All that I am/Tout ce que je suis gagnant du Miles Franklin Literary Award 2012

Le Prix littéraire Miles Franklin 2012 a été attribué hier soir à All that I am/Tout ce que je suis d’Anna Funder.
Le jury a hésité avec Past the Shallows de Favel Parrett à trois contre deux, mais c’est Funder qui l’emporte une nouvelle fois (son roman a déjà été récompensé cinq fois par d’autres prix en Australie).

Le jury a admiré

Cet ambitieux roman qui traverse les continents, et les siècles pour nous rappeler que l’expérience de l’exil fait depuis longtemps parti de la vie australienne. […] Inspiré par des entretiens et mémoires de ceux qui ont résisté au 3e Reich, le roman d’Anna Funder est façonné par les souvenirs imparfaits de ses deux narrateurs, Ruth et Toller qui ont survécu pour témoigner. En ce sens, ce roman est à la fois un témoignage de ceux qui ont mené la résistance contre les nazis, et un reflet des moyens limités que la fiction et l’histoire ont sur la représentation d’un passé traumatisant, et pour rendre justice aux victimes.

Je n’ai pas eu le temps de commencer ce livre bien qu’il soit sur ma table de chevet depuis quelques semaines… Je ne peux donc pas vous en dire plus, mais voici quand même le pitch de l’éditeur :

« Lorsqu’Hitler arrive au pouvoir en 1933, un groupe uni d’amis et amants deviennent des fugitifs pourchassés du jour au lendemain. Unis dans la résistance contre la folie et la tyrannie du nazisme, ils fuient le pays. Dora, passionnée et courageuse ; son petit-ami, le grand dramaturge Ernst Toller ; sa jeune cousine Ruth et son mari Hans se réfugient à Londres. Là-bas, ils prendront des risques extraordinaires afin de continuer secrètement leurs activités. Mais l’Angleterre n’est pas le havre de paix qu’ils imaginaient, et un seul, terrible acte de  trahison les sépareront.
70 ans plus tard –  Ruth vit à Sydney. Elle a du mal à se réconcilier avec les fantômes du passé, et avec une partie de l’histoire qui est loin d’être oubliée. »

Les droits de ce livre ont été achétés par les Editions Héloise d’Ormesson, mais il ne paraîtra pas en France avant 2013.

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Past the shallows de Favel Parrett

Past the shallow de Favel Parrett, Hachette 2012

On croit à un roman muet, un  silence assourdissant. Âmes sensibles s’abstenir.

Sur le littoral sauvage de Tasmanie, on suit l’existence de deux jeunes garçons, dont la mère est morte et le père est violent, sombre et froid.

Miles et Harry. Et Joe.
Harry  est le plus jeune, dès les premières pages on s’attache à lui. Il est généreux, attentionné et naïf comme un petit enfant. Il est aussi laissé pour compte par son père qui est pêcheur d’ormeaux. Harry a le mal de mer, il n’est pas digne d’intérêt. Il se retrouve seul depuis la mort de sa mère et de son grand-père. Au détour d’une balade, il rencontre Jake et son maître George. On dit de George qu’il mange les gens et pire.

« A l’école, les enfants avaient peur de George Fuller. Harry ne l’avait vu qu’une seul fois, debout sur le bord de la route, mais il ne voulait plus jamais le revoir. Son visage était tout abime, on aurait dit un monstre. Stuart disait qu’il attirait les gens dans sa cabane et qu’il les mangeait. D’autres disaient bien pire. »

Harry lui fait confiance, se confie, et devient l’ami de George.

Pendant les vacances scolaires, Miles travaille avec son père sur le bateau. Il doit supporter ses humeurs (toujours mauvaises), et après un incident avec un requin, Miles doit remplacer un marin blessé, pour peut-être ne plus retourner à l’école. Il déteste être sur le bateau, sur cette mer déchainée, dans le froid de la nuit. Mais il ne dit rien. Lui ce qu’il veut c’est faire du surf avec son grand frère, sur sa planche, et attendre la vague.

Voici un extrait lorsque Joe et Miles vont surfer.
« Le lumière disparaissait. Bientôt il serait trop tard. Joe s’en allait. Il partait. Et Joe le lui avait crié avant, il disait que Miles allait rester bloqué. Bloqué à travailler avec leur père, bloqué en étant responsable de Harry, bloqué responsable pour tout le reste. Il avait dit que Miles se trompait sur ce dont il devait avoir peur. »

Ce premier roman de Favel Parrett est puissant. Une fois commencé, je pouvais plus refermer le livre, angoissée par ce qui allait arriver à ses deux frères.  A chaque page, je voulais prendre Harry dans mes bras, le consoler, et lui dire que tout irait bien, mais Harry est entrainé par des actes qu’il ne contrôle pas. C’est un très beau récit sur la fraternité qui se déroule dans la nature sauvage et inhospitalière de l’île de Tasmanie. Une plongée au cœur de l’Australie dans ses aspects les plus sombres.

Je referme le livre à fleur de peau, mais soulager que le cauchemar se termine. Parfois la fiction est vraiment trop violente.

Ce roman concourt pour le Prix Littéraire Miles Franklin 2012, et pour le Dobbie Literary Award 2012. On lui souhaite bonne chance !

Miles Franklin Literary Awards 2012

Les français ont le Goncourt, les australiens le Miles Franklin Literary Award. Le 20 juin prochain, les cinq jurés de ce prestigieux prix littéraire australien annonceront l’heureux gagnant.


Un peu de contexte :
créé en 1957 grâce à la volonté et l’aide financière de (Stella Maria Sarah) Miles Franklin (1879-1954), ce prix est décerné tous les ans à un ouvrage à haute teneur littéraire qui représente des aspects de la vie australienne.

Depuis plusieurs décennies, ce thème ambigu de l’australianité (australianess en anglais) donne lieu à de nombreuses polémiques. C’est pourquoi, cette année il a été annoncé qu’il appartenait désormais au jury d’interpréter cette expression ; ouvrant ainsi les frontières géographiques pour y inclure l’état d’esprit, la langue, l’histoire et les valeurs australienne.

Le premier à avoir reçu cette distinction fut Patrick White (Prix Nobel de Littérature en 1973) pour son livre Voss. En 2012, le prix a été dépoussiéré grâce au choix du jury pour le roman policier de Peter Temple, Truth / Vérité (Editions Payot et Rivages, 2012). Le monde entier s’est alors intéressé à ce prix littéraire qui récompense aussi le sous-genre policier.

Le lauréat recevra la somme de $50,000 (€40,000).

Cette année les finalistes sont :

 All that I am, Anna Funder (favori)
Publié en Australie par Hamish Hamilton (Penguin), août 2011

Past the shadow, Favel Parrett
Publié en Australie par Hachette Australia, mai 2011

Cold light, Frank Moorhouse
Publié en Australie par Vintage Australia (Random House Asutralia), novembre 2011

 Blood, Tony Birch
Publié en Australie par University of Queensland (Penguin), septembre 2011

 Foal’s bread, Gillian Mears
Publié en Australie par Allen & Unwin, novembre 2011

Beatrice Davis Editorial Fellowship / Bourse éditoriale Beatrice Davis 2012

Beatrice Davis Editorial Fellowship récompense un éditeur pour sa contribution a l’édition et l‘écriture australienne. Le nom n’a bien sur pas été choisi au hasard, Beatrice Davis fut la première éditrice australienne à travailler à temps complet pour les éditions Angus & Robertson dès 1937. Elle a beaucoup aidé au développement de l’édition dans le pays. Elle a notamment fait partie au jury du prestigieux Miles Franklin Award jusqu’à sa mort en 1992.

En 2001, une biographie sur sa vie parait, A certain Style : Beatrice Davis – A literary life de Jacqueline Kent. Le livre est malheureusement introuvable et ne sera plus imprimé. Mais dès que je mets la main dessus, promis je vous en dis plus sur l’édition à l’australienne.

Cette année le fellowship a été décerné à Jane Morrow qui travaille depuis plus de 12 ans dans l’édition. Cette distinction lui permet de passer trois mois chez des éditeurs américains (Etats-Unis) pour étudier comment « les éditeurs de livres illustrés adaptent leurs techniques aux publications numériques et au format traditionnel ».

Dans un communiqué daté d’il y a quelques jours, le géant américain Penguin annonce la suppression de neuf postes dans leur bureau de Melbourne. Un des postes supprimés étant celui de Jane Morrow. Comme quoi, on peut aimer son travail, le faire avec enthousiasme et être reconnu publiquement comme étant un très bon élément et se faire virer… on est bien peu de chose !