The dead heart / Piège nuptial de Douglas Kennedy

The dead heart de Douglas Kennedy, 1994
Piège nuptial traduit par Bernard Cohen, Belfond 2008

Quand on part en vacances, rien de tel qu’un bon polar ! Plusieurs personnes m’avaient conseillé de lire Piège nuptial parce que ça se passe en Australie et que c’était un roman plutôt bien ficelé. Pour commencer les vacances en Nouvelle-Zélande, je me suis donc plongée dans ce roman noir de Douglas Kennedy.

Petit résumé de l’éditeur :
Fasciné par une carte d’Australie, Nick, un journaliste américain, décide de tout plaquer pour atterrir à Darwin. Une nuit fatale, un accident avec un kangourou et sa rencontre avec la jeune et robuste Angie vont le mener au cœur du bush, au milieu de nulle part, au sein d’un clan d’allumés coupé du monde. Pris au piège, Nick va devoir user de tous les moyens possibles pour échapper à ceux qui l’ont adopté à son corps très défendant.

Le problème avec les polars c’est qu’on ne peut finalement pas les résumer sans donner des informations importantes. Je n’en dirai donc pas plus. Par contre, je me demande bien pourquoi les éditions Belfond ont choisi de le retraduire (publié en 1998 par Gallimard)… quand on pense que certains romans bien meilleurs que celui-ci ne seront jamais traduits… je dois avouer que je ne comprends pas ce choix.

J’ai trouvé ce roman très divertissant et assez représentatif des sensations que l’on ressent dans l’outback de l’Australie, notamment les heures de route sans apercevoir une seule voiture et la difficulté pour les communautés de vivre dans des lieux reculés. C’est un bon roman, drôle et effrayant.

Il existe aussi une adaptation au cinéma qui s’appelle Bienvenue à Woop Woop.

Follow the rabbit-proof fence / Le chemin de la liberté de Doris Pilkington

Follow the Rabbit-proof Fence de Doris (Garimara) Pilkington, University of Queensland 1996
Le chemin de la liberté traduit par Cécile Deniard, Editions Autrement 2003

Le chemin de la liberté raconte l’histoire vraie de trois sœurs muda-muda (métisses) qui dans les années 30 ont été enlevées de leur famille par le gouvernement australien pour être envoyées dans des internats tenus par des Midgerji et Wudgebulla (femmes et hommes blancs). Elles étaient toutes les trois métisses aborigènes et font partie comme des milliers d’autres enfants aborigènes de cette période de la Génération volée.

Molly (la mère de Doris Pilkington), Daisy et Gracie avaient moins de 15 ans quand les officiers du gouvernement sont venus les enlever à leur famille. En arrivant au camp pour aborigènes de Moore River, elles décident de repartir sur-le-champ, car l’endroit est une vraie prison : barreaux aux fenêtres des dortoirs ; punitions cruelles pour celles et ceux qui ne respectent pas les règles ; et interdiction de parler leur langue mardujara. Molly est la plus âgée, elle prend donc naturellement les choses en main. Leur parcours est extraordinaire, car elles ont parcouru plus de 2400 km en 9 semaines sans se faire capturer. Et pourtant les autorités avaient déployé les grands moyens pour les retrouver.

Avis de recherche Fillettes Indigènes (11 août 1931)

Le protecteur des aborigènes, monsieur A. O’Neville est inquiet pour trois fillettes indigènes âgées de 8 à 15 ans qui se sont échappées il y a une semaine du camp pour indigènes Moore River, Mogumber. Monsieur O’Neville expliquait hier qu’elles venaient d’arriver de la région de Nugalline, et étant très timides, se sont effrayées de leur nouveau logement, et ont fuit dans l’espoir de rentrer chez elles. Quelques personnes les ont aperçues du côté de New Norcia, et elles semblaient se diriger vers le nord-est.  Les enfants resteront probablement loin des habitations et il saurait gré à toute personne qui les apercevrait de l’en informer promptement. « Depuis une semaine, nous les cherchons partout, a ajouté monsieur O’Neville, et la seule trace que nous ayons trouvé d’elles est un lapin mort qu’elles ont essayé de manger. Nous voulons à tout prix qu’aucun mal ne leur arrive pendant leur périple dans le bush ».

Mais monsieur O’Neville, protecteur des aborigènes, n’avait pas bien compris à qui il avait à faire.

Finalement, la question c’est de savoir comment repérer le nord quand le ciel est sombre et gris, sans carte ou boussole ? Il serait facile pour un adulte sans une connaissance approfondie du bush d’être désorienté et de se perdre dans une partie du pays qui lui est étranger. D’autant plus que le paysage est envahi par les broussailles touffues et que le ciel nuageux cache le soleil qui pourrait lui indiquer la direction. Et bien Molly, cette jeune fille de 14 ans n’avait pas peur parce que cette nature sauvage était en elle. Elle lui offrait toujours un abri, de la nourriture et de quoi subsister.  Elle avait appris et développé les connaissances pour vivre dans le bush et les techniques de survie auprès d’une personne très expérimentée : son beau-père, un ancien nomade du désert.

Elles ont donc d’abord cherché à rejoindre la Rabbit-proof fence (barrière de protection contre les lapins) puis ont continué leur route vers le nord, pour retrouver leur famille à Jigalong. Malgré les nombreuses personnes qui les ont signalées, Daisy et Molly ont réussi leur odyssée pour retrouver leur famille.

L’histoire de la construction de la barrière de protection contre les lapins est assez amusante:

En plus des chevaux, il y avait d’autres animaux importés comme du bétail, des moutons, des renards et des lapins. Les lapins se sont immédiatement adaptés au climat chaud et aride, et ils se sont reproduits et multipliés à une vitesse inquiétante. Une des mesures prises pour contrôler la population de lapins fut la construction de cette barrière qui fut achevée en 1907. En Australie Occcidentale, la barrière s’étend sur 1834km et rejoint la grande baie australienne près du port d’Espérance au sud jusqu’à la Eighty mile beach au nord de port Hedland. Le gouvernement du moment a suggéré qu’une barrière bien construite et bien entretenue mettrait un terme à l’invasion des lapins en l’Australie-Occidentale. Mais cette théorie s’est révélée fausse, il y avait plus de lapins du côté de l’Australie-Occidentale que du côté de l’Australie-Méridionale.

J’ai adoré ce livre. L’histoire est non seulement bien racontée, mais les premiers chapitres qui décrivent la colonisation de la région du Pilbara (Australie-Occidentale) par les Anglais est passionnante. On découvre comment les blancs ont rapidement pris le dessus sur les communautés aborigènes grâce notamment aux armes à feu et comment se sont passés les premiers échanges entre les familles de colon et les aborigènes venus travailler pour eux.

Le reste du livre relate le voyage interminable de ces trois jeunes filles et donne beaucoup des détails sur leurs moyens ingénieux de subsistance, sur leur façon de faire du feu sans laisser de traces pour les wudgebulla et le marbu (esprit mangeur de chair).

C’est aussi un livre qui parle de la Génération volée, un chapitre de l’histoire australienne longtemps passé sous silence, mais qui a duré de 1869 à 1969 environ et a concerné plus de 100 000 enfants. Le gouvernement australien a présenté des excuses officielles en 2008 (!!), mais c’est encore aujourd’hui sujet à controverse. Le film Australia avec Nicole Kidman et Hugh Jackman (tous les deux acteurs australiens) aborde entre autres ce sujet.

Breath / Respire de Tim Winton

Breath de Tim Winton, Penguin Australia 2008
Respire traduit par Nadine Gassie, Editions Payot et Rivages 2009


Dans son livre Panorama du roman australien, Jean-François Vernay décrit les personnages de Winton, « son archétype est un personne d’origine prolétaire en errance dans un environnement relativement hostile. Ses romans, définis comme des narrations du littoral, dépeignent invariablement dans une prose très descriptive une communauté rurale qui vit au rythme d’une culture balnéaire ». Cette description convient parfaitement au personnage de Pickelet dans Respire.

Résumé de l’éditeur : Bruce Pike est un jeune Australien à peine turbulent, un rêveur d’eau, un questionneur de respiration dont le meilleur ami, une tête brûlée, s’appelle Loonie. Fascinés par la puissance de l’océan et leur propre endurance, les deux garçons découvrent l’extase de la suffocation, pulvérisent les règles, bravent le danger et se trouvent un mentor dont l’addiction les mènera à courir des risques qu’ils n’auraient jamais imaginés.

Ce roman d’apprentissage est centré sur le surf, une passion partagée par beaucoup d’Australiens. La prose de Winton est envoûtante, et même sans être intéressée par le surf, on partage une sorte d’adrénaline quand les deux gosses de 14 ans se retrouvent à surfer des vagues de plus de 4 mètres de haut.

Puis il nous a emmenés. C’était par un jour torride de février. L’océan était un miroir. On est partis juste en dessous de chez Sando et on a descendu l’estuaire en canot pneumatique qu’on a porté pour franchir la barre avant de le mettre à l’eau dans la baie paisible. De là, on a contourné la Pointe et mis le cap à l’ouest vers la côte au-delà. La base des falaises travaillée par la mer était tranquille, les trous soufflants assoupis.

Quand on a atteint Old Smoky, les conditions étaient si calmes qu’y avait pas grand-chose à voir du bateau. Sando nous a confirmé les amers : les arbres à l’intérieur des terres correspondaient à un filon de calcaire dans le flanc de la falaise. Le récif lui-même était rien qu’une ombre imprécise au fond.

Winton est un des auteurs les plus connus en Australie, et écrit toujours sur des thèmes qui lui tiennent à cœur, l’environnement, l’écologie, la côte de l’Australie-Occidentale.

Il a gagné quatre Prix Miles Franklin, dont un pour Respire en 2009. Cloudstreet est un autre titre incontournable de cet auteur qui figure d’ailleurs sur la liste des 10 livres australiens qu’il faut avoir lu.

Le 26 septembre sort sur les écrans australiens une adaptation cinématographique de son recueil de nouvelles The turning écrit en 2005. Dix-sept réalisateurs ont chacun réalisé une nouvelle du livre qui ont pour thème (entre autres) le regret, l’amitié et la drogue. Retrouvez un extrait ici.