Her Father’s Daughter d’Alice Pung

Her Father’s Daughter (La fille de son père) d’Alice Pung, Black Inc 2011
Indisponible en français

Her father's daughter - Alice Pung

Je me rends compte que jusqu’à aujourd’hui, je n’ai lu que des romans australiens attendus. J’entends par là qu’ils abordaient presque tous des thèmes que nous, européens, nous attendons à trouver dans un roman australien : les grands espaces, la relation entre blancs et aborigènes, l’arrivée des colons au 19e siècle en terre australe… Je ne me suis en fait assez peu intéressée aux thèmes plus contemporains des nouveaux Australiens, ceux arrivés au cours des années 70. Les migrants venaient d’Europe, notamment de la Grèce et d’Italie, mais également beaucoup d’Asie, du Vietnam, de Chine, du Cambodge.

Grâce à une de mes profs, je viens de découvrir Alice Pung, fille d’immigrés d’origine chinoise, mais ayant vécu au Cambodge sous le régime des Khmers Rouges. Alice Pung est une étoile montante de la littérature australienne, et son premier roman-mémoire publié en 2006, Unpolished Gem fut acclamé par la critique.

Dans son second livre, Her father’s daughter, Alice raconte l’histoire de son père parti du Cambodge après voir passé quatre ans dans un camp de travail sous le régime des Khmers Rouges. A la libération, les survivants de sa famille (sa sœur et sa mère) et sa jeune épouse fuient le pays pour un camp de réfugiés au Vietnam en attendant d’être accueillis dans un pays occidental. Après quelque temps à patienter, on leur offre le choix d’immigrer soit au Canada, soit en Australie. Sans rien savoir de ces deux pays sauf qu’au Canada il y a de la neige, ils choisissent l’Australie.

Alice a la vingtaine et est impatiente de commencer sa vie d’adulte: partir de la maison, choisir une carrière, trouver l’amitié et l’amour selon ses propres termes. Mais à chaque pas qu’elle fait, elle se sent retenue par une force invisible : l’amour et l’inquiétude de ses parents, qui veulent plus que tout la protéger des dangers. Son père est maladivement angoissé pour elle, mais pourquoi ?

En fouillant dans le passé de son père, Alice s’embarque dans un voyage douloureux à la découverte de souvenirs oubliés puis retrouvés, de sa propre peur du futur, de l’histoire et comment elle résonne encore aujourd’hui.

Pour plus de romans sur le thème de l’identité en Australie, vous pouvez lire Looking for Alibrandi de Melina Marchetta et Les lois de la famille de Benjamin Law (un autre auteur d’origine asiatique très actif de la scène littéraire australienne) et There’re a weird mob de Nino Culotta. Alice Pung a aussi édité le recueil de nouvelles Growing up Asian in Australia que je ne vais pas tarder à commencer.

 

Publicités

The family law / Les lois de la famille de Benjamin Law

The family law de Benjamin Law, Black Inc 2011
Les lois de la famille traduit par Elizabeth Peelleart, Belfond Editions 2012

Benjamin Law, jeune trentenaire homosexuel d’origine chinoise qui a grandit en Australie, nous offre une autobiographie colorée de ses souvenirs d’enfance et d’adolescence. Il nous dépeint avec humour les petits tracas de la vie de tous les jours. Affublé d’un frère quelque peu psychopathe, de trois sœurs, d’une mère atteinte d’un cancer du sommeil après sa séparation avec leur père, et d’un père roi de la cuisine thaïlandaise, Benjamin s’est sort plutôt bien.

Ce livre rythmé, divertissant et drôle arrive juste à temps pour les longues journées de farniente sur les plages de cet été. Ces 23 petits chapitres abordent des thèmes hauts en couleurs tels que les Noëls en famille, les (nombreuses) affaires de son père, la nudité, les descriptions imagées de la naissance des cinq enfants par sa mère, un cours d’éducation sexuelle qui tourne mal…

Dans ma famille on n’aime pas trop les activités extérieurs. Bien qu’ayant grandit sur la côte, maman déteste aller à la plage (tout ce sable que l’on ramène à la maison), et papa ne supporte pas de porter des tongs (« ça écarte les orteils »). Nous n’avons jamais campé. Tous ces trucs de camping – planter la tente ; faire la cuisine dehors ; les insectes ; faire ses commissions dans la nature ; dormir sur des cailloux ; se faire tuer ou violer au milieu de nul part – ne nous ont jamais emballés. […]. Nous, on préfère les parcs d’attractions.

Et lorsque Benjamin travaille dans l’épicerie de son père
Comme employé, j’étais maladroit. Une fois, en scannant une bouteille de sauce soja brune à la caisse, elle m’a échappé des mains, et a explosé contre le rebord de la caisse en granite en milliers de petits morceaux, projetant de la sauce soja dans tous les sens. […] Quand j’ai levé les yeux, une femme brune, la quarantaine – les enfants attendaient dans la voiture – était couverte de ce truc. Son chemisier blanc taché de noir, avec encore quelques petits espaces blancs où la sauce ne l’avait pas atteinte. Il y en avait sur son visage, dans ses cheveux, des petites taches de liquide comme des gouttes de rosée qui auraient mal tournées.

Je n’étais pas seulement maladroit, j’étais aussi un menteur pathologique. Quand des clients me demandaient quelque chose que je ne savais pas, je devenais soudain spécialiste de tout ce qui était oriental ou avait un lien avec la nourriture.  Les mérites des cinq épices. La fraîcheur de la viande de canard. La situation politique de la Chine. Peut-on congeler des fèves germées ? Bien sûr que oui. Plus tard, je retrouvais mon père dans son bureau. […]. Et est-ce qu’on peut congeler des fèves et les décongeler après ? Il fit la grimace. «  Bien sûr que non. Elles deviendraient toutes visqueuses comme des limaces. Il faut les manger fraîches. Très rapidement.» Il s’est frotté les tempes. « Pourquoi ? Qui a demandé ? » « Oh, personne, c’était juste par curiosité.