True history of the Kelly Gang / Véritable histoire du Gang Kelly de Peter Carey

True history of the Kelly Gang de Peter Carey, Faber and Faber 2000
Véritable histoire du Gang Kelly, traduit par Élisabeth Peelleart, Plon 2003


Ce roman, publié en 2000, a remporté le prestigieux Booker Price (prix littéraire pour les auteurs de langue anglaise des pays du Commonwealth) en 2001 et le Prix du Meilleur Livre Etranger (PMLE) en France en 2003. Peter Carey est l’un des auteurs australiens les plus connus hors des frontières, ses romans sont « une plongée de plain-pied dans l’odyssée australienne et les liens historiques étroits qui unissent ce continent lointain à l’Europe. Chacun [roman] se veut aussi, de l’aveu de l’écrivain, une pierre nouvelle ajoutée à l’édifice encore très neuf que constitue la littérature australienne. Mais, de façon plus poétique et esthétique, l’essence de l’art de Peter Carey réside dans sa faculté de donner voix à des personnages, de leur laisser la parole afin que s’opère un authentique et formidable processus d’incarnation. » Télérama 2007.

La Véritable histoire du Gang Kelly raconte la jeunesse et la vie d’Edward « Ned » Kelly, le mythique « Robin des Bois » australien, sous forme de lettres à sa fille. L’histoire est racontée à travers la voix de Ned Kelly dans un style parlé et assez pauvre du 19e siècle : un manque de ponctuation, une absence quasi totale de règles grammaticales et les nombreux mots inconnus (un vocabulaire très familier, très australien et datant un peu) rendent la lecture (en tout cas en anglais) du premier chapitre plutôt laborieuse. Mais il serait trop facile de se décourager… Une fois le style apprivoisé, quelle récompense ! Carey n’a aucune pitié pour ses lecteurs au nom de la vérité. Ce style ressemble à celui de la lettre que Ned Kelly avait écrite « the Jerilderie Letter » dans laquelle il justifie ses actions (de hors-la-loi) et dénonce la corruption de la police. L’auteur se glisse dans la peau du personnage avec un talent extraordinaire.

Ned choisit d’écrire à sa fille pour qu’elle ne soit pas, comme il l’a été, manipulée par les autres et afin qu’elle sache la vérité sur son père.

I lost my father when I was 12 yr. of age and know what it is to be raised on lies and silences my dear daughter you are presently too young to understand a word I write but this history is for you and will contain no single lie may I burn in Hell if I speak false.

Le journal s’ouvre sur ses souvenirs d’enfance, une des seules périodes heureuses de sa vie. La famille vit alors à Beveridge dans le Victoria dans la pauvreté et l’ignorance. Lorsque son père meurt, Ned a 12 ans et il doit s’occuper de la propriété d’Eleven Mile Creek. Sa mère rencontre Harry Power, un hors-la-loi qui deviendra par la suite le maître « d’apprentissage » de Ned. Il lui apprend le vol de chevaux, le racket des gens fortunés, allant jusqu’à faire commettre à Ned, 15 ans, un quasi-meurtre. Harry est méchant et violent, et Ned finit par fuir après de nombreuses trahisons.

Mais la vie est faite ainsi, et malgré la bonne volonté de Ned à rester dans le droit chemin, il est incarcéré à l’âge de 17 ans pour une peine de trois mois suite à une mauvaise blague et parce qu’il s’était battu. Quelques jours après sa libération, il est accusé à tort d’avoir volé un cheval et retourne en prison pour trois années supplémentaires.

One morning of 1872 my mother was 42 yr. old she had 2 sons in prison also 1 brother & 1 uncle & 1 brother in law. 2 of her beloved daughters was buried beneath the willow tree and God knows what worse were on the way.

Le fameux Gang Kelly se forme véritablement un peu par hasard au chapitre neuf lors de meurtres de Stringybark Creek. Les destins de Joe Byrne, Steve Hart, Dan & Ned Kelly sont liés à jamais après cette aventure.

La Véritable histoire du Gang Kelly est un livre prenant qui présente parfois des longueurs, mais il offre un aperçu de l’Australie du 19e siècle, de ses paysages sauvages et de toutes les injustices subites par les immigrés pauvres — ici irlandais. Ned Kelly est aujourd’hui une icône nationale (un prix littéraire pour les romans policiers porte son nom) à qui Peter Carey donne une seconde vie.

Peter Carey est notamment l’auteur d’Oscar et Lucinda (1988) qui a également été couronné par le Booker Prize, la plupart de ses romans ont été traduits en français.

Ned Kelly - Sidney Nolan
Ned Kelly, Sidney Nolan 1946

 

 

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Wake in fright / Cinq matins de trop de Kenneth Cook

Wake in Fright de Kenneth Cook (1ère édition 1961), Text Publishing 2012
Cinq matins de trop traduit par Mireille Vignol, Éditions Autrement 1993 ; Livre de poche 2010

Cinq matins de trop de Kenneth Cook publié en 1961 rencontra un grand succès et est devenu un des classiques du roman noir australien. En 1971, le film Outback fut tiré de ce roman, il est aujourd’hui de nouveau disponible à la vente.

L’introduction de la nouvelle édition de Text Classics écrite par Peter Temple (auteurs à succès de polars australiens) nous en dit un peu plus sur l’auteur. Cook est né et fit ses études à Sydney, mais passa un certain temps à Broken Hill en tant que journaliste, une ville perdue au milieu de nulle part dont il s’est inspiré dans Wake in Fright.

« L’expérience de Cook de Sydney et de la vie rurale ont imprimé en lui une vision de deux Australies (et deux genres d’Australiens, presque deux espèces). L’une représentée par John Grant issu de la classe moyenne qui est employé de bureau : citadin, éduqué, sophistiqué. L’autre est celle du centre, le monde des ouvriers grossiers, abrutis par la chaleur, buvant de la bière à longueur de journée. Elle est représentée par les villes merdiques de Tiboonda et de Bundanyabba, toutes les deux perdues au milieu de nulle part. « Quelque part, pas très loin dans le brouillard se trouvait la frontière de l’état, indiqué par une clôture cassée… plus loin encore dans la chaleur se trouvait le centre silencieux de l’Australie, le cœur mort ».»

L’histoire : John Grant est professeur des écoles dans la petite ville de Tiboonda, une ville située à plus de 1200 km de Sydney, à la frontière de la Nouvelle-Galles-du-Sud et de l’Australie-Méridionale. À la fin de l’année scolaire, il prévoit de repartir à Sydney pour six semaines de repos. L’aéroport le plus proche est à Bundanyabba (Yabba) où il doit passer la nuit. Au pub il rencontre le sergent Crawford, un policier peu regardant sur les pratiques illégales des établissements de la ville et accepter de boire une bière avec lui, puis deux… et fini quelques heures plus tard dans les rues de Bundanyabba complètement saoul. Crawford l’emmène ensuite dans un autre bar où se pratiquent des jeux d’argent.  Pour Grant, c’est le début des ennuis.

Après avoir gagné plus de £200 en n’en misant que 20, il tente le tout pour le tout et perd l’intégralité de ses gains plus tout son salaire en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Sans un sou en poche, il commence à errer dans cette ville complètement hébété par l’alcool et le choque. Les jours suivants sont faits de tous les excès: alcool, sexe, violence.

Kenneth Cook est un génie pour décrire la vie dans le bush, dans la poussière, sous un soleil de plomb. Les litres de bière que Grant et ses camarades boivent sont hallucinants, mais sans doute pas extraordinaire compte tenu des standards locaux. On assiste malgré nous à la descente aux enfers de Grant, amusés parfois par l’absurdité des situations dans lesquelles il se fourre. Le cauchemar de Grant est addictif, tout comme l’est l’écriture de Cook.

J’ai adoré ce livre qui m’a permis de vivre une véritable virée au plus profond du pays des kangourous.

Regarder des extraits du film de Ted Kotcheff.

Journey to the Stone Country d’Alex Miller

Allen & Unwin

Un peu de contexte: Le processus de Réconciliation a officiellement commencé en 1991 à la suite d’un rapport de la Royal Commission sur la mort d’aborigènes en détention. La Réconciliation a pour but de développer l’unité et le respect entre les aborigènes, les habitants de l’île de Torres Strait et les australiens non-indigènes, et obtenir une égalité de justice pour tous. Cela implique une meilleure compréhension de l’histoire qui a influencé les relations entre les indigènes et les colons, et l’importance du respect de chaque culture.

A cette même période, des éléments cachés sur les dépossessions et le génocide des peuples indigènes furent révèles grâce à des enquêtes menées à travers le pays. Houda Joubail, auteure de la thèse National Mythology and Colonial Trauma in Alex Miller’s Journey to the Stone Country explique que « ces révélations bouleversantes plongèrent les descendants de colons australiens dans la honte et la culpabilité, et incitèrent de nombreux auteurs contemporains non-aborigènes à écrire sur ces sujets jusqu’alors tabous ». Alex Miller à priori plein de bonnes intentions pour exposer ce chapitre noir de l’histoire australienne fait, dans ce livre, de la réalité du colonialisme et de la souffrance des aborigènes  « une représentation peu convaincante d’un point de vue postcoloniale. En effet à travers l’utilisation d’une série de stratégies représentationnelles et discursives équivoques, l’auteur tend à diminuer l’impact de la violence coloniale ». N’étant en rien experte sur ce sujet, j’ai hâte de pouvoir lire la thèse complète de Houda pour pouvoir mieux comprendre sa vision des choses.

L’histoire : Annabelle est marié avec Stephen Kuen depuis plus de 15 ans. Ils habitent à Melbourne où elle enseigne à l’université. Un jour en rentrant chez eux, elle trouve une lettre de Stephen lui expliquant qu’il part vivre avec une de ses étudiantes. Dévastée par la nouvelle, Annabelle contacte une ancienne amie restée vivre dans sa région natale du Queensland. Celle-ci lui suggère de prendre l’avion sans attendre et de venir passer quelques jours à Townville pour se remettre ses idées en place.

Pour Annabelle, c’est le début d’une nouvelle vie. Elle rencontre Bo Rennie, un gardien de betails aborigène qui travaillait de temps à autre pour son père. Ensemble, ils partent à Burrandah pour y effectuer une enquête culturelle sur un site de construction d’un barrage. Annabelle commence à se plaire en la compagnie de Bo et ne veut plus le quitter. Bo lui suggère de l’accompagner plus loin encore dans cette région inhospitalière qu’est la Ranna Valey. Après une vingtaine d’années d’absence, ils reviennent sur les lieux de leur enfance et les terres sacrées du peuple Jangga.

Ce livre écrit de façon très minutieuse décrit les longs trajets sur les routes poussiéreuses de du Queensland, la monotonie et l’isolement de la vie dans ces endroits reculés. Le personnage principal de l’histoire n’est ni Bo ni Annabelle, mais Granma Rennie. Tout tourne autour d’elle, tout les attire vers elle et vers son passé tragique. Lorsqu’elle était jeune, elle avait épousé un homme blanc et vécu aussi longtemps que possible à Verbana Creek, là où se dirigent Annabelle et Bo.

Honnêtement, je suis assez partagée sur ce livre. D’un côté, je trouve qu’Alex Miller décrit très bien la région du Queensland, les petites villes fermières et les grands espaces. D’un autre, je n’avais qu’une envie c’était de le finir. J’ai trouvé le récit très lent, comme l’est la vie dans le bush. Les descriptions sont excessives dans leurs longueurs et dans leurs nombres. Mais au fond, n’est-ce pas ce que sont en train de vivre Bo et Annabelle en parcourant la route si douloureuse de leur enfance ? Peut-être n’ai-je pas encore apprivoisé le paysage australien pour pouvoir apprécier pleinement sa beauté…

Après avoir refermé le livre, je réalise que Journey to the Stone Country est sans doute le premier vrai roman australien que je lis. Celui qui me parle vraiment du pays et de ses habitants.

Pour en savoir plus sur le processus de Réconciliation, visitez http://reconciliaction.org.au.

Alex Miller est né en Angleterre et a immigré en Australie à l’âge de 16 ans. Il a écrit de nombreux romans se déroulant dans le Queensland, une des régions les plus reculées du pays. Journey to the Stone Country fut publié en 2002, et a remporté le Prix Miles Franklin. Le seul roman d’Alex Miller disponible pour le moment en français est Lovesong (traduit par Pertat), paru aux Editions Phébus. En 2013, Phébus publiera son dernier roman, Autumn Laing.

Allen & Unwin, 2002
364 pages

They crossed a Continent par Margaret Somerville

They crossed a continent (traduction. Ils ont traversé un continent) est un livre qui raconte le voyage incroyable de 95 enfants et de trois ‘sœurs’ méthodistes à travers l’Australie pendant la seconde guerre mondiale. Je n’ai entendu parlé de ce livre qu’aujourd’hui lors de la projection du film-documentaire Croker Island Exodus (réalisé par Steven McGregor).

1941, Darwin – Après l’entrée en guerre des forces australiennes, les femmes et les enfants sont évacués de la ville. Sur l’île de Croker, une petit mission méthodiste est responsable de 95 enfants de la « génération volée » aborigène. Lorsque les bombardements éclatent, les trois jeunes femmes responsables de la mission ont la possibilité de partir, mais elles ne peuvent pas abandonner les enfants. Après des mois d’isolement, les ressources diminuent dangereusement. Darwin est bombardé, il faut quitter l’île pour rejoindre le continent, sans l’aide de personne.

A travers la savane et les terres arides d’Arnhem, cette petite colonie marche vaillamment des semaines entières pour rejoindre Pine Creek où elle trouve les bases militaires américaines. Leur voyage les mène encore plus loin, car ce n’est que 44 jours plus tard qu’ils arrivent à destination: Sydney, à bord d’un train à bétail.

Grâce aux lettres écrites par Margaret Somerville, l’une des sœurs de la mission, il est aujourd’hui possible de retracer ce voyage inimaginable. Le film Croker Island Exodus est raconté à travers les témoignages de trois de ces enfants. C’est un film très émouvant sur une facette peu connue de l’histoire aborigène.

Le film est programmé au Melbourne International Film Festival le dimanche 19 Août à 11h. A ne pas manquer.