appelée au milieu de la nuit à son domicile de Sydney à propos d’un précieux manuscrit médiéval qui a été retrouve dans les ruines de Sarajevo, elle sait qu’elle est sur le point de vivre une expérience unique. »

Ne vous méprenez pas, c’est un livre d’une extrême intelligence et très fouillé, mais un peu long à démarrer. Le livre se compose de différentes histoires, le fil rouge étant les recherches d’Hanna aux quatre coins du monde pour découvrir l’histoire de cette relique – qui se révèle être l’Haggadah de Sarajevo. Le reste des chapitres sont des scènes historiques en lien avec les fragments qu’elle prélève du livre (un bout de papillon, un cheveux blanc, une tache de vin etc.…).

Tout est extrêmement documenté, et Geraldine Brook a romancé l’histoire formidable de ce manuscrit qui a plus d’une fois frôlé la destruction.

Réalisé à la fin du 14e siècle par des membres de la communauté juive d’Espagne, il réapparait au 16e siècle en Italie, et est vendu au musée national de Sarajevo en 1894. Il fut ensuite caché pendant la seconde guerre mondiale par un bibliothécaire et un religieux musulman. Plus tard, il sortira miraculeusement indemne de la guerre de Bosnie. Un mystère plane toujours sur son itinéraire.

De quoi mettre l’eau à la bouche de tous les fascinés d’histoire…

Geraldine Brook n’en ai pas à son coup d’essai et a déjà gagné le Prix Pulitzer de la fiction avec son roman March / La solitude du Docteur Marchen 2006.

Entretien avec les éditions Belfond – La littérature australienne à la conquête du monde

Les éditions Belfond ont récemment publié Jesus Man de Christos Tsiolkas ou encore Les lois de la famille de Benjamin Law mais leur intérêt pour la littérature australienne n’est pas né d’hier. Caroline Ast, directrice éditoriale adjointe de Belfond répond à mes questions.

Les éditions Belfond publient régulièrement des romans écrits par des auteurs australiens, pourriez-vous nous en dire un peu plus…
Il y a une longue tradition d’auteurs australiens au catalogue Belfond, de Frank Moorhouse à Venero Armano, en passant par Nikki Gemmel. Ces dernières années, cette tradition a été ravivée avec la publication des livres de Steve Toltz, Richard Flanagan, Christos Tsiolkas et Benjamin Law. L’intérêt pour la littérature australienne a connu un retour de flamme à la lecture de La Gifle. Belfond a en effet été un des premiers éditeurs étrangers à acquérir les droits de ce roman qui est ensuite devenu un phénomène mondial. Suite à cette acquisition, j’ai eu la chance et le privilège d’être conviée par l’Australian Council à rencontrer les éditeurs et agents australiens en 2010. J’ai ramené de cette enrichissante visite nombre de contacts et un jeune auteur prometteur : Benjamin Law.


L’année dernière vous publiiez le roman La gifle de Christos Tsiolkas (sorti en Novembre 2008 en Australie), et cette année c’est au tour de son roman Jesus Man écrit en 1999. Comment se fait-il que cet auteur célébré en Australie n’ait pas été publié plus tôt par les éditeurs français ?
Les agents et éditeurs australiens étaient assez méconnus. La situation est en train de changer et le succès de La Gifle y a largement contribué. Ils étaient jusqu’ici beaucoup représentés par des agences anglaises ou françaises, nous n’avions que peu de contacts directs avec eux. De plus, en raison de la distance, ils se déplacent peu aux Foires les plus importantes, Londres ou Francfort. Jusqu’à La Gifle, Tsiolkas était un auteur reconnu et célébré dans son pays, mais ses quatre précédents livres dont Jesus Man, plus difficiles d’accès, n’avaient jamais dépassé les frontières. Il a fallu attendre La Gifle, au sujet plus vaste et plus accessible à un public mondial et de plus auréolé de tous les prix possibles en Australie pour qu’il accède à une reconnaissance mondiale.

Selon vous, en quoi la littérature australienne est-elle différente de la littérature anglo-saxonne (UK, US?
La littérature australienne se démarque actuellement par sa vitalité. Pour faire un raccourci saisissant, elle représente en quelque sorte ce que la littérature américaine a été dans les années 50 : ample, vaste, n’ayant pas peur de s’attaquer à des sujets difficiles ou peu abordés. Elle s’appuie aussi sur une histoire tout à fait particulière, récente, empreinte de violence, voire de sauvagerie. A l’image du pays, elle est contrastée, passant sans difficulté des grands espaces aux paysages urbains, du ranger au trader, du surfer à l’aborigène.


Que recherchez-vous quand vous achetez les droits d’un roman australien ? Pensez-vous que les lecteurs aient des clichés en tête lorsqu’ils choisissent ces livres ?
Il y a certainement un cliché dès qu’on parle de l’Australie, un cliché nourri de grandes plages, de vie saine au grand air, d’espaces immenses et encore sauvages, d’animaux exotiques. Ce que nous recherchons dans un roman australien, c’est tout ce qui va nous permettre d’aller au-delà de ces clichés, de toucher de plus près une vérité autre. Pour revenir à La Gifle, l’intérêt réside dans le fait que le livre est résolument ancré dans une Australie contemporaine dont on découvre peu à peu les contradictions. Pourtant, de par son sujet, de par la profondeur de sa réflexion, ce livre a trouvé une résonnance mondiale.


Quels auteurs recommandez-vous pour découvrir la littérature australienne?
Toute la folie, la fantaisie, le désespoir australien est résumé dans Une partie du tout de Steve Toltz. Avec Tsiolkas, on découvre une Australie contemporaine et plus brutale que celle que nous décrivent les guides touristiques. Pour découvrir la Tasmanie mais aussi une partie de l’histoire australienne, il faut se plonger dans les romans de Richard Flanagan, notamment le superbe Dispersés par le vent. Enfin, je triche car l’auteur n’est pas australien, mais on a rarement lu plus drôle et plus addictif que Piège nuptial de Douglas Kennedy sur une virée dans le bush.

Merci infiniment à Caroline Ast et aux Editions Belfond pour leur collaboration.