Le koala lit fête ses 2 ans + cadeau bonus !

anniversaire

Que de livres lus depuis 2 ans. Grâce à ce blog, j’ai découvert de merveilleux auteurs (Favel Parrett, Chris Womersley, Kate Grenville). J’ai lu des livres drôles (Le théorème du homard, Miss Fisher, Looking for Alibrandi, Les lois de la famille) et des livres émouvants (La voleuse de livre, Le chemin de la liberté, Cinq matins de trop). Mais surtout, à travers chaque récit, j’ai découvert un petit bout de l’Australie. Des points de vue différents, des plus connus (Winton, Carey, Tsiolkas) aux plus marginaux (Pung, Hooper, Heiss).

L’Australie est un pays qui excite l’imagination. Vu d’Europe, c’est un pays où tout est possible, et qui comptabilise un certain nombre de records (notamment sur le nombre de bestioles mortelles…). L’Australie est aujourd’hui multiculturelle, et les différentes communautés vivent dans une relative paix. Dans les années 1970, des milliers de familles cambodgiennes ont fui leur pays alors sous le régime de Pol Pot qui massacrait son peuple. Beaucoup ont trouvé refuge en Australie.

La famille Pung se trouvait parmi eux. Ces réfugiés et immigrants forment aujourd’hui la nouvelle Australie, loin des clichés véhiculés par les campagnes de promotion de l’office du tourisme.

Unpolished Gem est un mémoire écrit par Alice Pung en 2006, et qui a obtenu un véritable succès. Il est d’ailleurs aujourd’hui étudié dans les écoles.

Pour fêter ces 2 ans sur la toile, je vous offre un extrait de la traduction du livre d’Alice Pung, Unpolished Gem traduit dans le cadre de mon projet final de traduction pour le Master de traduction de l’Université de Monash. J’espère le voir un jour publié par une maison d’édition en France.

 


Diamant Brut

 

Prologue

 

Cette histoire ne commence pas à bord d’un bateau.

Cette histoire commence dans une banlieue de Melbourne en Australie, dans un marché où de minces petites personnes fourmillent au milieu des gros cochons gras. Les gros cochons gras pendent à des crochets, avant d’être coupés en morceaux. Les minces petites personnes patientent devant les comptoirs en verre pour acheter des morceaux de viande enveloppés dans du papier journal. La négociation du prix des pieds de porc provoque mouvements de mains et froncements de sourcils parce que les intéressés Ne pale pa tlè bien anglé. « Comme un poulet qui essaierait de parler avec un canard », voilà ce que dit ma mère de ces conversations. Mais aujourd’hui, elle n’est pas là pour faire des chinoiseries sur la qualité des pieds de cochon, elle est allongée dans une chambre d’hôpital aseptisée et attend ma naissance.

Mon père est donc seul, planté au beau milieu du marché, les chaussures trempées par les énormes jets d’eau utilisés pour nettoyer les déchets à la fin de la journée. Il baisse les yeux sur les grilles et pense à la gelée de sang de porc, se demandant si oui ou non il en rachètera un jour. Il en aime le goût, mais Ah Ung lui a raconté que quand il a débarqué ici, il travaillait aux abattoirs. Les carcasses étaient pendues à des crochets sous lesquels étaient posés des seaux pour récolter le sang des porcs. Comme ils n’étaient pas lavés méticuleusement, de la pisse et d’autres excréments s’en écoulaient parfois. Mon père ne repense pas à Phnom Penh, où il mangeait du bouillon de cervelle préparé par des marchands ambulants stationnés à quelques mètres d’une devanture abandonnée devant laquelle un mendiant lépreux crachait ses poumons. Il lève les yeux et pointe du doigt les morceaux rose et rouge derrière la vitre et de son autre main, il en demande deux.

Dans cette banlieue, les mots comme et, à, et de ne servent à rien et faire des phrases entières n’est pas nécessaire. « Deux kilos ça. Donne sept ça ». Si vous demandiez poliment « auriez-vous s’il vous plaît l’obligeance de me donner un demi kilo de gombo » ? Il se pourrait que le vendeur ne vous comprenne pas. « Tu veux ç’ui là ? Ces bananes ? Combien t’en veux hah ? »Mon père réalise que ces échanges ne sont pas déclenchés par l’action des cordes vocales, mais plutôt par une multitude de mouvements de main et de grimaces. Les enquiquineurs qui parlent le plus fort arrivent toujours à leurs fins, et les plus bruyants sont toujours les femmes. Mon père laisse passer sa chance lorsqu’une femme d’âge moyen aux cheveux bouclés façon nouilles chinoises pointe son index réprobateur vers l’homme qui se tient derrière le comptoir, allant presque jusqu’à l’éborgner. Elle accuse l’autre non-anglophone de lui vendre des pieds de porc poilus. « Poulquoi tu donnes ç’ui là ? Ç’ui là pas bon ! Poilu là, là et là ! Poilu paltou! ç’ui là, là-bas meilleul ! Poul qui tu galdes les autles hah ? » Boum ! Le sac contenant les morceaux de l’animal ensanglanté se retrouve sur le comptoir, et mon père comprend qu’il est temps de filer vers le stand d’en face s’il veut du jambon sans poils.

La banlieue de Footscray possède sans doute le marché le plus bruyant et le plus crasseux du monde occidental, terme qui ne veut pas dire grand chose quand on est entouré d’Asiatiques. Le marché de Footscray est le seul marché où l’on peut peler et manger une mandarine entière avant de se décider à en acheter un kilo. Où on peut tâter et faire des trous dans une mangue pour vérifier sa saveur.  Mon père ne scille même pas quand il voit une petite fille se couvrir le visage d’une main, et de l’autre tenir un lychee fraîchement pelé pour amuser son petit frère « Aaah ! Mon œil ! ». Il observe le bébé dans la poussette qui se met à hurler et voit sa mère prendre quelques grains de raisin d’un stand et les lui fourrer dans la bouche pour le faire taire. Imperturbable, elle continue de faire des trous, de tâter et d’accomplir sur le stand d’autres larcins légitimes. Les femmes économes ne vont pas dépenser quatre dollars pour des fraises acides simplement parce qu’elles les ont goûtées ! Ma mère dit toujours :

– Tu auras plus de désagréments si tu dois les rendre ! Ayyah, pas la peine de t’en faire pour quatre dollars ! Goûte-les d’abord et ne les achète pas si tu ne veux pas.

Mais pas moyen de goûter ces pieds de porc avant de les acheter, se dit mon père en regardant à travers le sac plastique, il doit donc croire sur parole ce que dit la femme qui hurle au stand d’à côté. Il apportera ces pieds de cochon à sa sœur pour qu’elle les ajoute au bouillon qu’il portera ensuite à l’hôpital pour sa femme.

Mon père s’éloigne des odeurs moites du marché pour rejoindre la rue. C’est la banlieue de Franco Cozzo, le célèbre et farfelu vendeur de meubles, la banlieue qui a rendu Russell Crowe riche et célèbre pour s’être rasé la tête et avoir tabassé des minorités ethniques. Alors, ce n’est pas grave si ces routes ne sont pas couvertes d’or mais parsemées des vieux chewing-gums luisants que les gens ont recrachés. « N’avale pas le bonbon en caoutchouc, disent les mères à leurs enfants. Crache-le. Crache-le maintenant… c’est ça, sur le sol, là ». Ah ! Ce pays merveilleux où les enfants ont peur de mourir parce qu’ils ont avalé un chewing-gum Wrigley, et non pas parce qu’ils ont marché sur une boite de lait concentré remplie de munitions.

Donc au début mon père se fiche de la pisse qui se trouve dans la gelée de sang de porc servie dans les soupes Phô fumantes, ou que vous ne puissiez pas palé anglé tlè bien, ou que certains légumes vietnamiens soient introuvables à l’épicerie asiatique Tatsing.  Oui, il s’en fiche complètement parce que dans cette banlieue, il peut regarder claudiquer les mémés aux visages aussi rabougris et brunis que des pommes de terre déterrées, vêtues de leur veste matelassée. Ces mêmes mémés qui font rouler leur caddie de course à côté d’elles, et disent aux enfants qui caquettent de cracher leur chewing-gum. Mon père observe et sourit, se demandant si son premier enfant sera une fille ou un garçon. Il appuie sur le bouton en caoutchouc noir du feu rouge et se souvient de la première fois qu’ils ont découvert ces boutons sur un poteau qui tictaque.

 

© Angélique Montané 2014.

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20 romans australiens à lire avant de fêter ses 30 ans

Ça faisait longtemps que je n’avais pas publié de liste de livres australiens à lire. Cette fois-ci, c’est la librairie Readings qui a crée une liste de 20 livres à lire avant ses 30 ans. Je tombe donc pile poil dans la catégorie, mais il va falloir que je m’active quand même un peu si je veux en venir à bout d’ici 1 an et demi. Bien entendu, il ne s’agit que d’un prétexte pour parler (ou reparler) de livres considérés comme des « classiques » de la littérature australienne, tout le monde peut donc les lire !

C’est parti !

Le bateau de Nam Le, traduit par France Camus-Pichon (The boat

Une partie du tout de Steve Toltz traduit par Jean Léger (A fraction of the Whole)

Loaded de Christos Tsiolkas (traduction indisponible)

Swallow the Air de Tara June Winch (traduction indisponible)

The women in black de Madeleine St John (Aucune traduction ne sera jamais disponible selon les souhaits de l’auteur)

Affection: A Memoir of Love, Sex and Intimacy by Krissy Kneen (traduction indisponible)

La véritable histoire du Gang Kelly de Peter Carey traduit par Elizabeth Peeleart (True Story of the Kelly Gang)

The monkey’s mask de Dorothy Porter (traduction indisponible)

Her Father’s Daughter d’Alice Pung (traduction indisponible)

Monkey Grip d’Helen Garner traduit par Jean-Jacques Portail (Monkey Grip)

A Lifetime on Clouds de Gerald Murnane (traduction indisponible)

L’homme qui aimait les enfants de Christina Stead traduit par Francoise Brodsky (The man who loved children)

Tirra Lirra de Jessica Anderson traduit par Rose-Marie Vassallo-Villaneau (Tirra Lirra by the river)

Night Games: Sex, Power and Sport de Anna Krien (traduction indisponible)

Candy de Luke Davies traduit par Mona de Pracontal (Candy)

Les lois de la famille de Benjamin Law traduit par Elisabeth Peellaert ( The family law)

Butterfly de Sonya Hartnett (traduction indisponible, mais d’autres titres du même auteur ont été traduits)

It’s Raining in Mango by Thea Astley (traduction indisponible)

He Died with a Felafel in His Hand by John Birmingham (traduction indisponible)

Scission de Tim Winton traduit par Nadine GASSIE et Océane BIES (The turning)

The book thief / La voleuse de livres de Markus Zusak

The book thief de Markus Zusak, Macmillan 2005
La voleuse de livres traduit par Marie-France Girod, Editions Oh ! 2007

J’ai profité de la sortie du film La voleuse de Livres basé sur le roman de l’Australien Markus Zusak pour finalement m’y plonger. Il était sur mes étagères depuis plusieurs mois, l’occasion a donc fait le larron ! Cité parmi les 10 livres australiens qu’il faut avoir lus dans sa vie, La voleuse de livres raconte l’histoire de la jeune Allemande Liesel Meminger pendant la Seconde Guerre mondiale. Le narrateur de cette histoire n’est autre que la Mort qui retrace le destin de Liesel alors qu’elle découvre le pouvoir des mots, entre 1939 et 1943.

En 1940, lors d’une grande fête en l’honneur de l’anniversaire du Führer Liesel sauve un livre du bûcher.

L’homme qui se tenait sur le podium a demandé le silence. Son uniforme marron brillait. Les marques du fer se trouvaient presque encore dessus. Le silence se fit.
Ses premiers mots : « Heil Hitler ! »
Sa première action : Saluer le Führer.

« Quelle belle journée, a-t-il continué. Il s’agit non seulement de l’anniversaire de notre dirigeant bien-aimé, mais nous avons également de nouveau arrêté nos ennemis, nous les avons empêchés de s’insinuer dans nos esprits… »
Liesel essayait de se faufiler plus avant.
« Nous avons mis fin à une maladie qui se propageait en Allemagne depuis 20 ans, voire plus ! » Il accomplissait ce que l’on appelle un Schreierei, une démonstration publique de braillements exaltés, engagent la foule à être vigilant, à dénicher et détruire les complots diaboliques qui infectaient la nation de façon désastreuse. « Les immoraux ! Les Kommunisten ! » Et ce mot de nouveau. « Die Juden, les juifs ! »

Liesel est livrée à sa nouvelle famille d’accueil alors que son petit frère de 6 ans vient de mourir sous ses yeux, dans les bras de sa mère. Elle habite chez Rosa et Hans Hubermann, 33 Himmel Straße (j’apprends que Himmel en allemand veut dire ciel/paradis) qui reçoivent une petite allocation pour s’occuper d’elle. Liesel s’entend tout de suite bien avec
« papa » Hans qui la réconforte quand elle fait des cauchemars, lui lit des histoires et lui apprend à lire. Ils se retrouvent la nuit au sous-sol pour lire Le guide du Fossoyeur qu’elle a trouvé lorsqu’elle et sa mère ont enterré son petit frère. La vie de Liesel change lorsque Max Vanderburg frappe à la porte de la maison. Max est le fils d’un ancien ami juif-allemand de Hans, celui qui lui a appris à jouer de l’accordéon et qui est mort au combat en France lors de la Première Guerre mondiale. Max vient lui demander de l’aide et se retrouve caché au sous-sol de la maison pendant de nombreux mois. Liesel et Max deviennent amis et quand Max doit finalement fuir Himmel Street, il lui donne un conte qu’il a lui-même écrit sur les pages recouvertes de peinture blanche d’un livre qui lui a sauvé la vie : Mein Kampf.

Initialement destiné à un public d’adolescent, La voleuse de livres peut être lu par tous. Le narrateur est froid et cynique, mais également compatissant. Le livre se passe en Allemagne dans les quartiers défavorisés de Munich et pose un regard sans bienveillance ou jugement sur les Allemands de cette époque qui subissaient aussi les conséquences de la guerre. Un  point de vue différent qui rappelle un peu (bien que très différent) celui du livre d’Anna Funder, Tout ce que je suis, qui relate le destin d’Allemands résistants lors de la Deuxième Guerre.

Pour écrire le livre, Markus Zusak s’était inspiré des souvenirs de ses parents:
« C’était comme si l’Europe s’invitait dans notre cuisine lorsque ma mère et mon père me racontaient leur enfance en Allemagne et en Autriche, les bombardements sur Munich, les prisonniers que les nazis faisaient défiler dans les rues. Ce sont ces récits qui m’ont donné envie de devenir écrivain. » Le point

Je recommande vivement ce livre.

Pour voir la bande-annonce du film, cliquez ici. Geoffrey Rush qui joue Hans Hubermann est un des acteurs chouchous du cinéma australien (étant lui-même Australien).

The Rosie project/Le théorème du homard de Graeme Simsion

The Rosie project de Graeme Simsion, Text Publishing 2013
Le théorème du Homard traduit par Odile Demange, Robert Laffont 2014

 

Avant même sa parution en Australie, ce livre s’était déjà vendu dans plus de 30 pays, et un film est également en préparation. Il fallait donc que je m’y attèle avant sa publication en France en Mars 2014. C’est maintenant chose faite, et je reporte positivement sur ce roman / comédie romantique.

Don Tillman est un chercheur en génétique à l’université et sa vie est réglée comme du papier à musique. Ses repas sont identiques de semaines en semaine grâce à un Système de Repas Standardisés, son emploi du temps est minuté comme le démontre le début du roman.

J’ai peut-être trouvé une solution pour L’Opération Mariage. Comme avec beaucoup de découvertes scientifiques, les réponses deviennent évidentes rétrospectivement. Si ce n’était par une série d’évènements non planifiés,  j’aurais pu ne jamais le découvrir.
La séquence fut initiée par Gene, qui a insisté pour que je donne une conférence sur le syndrome d’Asperger qu’il avait précédemment accepté de donner lui-même. Le timing était extrêmement ennuyeux. La préparation pouvait être élaborée en conjonction avec les repas, mais le soir de la conférence, j’avais déjà planifié 90 minutes de nettoyage de la salle de bain. J’avais le choix entre trois options, aucune ne me satisfaisait:

1. Nettoyer la salle de bain après la conférence, ce qui résulterait en un manque de sommeil qui entraînerait en conséquence une réduction de mes performances mentales et physiques.

2. Reprogrammer le nettoyage au mardi suivant, provoquant une période de 8 jours de propreté douteuse de la salle de bain, engendrant des risques de maladies.

3. Refuser de donner la conférence, ce qui entamerait mon amitié avec Gene

On devine rapidement (même si ce n’est pas dit) que Don a le syndrome d’Asperger et qu’il rencontre des difficultés lors de simples échanges sociaux ; par exemple, lors du mémorable Épisode de la Glace à l’Abricot, de l’Affaire de la Veste au restaurant chic LeGavroche, ou encore quand il se retrouve dans le bar gay dans lequel travaille Rosie. Le personnage de Don est très intrigant, et très attachant. Il est adorablement bizarre, mais il est aisé de comprendre pourquoi il a du mal à trouver la femme de ses rêves.

Le roman commence donc quand Don décide de mettre au point un questionnaire de 16 pages pour identifier la partenaire idéale. Le type de questions n’est bien entendu pas conventionnel…

Question 35: Mangez-vous des rognons ? La réponse correcte est (c) occasionnellement.
Je teste les problèmes alimentaires. Si tu leur demandes directement quel genre de nourriture elles mangent, elles répondront  » Je mange de tout », et puis tu t’aperçois qu’elles sont végétariennes.[…]
Taille, poids et indice de masse corporelle ? a dit Gene en parcourant rapidement le questionnaire. Tu ne peux pas calculer ça toi-même ?
C’est tout l’intérêt de la question, ai-je répondu. Je vérifie qu’elles savent faire des calculs de base. Je ne veux pas d’une partenaire qui ne connaisse rien aux mathématiques.

L’auteur réussit à maintenir ce style mathématiquement décalé et carrément excentrique d’un bout à l’autre du roman. Don analyse, calcule, mesure, compare, réfléchit, argument, raisonne, examine jusqu’au jour où il doit sortir de sa bulle pour gagner la femme de sa vie… Si vous voulez voir un bon film, lisez ce livre ! 😉

Un roman extrêmement réjouissant !

Breath / Respire de Tim Winton

Breath de Tim Winton, Penguin Australia 2008
Respire traduit par Nadine Gassie, Editions Payot et Rivages 2009


Dans son livre Panorama du roman australien, Jean-François Vernay décrit les personnages de Winton, « son archétype est un personne d’origine prolétaire en errance dans un environnement relativement hostile. Ses romans, définis comme des narrations du littoral, dépeignent invariablement dans une prose très descriptive une communauté rurale qui vit au rythme d’une culture balnéaire ». Cette description convient parfaitement au personnage de Pickelet dans Respire.

Résumé de l’éditeur : Bruce Pike est un jeune Australien à peine turbulent, un rêveur d’eau, un questionneur de respiration dont le meilleur ami, une tête brûlée, s’appelle Loonie. Fascinés par la puissance de l’océan et leur propre endurance, les deux garçons découvrent l’extase de la suffocation, pulvérisent les règles, bravent le danger et se trouvent un mentor dont l’addiction les mènera à courir des risques qu’ils n’auraient jamais imaginés.

Ce roman d’apprentissage est centré sur le surf, une passion partagée par beaucoup d’Australiens. La prose de Winton est envoûtante, et même sans être intéressée par le surf, on partage une sorte d’adrénaline quand les deux gosses de 14 ans se retrouvent à surfer des vagues de plus de 4 mètres de haut.

Puis il nous a emmenés. C’était par un jour torride de février. L’océan était un miroir. On est partis juste en dessous de chez Sando et on a descendu l’estuaire en canot pneumatique qu’on a porté pour franchir la barre avant de le mettre à l’eau dans la baie paisible. De là, on a contourné la Pointe et mis le cap à l’ouest vers la côte au-delà. La base des falaises travaillée par la mer était tranquille, les trous soufflants assoupis.

Quand on a atteint Old Smoky, les conditions étaient si calmes qu’y avait pas grand-chose à voir du bateau. Sando nous a confirmé les amers : les arbres à l’intérieur des terres correspondaient à un filon de calcaire dans le flanc de la falaise. Le récif lui-même était rien qu’une ombre imprécise au fond.

Winton est un des auteurs les plus connus en Australie, et écrit toujours sur des thèmes qui lui tiennent à cœur, l’environnement, l’écologie, la côte de l’Australie-Occidentale.

Il a gagné quatre Prix Miles Franklin, dont un pour Respire en 2009. Cloudstreet est un autre titre incontournable de cet auteur qui figure d’ailleurs sur la liste des 10 livres australiens qu’il faut avoir lu.

Le 26 septembre sort sur les écrans australiens une adaptation cinématographique de son recueil de nouvelles The turning écrit en 2005. Dix-sept réalisateurs ont chacun réalisé une nouvelle du livre qui ont pour thème (entre autres) le regret, l’amitié et la drogue. Retrouvez un extrait ici.

Rentrée littéraire 2013, place aux grands auteurs

Me voilà de retour de vacances… et pourtant pas de livres à partager…

J’ai bien lu un polar, mais c’était de l’auteur islandais Arnaldur Indriðason. Bien loin donc de ma très chère Australie. Depuis mon retour, j’ai la tête plongée dans la traduction, je me suis décidée pour mon projet de traduction qui sera le premier livre d’Alice Pung, Unpolished Gem. Encore quelques pages à lire, et je vous fais un petit compte rendu.
En attendant de pouvoir encore vous raconter des histoires, voici ce que la rentrée littéraire 2013 vous propose en matière d’australianité :

J.M Coetzee, Une enfance de Jésus (Seuil). Coetzee est né en Afrique du Sud, mais possède la nationalité australienne.
Alex Miller, Autumn Laing (Phébus)
Christopher Clark, Les somnambules (Flammarion)
David Malouf, Une rançon (Albin Michel)
Peter Carey, La chimie des larmes (Actes Sud)

Bonne lecture !

The burial / Sous la terre de Courtney Collins

The Burial de Courtney Collins, Allen & Unwin 2012
Sous la terre, traduit par Erika Abrams, Buchet Chastel (parution le 29 août 2013)


Résumé de l’éditeur:

Sous la terre s’ouvre sur un déluge: sous la pluie, dans la boue et l’obscurité, une femme berce le nourrisson qu’elle vient de mettre au monde puis lui coupe la gorge, l’enterre et s’enfuit. Cette même nuit, Jessie a tué son mari honni et mis le feu à la ferme isolée dans laquelle vivait le couple.

C’est le début d’une longue mélopée contée par cet enfant d’outre-terre qui relate la cavale de sa mère, première femme Bushranger de l’histoire australienne. Bientôt traquée par deux chasseurs de prime (note du Koala Lit: les éditeurs ont-ils vraiment lu le roman ?!?) – le métis aborigène Jack Brown, son ancien amant, et Barlow, jeune sergent héroïnomane – Jessie s’enfonce toujours plus loin dans des paysages aussi cruels que les hommes qui les habitent. Voleurs de chevaux, enfants errants et filles de joie croisent la route de Jessie et de ses poursuivants.

Jessie Hickman, l’héroïne de ce premier roman par Courtney Collins, exista vraiment et elle fut l’une des rares femmes bushrangers (hors-la-loi) du XIXe siècle en Australie. Elle commença à gagner sa vie honnêtement à l’âge de 8 ans (environ) dans un cirque où elle acquit la réputation d’être une dresseuse de chevaux sans pitié. Lorsque le cirque fut vendu, elle commença à voler des chevaux pour gagner sa vie. Après plusieurs mois d’emprisonnement, elle devient l’apprentie de « Fitz» Fitzgerald Henry, un homme violent et cruel. Et c’est à ce moment là que commence Sous la terre.

Ce roman très agréable offre un aperçu de la vie pénible des stockmen australiens au début du XIXe siècle, et retrace fidèlement le destin hors du commun de Jessie Hickman. On visualise parfaitement les paysages, les montagnes et rivières qui sillonnent la Nouvelle-Galles-du-Sud. Les grandes chevauchées en cheval donnent lieux à de belles descriptions de la région.

Ma mère lança son cheval contre le cours de la rivière. Les eaux, grossies par la pluie, étaient imprévisibles. Elle chercha des yeux l’arbre fendu qui lui avait servi de repère à l’aller, mais sa fatigue était telle que les arbres se ressemblaient tous, ressemblaient même, plus elle plissait les paupières pour mieux les distinguer, moins à des arbres qu’à des hommes penchés au-dessus de l’eau.

Il ne fallait pas qu’ils l’attrapent.

Elle se retrouva soudain en eau profonde, plus profonde qu’elle n’en avait gardé souvenir, sentit son cœur chavirer tandis que les sabots de Houdini raclaient les pierres de la rivière et dérapaient. Sans lâcher les rênes, elle le talonna, pressant les cuisses contre ses flancs, basculant le bassin en avant jusqu’à ce que, d’un bond puissant, le cheval reprenne pied.

Ils étaient parvenus sur l’autre rive.

 En revanche, le parti pris (tant loué par les critiques et blogueurs australiens) de faire raconter l’histoire par de l’enfant mort de Jessie, bien qu’assez original ne bouleverse pas pour autant la lecture du roman !

Sous la terre est nominé à plusieurs prix littéraires en Australie, notamment le Dobbie Award 2013 qui sera décerné en 24 juillet. Il était également sélectionné pour le Stella Award, mais le jury lui a préféré Mateship for Birds de Carrie Tifanny.

Lire un long extrait de Sous la terre en français ici.