Looking for Alibrandi de Melina Marchetta

Looking for Alibrandi de Melina Marchetta, Puffin Books 1992

Looking for Alibrandi - Melina Marchetta

Pour un de nos cours de traduction, on nous a proposé de traduire un extrait de roman pour ado. Cela tombait bien, c’était un livre australien. Il s’agit de Looking for Alibrandi de Melina Marchetta. Ce roman est un classique de la littérature adolescente australienne qui reçut plusieurs prix littéraires, et fut traduit dans de nombreux pays (mais pas en français). Il est toujours étudié par les élèves de seconde (Année 9-10). Il fut également adapté à l’écran sous le même titre en l’an 2000. Visionnez un extrait ici.

Joséphine (Josie) Alibrandi a 17 ans, elle habite à Sydney et c’est sa dernière année de lycée. Elle ne le sait pas encore, mais ce sera une année très importante pour elle.

Josie a plusieurs problèmes :

Sa grand-mère, Nonna Katia
Les rituels. Ils vont et viennent, mais celui de rendre visite à ma grand-mère tous les après-midi me rend complètement dingue. Donc, je traîne, parce que je sais que ça l’énerve et mon objectif principal dans la vie en ce moment, c’est de l’énerver. Je jure devant dieu que s’il y a bien une chose que je ne ferais pas dans cette vie dominée par les règles et les règlements, ce sont ces abominables rituels. […] Mercredi, elle portait un pull en laine. Il fait 30 °, et elle portait de la laine directement sur sa peau. Nonna pense que plus on souffre sur la terre, plus on sera récompensé au paradis. Porter de la laine en été doit être une des souffrances nécessaires. Ça m’énerve qu’elle ne me laisse pas m’asseoir dans le salon où se trouve l’air conditionné. Cette pièce est réservée aux visiteurs qu’elle déteste, mais qu’elle veut impressionner avec ses meubles italiens. La petite fille qu’elle dit aimer, elle doit rester dans la salle TV dans une chaleur étouffante assise sur un vieux canapé.

Sa naissance hors mariage et une mère célibataire (qui fait jaser la communauté italienne de Sydney)
La réaction des mères italiennes au fait que ma mère ne soit pas mariée me rend dingue parfois. Il n’y a rien de très romantique dans la disgrâce de ma mère. Elle a couché avec le voisin quand elle avait 16 ans et avant d’avoir pu dire ouf, sa famille avait déménagé à Adélaïde. Il savait qu’elle était enceinte, mais ne s’est jamais manifesté.  Tout ce que nous savons, c’est qu’il est vivant et qu’il est avocat à Adélaïde. Je ne comprends pas la logique, mais à l’époque personne n’était autorisé à venir et rester à la maison. Je savais qu’elles voulaient, seulement je n’ai jamais compris pourquoi elles ne pouvaient pas. Dieu seul sait ce que ma mère aurait pu faire ou dire à leurs enfants.

Sa rencontre avec son père
Je l’ai regardé et à ce moment tout ce que je m’étais imaginée de mon père a volé en éclat.
Je pensais qu’il serait grand.
Il ne l’était pas.
Je pensais qu’il serait beau.
Il ne l’était pas.
Je pensais qu’il aurait l’air d’une mauviette.
Il n’en avait pas l’air.

Son identité
« Vous, les nouveaux Australiens portaient beaucoup de noir, non ? » Me demanda-t-elle [Ivy poison].
« Nouveaux Australiens ? dis-je abasourdie. Moi ? Une nouvelle Australienne ? »
« Oui. »
Elle avait l’audace d’avoir l’air surprise de ma réaction.
« Comme oses-tu m’appeler nouvelle Australienne. »
« Tu es italienne, je me trompe? »
« J’ai des origines italiennes, c’est tout. Dis-je sèchement. Et je suis aussi deux mois plus vieille que toi, si je me souviens bien, donc si quelqu’un doit être une nouvelle Australienne, c’est toi parce que tu es deux mois plus jeune que moi. »
Elle leva les yeux au ciel et secoua la tête, « Tu vois très bien ce que je veux dire. Tu es différente ».

Vous l’aurez compris, Josie a de nombreuses interrogations et problèmes existentiels. Melina Marchetta nous raconte ses aventures, nous fait part de ses réflexions dans un style léger et plein d’humour. Josie n’a pas la langue dans sa poche, elle dit ce qu’elle pense tout haut, se fâche avec sa mère, s’énerve contre son père, est au bord de la rupture plus d’une fois avec son petit ami… bref, elle est pleine de vie et ça rend le roman touchant et amusant.

Bien que ce soit destiné à un public adolescent, tout le monde trouvera de quoi se réjouir en lisant Looking for Alibrandi.  Une très belle trouvaille !

Ce roman fait partie du Australian Women Writers 2013.

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La folie des classiques

Il y a eu le lancement de la collection de Text Publishing, Text Classics en Mai dernier qui a permis à bon nombre de classiques australiens oubliés de refaire leur apparition dans les librairies.

En Août dernier, c’était au tour de Random House de lancer sa collection de classiques Vintage Children’s Classics  destiné aux enfants âgés de 8 à 12 ans avec des titres bien connus du monde anglo-saxon. Parmi les 23 premiers titres on trouve Alice au pays des merveilles, Les quatre filles du Docteur March ou Peter Pan. La collection comprend heureusement quelques auteurs australiens comme Marian Musgrove avec The Worry Tree ou  Deborah Abela et son The Remarkable Secret of Aurelie Bonhoff. J’avoue qu’avec leurs belles couvertures et leur tout petit prix ($9.95),  c’est dur de résister.

Les 4 premières couvertures appartiennent à la collection Vintage Classics de Random house, et les 4 suivantes à Penguin

Random House rejoint une belle brochette d’éditeurs déjà sur le créneau (Puffin Classics, Walker Classics, Ladybird Classics, Sterling Classics ect… ). Mais attention, pour les amoureux de l’Australie le meilleur reste à venir.

A la fin de cette année, Penguin Australian Children’s Classics lance une nouvelle collection exclusivement réservés aux auteurs australiens « c’est une célébration de nos plus précieuses histoires d’enfant publiés dans une magnifique collection, avec une sensibilité classique » déclare un membre de l’équipe de Penguin.  Le lancement de la collection se fera avec Picnic at Hanging Rock de Joan Linsay, Playing Beatie Bow de Ruth Park, Seven Little Australians d’Ethel Turner et I Can Jump Puddles d’Alan Marshall. Quatre autres titres seront publiés en 2013.

En 2013, Text Publishing a annoncé que leur liste de classiques Text Classics s’ouvrira aux livres pour enfant, minutieusement sélectionnés pour ‘leurs qualités de narration’ en privilégiant les  auteurs australiens a expliqué l’éditrice Emily Booth.

Alors qu’est-ce que c’est que cette folie des classiques ? N’y a-t-il pas tous les ans de plus en plus de livres publiés ? Les éditeurs auraient-ils peur de prendre des risques en publiant de jeunes auteurs encore inconnus ? Et a-t-on vraiment besoin de 7 éditions différentes d’Alice au pays des merveilles ?

Article précédement paru sur Le Petit Journal Melbourne

Herman et Rosie – magnifique album pour enfants de Gus Gordon

Le nouveau livre de Gus Gordon vient tout juste de sortir chez Penguin, et raconte l’histoire d’Herman et Rosie, un crocodile et une biche qui habitent à Manhattan. Herman aime jouer du hautbois et Rosie chante dans un groupe de jazz. Ils habitent dans une grande ville et ne se connaissent pas. Mais un jour leur chemin se croise et alors, fini la solitude ! Ils deviennent amis pour la vie.

Herman et Rosie est un petit bijou. Une histoire d’amitié dans la grande capitale New Yorkaise vue à travers de très jolies illustrations,  des dessins mêlés à du collage.

Je vous laisse le découvrir.

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Question tirée de l’entretien avec G. Gordon sur Kid Book Review, pour en lire plus c’est .
Vous avez beaucoup travaillé sur un livre que vous décrivez comme l’un de vos plus gros projets. Pouvez-vous nous parler d’Herman and Rosie ?

C’est un conte urbain (j’ai toujours voulu raconter un conte urbain). Herman est un crocodile qui vit dans un très petit appartement (à New York). La journée, il travaille pour une compagnie qui ne lui offre pas de perspectives et le soir, il joue du hautbois sur le toit.  Rosie (une biche) vie dans l’immeuble d’à côté et veut devenir une chanteuse de Jazz, mais a du mal à joindre les deux bouts.  C’est une histoire sur la solitude des grandes villes ; sur les liens et la façon dont on voit les choses.

C’était un gros projet pour plusieurs raisons. J’ai dû faire beaucoup de recherches, ce qui m’a amené à aller à New York pour me promener et faire des croquis de tout ce qui pourrait apparaitre dans ce livre.

Deuxièmement, c’était assez délicat d’écrire deux histoires séparées, mais où les deux personnages ont la même importance. Je devais faire attention de ne pas perdre le rythme en passant d’une histoire à l’autre.

Enfin, parce que c’est un livre qui utilise plusieurs supports. Ça a pris du temps de trouver les bons matériaux pour le collage (de vieilles cartes du monde, des cartes postales, etc.). C’était très amusant, mais qu’est-ce que ça a pris comme temps ! Heureusement Penguin a été très patient.

En France, les droits ont été achetés par Gallimard. Vous devriez bientôt retrouver ce bel album sur l’hexagone.

Gus Gordon habite actuellement à Sydney et a déjà illustré plus de 70 ouvrages pour enfants. Retrouvez ses autres livres sur son site : http://www.gusgordon.com

Toutes les illustrations sont sous le copyright de Gus Gordon.
Copyright © 2012, Gus Gordon

Puberty Blues de Gabrielle Carey et Kathy Lette

Puberty Blues - Affiche Série TVLes années 70, Sydney – Debbie et Sue ont 13 ans et sont inséparables. Leur but ultime est de se faire accepter par le gang hyper cool des Greenhills, les élèves les plus populaires du collège.

« Sue et moi voulions appartenir au gang des Greenhills. Elles étaient exceptionnelles – les filles les plus jolies et les plus cool de l’école et les meilleures surfeuses de la plage. Bronzées et blondes, on les remarquait dans la cour de l’école. Les filles étaient minces, épilées, sans soucis, et féminines. Elles portaient leur uniforme très court, avaient le plus de mascara et une bague de l’amitié.
[…]
Les gosses qui n’étaient pas dans ce gang passaient leur vendredi et samedi soir à la maison. Ils portaient des jeans Amco à pattes d’éléphants. Ils lisaient des livres. Ils allaient à l’église et n’avaient jamais entendu parler de Led Zeppelin. Si vous n’étiez pas une surfeuse, vous n’étiez personne. Vous étiez un plouc ».

Elles vont tout tenter pour les impressionner, fumer des Marlboro, débrailler leur uniforme, lézarder au soleil pendant des heures pour avoir un bronzage impeccable, tricher au examen. Et ce sera finalement leur sésame. Une fois acceptées dans la bande, elles se font choisir par un des garçons, sans avoir leur mot à dire. Il y a des règles strictes quand on intègre la bande la plus cool du collège, il ne faut pas être prude, mais il ne faut pas non plus trop se lâcher… sans quoi on se fait traiter de moll*. Les garçons sont les rois, c’est quand ils veulent où ils veulent, et les filles sont à leurs pieds.

« Pour le reste de l’après-midi, les garçons jouaient au ping-pong, se gueuler dessus et fumer des cigarettes. Les filles souriaient, crapotaient, et essayaient d’avoir l’air joli tout en s’ennuyant. »

C’est un livre rythmé, drôle et écrit en toute franchise, sans tabous. Ça vous rappellera sans aucun doute vos années d’adolescence où appartenir à un groupe était une fin en soi. On ne fait rien, oui, mais on le fait ensemble !

Voilà un autre passage typique de cette période :

« – Oh non ! Soufflais-je, agrippant ma planche. Ne regardez pas maintenant.
Nous avons toutes regardé. Non. Ça ne pouvait pas être vrai. Ce n’était pas possible. Mais il était là. Il était censé être à Sandshoes.
– Darren Peters ! On hurlé à l’unisson Vicki et Susan
– Qu’est-ce qu’on va faire ?
– Et Glen Jackson est là aussi
– Restez allongées !
– Ne regardez pas !
– Souriez !
– Il nous a vu…
Darren était le roi de Cronulla Beach. Costaud. Cool. Sexy. Bronzé. Fort. Là où Darren Peter allait, les têtes de nœud tremblaient de peur.
Nous parlerions de cette rencontre pendant des semaines. »

Je me suis amusée à chaque page des aventures de ces deux jeunes filles. En lisant ce livre, je me rends compte à quel point l’adolescence est une période cruelle. On aime, on admire et du jour au lendemain, on se fait descendre par les autres. On est exclu aussi vie qu’on a été accepté, et pour des raisons aussi futiles.

Ecrit dans les années 80, les thèmes (drogue, rapports sexuels, premiers amours, parents, alcool) sont plus que jamais d’actualité.

Puberty Blues de Gabrielle Carey et Kathy Lette vient d’être réédité par les éditions Text Publishing et Random house Australia et est accompagné d’une série TV adaptées du roman sur Channel 10. Voir le trailer ici.

* fille facile

Et vous, à quel groupe apparteniez-vous ? Les cools ou les ploucs ?

C’est mon quatrième livre lu participant à l’Australian Women Writers Challenge 2012