Cairo / La compagnie des artistes de Chris Womersley

Cairo de Chris Womersley, Scribe 2015
La compagnie des artistes traduit par Valérie Malfoy, Albin Michel 2016

 

Chris Womersley revient cette année en français avec la traduction de son roman Cairo. Une fois de plus, Chris a su trouver les mots pour me plaire !

Résumé de l’éditeur : Tom, dix-huit ans, a quitté sa campagne natale pour étudier à l’université de Melbourne. Envoûté par l’énergie qui fait vibrer la capitale culturelle et artistique de l’Australie dans ces années 1980, il découvre « Cairo », la résidence Art nouveau quelque peu décrépite où il emménage dans un appartement dont ses parents ont hérité. Aussitôt, le jeune homme est adopté par une singulière colonie d’artistes. L’un d’eux, Max Cheever, musicien fantasque, bohème et anarchiste, va tout lui apprendre. Premières amours, premiers méfaits… et première arnaque autour d’un des plus célèbres tableaux du XXe siècle. Tom en sera transformé à jamais. Mais il en tirera une cruelle leçon : il faut toujours s’efforcer de distinguer le vrai du faux.

Encore un roman magistral de ce romancier dont j’ai lu tous les livres (trois). J’avais tout d’abord commencé avec Les affligés, un roman sur la reconstruction de Quinn Walker après la Première Guerre mondiale et le souvenir atroce de sa petite sœur. Puis,je me suis plongée La mauvaise pente, un roman noir qui lui avait valu le prix Ned Kelly en 2007.

Mais voyons maintenant ce que nous réserve cette nouveauté qu’est La compagnie des artistes.

Ce qui m’a tout de suite frappée, c’est la grande différence entre le titre original en anglais et le titre français, quelle mouche avait bien pu piquer l’éditeur ! Mais dès les premières pages, j’ai compris qu’il s’agissait de l’endroit où le jeune héros allait habiter et vivre la vie dont il avait toujours rêvé. L’appartement Cairo se situe dans le quartier Fitzroy, à quelques kilomètres au nord de Melbourne. C’est un quartier très vivant, toujours assez bohème où se retrouvent hipsters et artistes et qui conservent encore cette atmosphère
« alternative ». Aujourd’hui, Fitzroy est l’endroit à la mode où l’on trouve des bars ultras branchés, des restos chics, des librairies et des boutiques de vêtements vintage. Si vous êtes de passage à Melbourne, ça vaut vraiment le coup. Le site airbnb propose d’ailleurs une chambre dans l’appartement Cairo à partir de 131$/nuit, de quoi vivre l’expérience jusqu’au bout !

Mais revenons à nos moutons. Ce qui m’a le plus plu dans cette histoire, c’était de découvrir l’envers du décor. Tom idéalise complètement cette bande d’artistes de seconde zone drogués et malhonnêtes. On imagine assez bien ce jeune garçon débarquant de sa campagne australienne pour découvrir la vie extraordinaire (pense-t-il) que vivent les gens de Melbourne. Comment ne pas se laisser étourdir par les soirées arrosées et par les discussions sur la musique, la littérature ou la peinture qui durent jusqu’à petit matin…

Le femme qui pleure PicassoEt puis, ce qui m’a plu aussi, c’est de découvrir ce vol du célèbre tableau de Picasso, La femme qui pleure en 1986 à la National Gallery of Victoria. L’histoire s’est déroulée (à quelques détails près que je vous laisse découvrir), comme le raconte Chris Womersley. La peinture a été volée par un groupe connu sous le nom d’Australian Cultural Terrorists, qui réclamait la création d’un prix de 25000 dollars australiens destiné aux arts et qui aurait été appelé Picasso Ranson (la rançon de Picasso, ils ne manquaient pas d’humour). Partir de ce fait divers était une excellente idée, une toile blanche sur laquelle Chris Womersley a laissé son imagination féconde vagabonder.

À travers ce roman d’apprentissage, j’ai parfaitement retrouvé le dynamisme de Fitzroy. Je me suis également retrouvée dans les sentiments qu’avait ressenti Tom, car je suis moi-même partie de Nantes à 18 ans pour suivre des cours de théâtre « à la capitale ». Ce monde extra-ordinaire qui semblait hors du temps, qui se suffisait à lui-même, a produit en moi une vive impression encore très présente dans mes souvenirs.

Fidèle à mes habitudes, je termine donc ma critique d’un roman de Chris Womersley en recommandant chaudement cette nouvelle perle !

 

 

 

 

 

Publicités

The low Road / La mauvaise pente de Chris Womersley

The Low Road de Chris Womersley, Scribe Publication 2007
La mauvaise pente traduit par Valérie Malfoy, Albin Michel 2014

Chris Womersley a publié son premier roman en 2007 sous le titre de The Low road. Le romancier génial du roman Les affligés (paru cette année chez Albin Michel) offre un récit sur le fil, noir à souhait.

Fraîchement sorti de prison, un jeune délinquant du nom de Lee se réveille dans un motel miteux avec une balle dans le ventre et une valise de billets au pied. A ses côtés se trouve Wild, un ancien médecin toxicomane en fuite. Un duo inattendu et explosif. Après s’être fait mettre dehors par la « tenancière » du motel, ils doivent fuir la police et trouver de l’aide pour soigner Lee. Lee aussi est en cavale car l’argent qui se trouve dans la valise ne lui appartient pas ; et Josef, le troisième personnage du roman est après lui. Ensemble, ils fuient leur vie où plus rien ne marche droit, une vie dont ils ont perdu le contrôle.  Au fur et à mesure que les heures passent, on se demande comment ils vont pouvoir s’en sortir.

« Mais pourquoi est-ce que tu m’aides? » Ça lui paraissait tout à coup très important.
Wild ramassa quelques miettes tombées sur ses genoux et les mit dans sa bouche. Il marcha et sembla réfléchir à la question.
« Disons qu’on pourrait tous les deux avoir besoin d’aide. Je suis pas ce qu’on pourrait appeler un citoyen honnête à l’heure actuelle, tu vois ce que je veux dire ? Disons qu’on a tous les deux des raisons de disparaître. »*

Ce n’est pas vraiment un polar, car le suspense n’est pas haletant, mais l’intrigue et l’écriture sont formidables. Dans La mauvaise pente, pas de détective ou de meurtre à élucider, mais un plongeon au plus profond de l’âme humaine et de ses horreurs.

Chris Womersley est vraiment doué et j’ai du mal à croire queLa mauvaise pente soit son premier roman. Les journaux ici le comparent à Cormack McCarthy, Poe et Simenon, ce n’est pas rien ! Ce roman a reçu le Prix littéraire Ned Kelly du meilleur premier roman en 2008.

Cette année on attend en Australie la sortie de son nouveau roman Cairo (La compagnie des artistes). L’année prochaine (printemps 2014) sortira en France la traduction de The low Road toujours chez Albin Michel.
UPDATE, publié sous le titre La mauvaise pente.

A lire, la critique (en anglais) de Raven Crime Reads également très positive. Visitez le site de l’auteur pour plus d’info.

*  Ma traduction