The low Road / La mauvaise pente de Chris Womersley

The Low Road de Chris Womersley, Scribe Publication 2007
La mauvaise pente traduit par Valérie Malfoy, Albin Michel 2014

Chris Womersley a publié son premier roman en 2007 sous le titre de The Low road. Le romancier génial du roman Les affligés (paru cette année chez Albin Michel) offre un récit sur le fil, noir à souhait.

Fraîchement sorti de prison, un jeune délinquant du nom de Lee se réveille dans un motel miteux avec une balle dans le ventre et une valise de billets au pied. A ses côtés se trouve Wild, un ancien médecin toxicomane en fuite. Un duo inattendu et explosif. Après s’être fait mettre dehors par la « tenancière » du motel, ils doivent fuir la police et trouver de l’aide pour soigner Lee. Lee aussi est en cavale car l’argent qui se trouve dans la valise ne lui appartient pas ; et Josef, le troisième personnage du roman est après lui. Ensemble, ils fuient leur vie où plus rien ne marche droit, une vie dont ils ont perdu le contrôle.  Au fur et à mesure que les heures passent, on se demande comment ils vont pouvoir s’en sortir.

« Mais pourquoi est-ce que tu m’aides? » Ça lui paraissait tout à coup très important.
Wild ramassa quelques miettes tombées sur ses genoux et les mit dans sa bouche. Il marcha et sembla réfléchir à la question.
« Disons qu’on pourrait tous les deux avoir besoin d’aide. Je suis pas ce qu’on pourrait appeler un citoyen honnête à l’heure actuelle, tu vois ce que je veux dire ? Disons qu’on a tous les deux des raisons de disparaître. »*

Ce n’est pas vraiment un polar, car le suspense n’est pas haletant, mais l’intrigue et l’écriture sont formidables. Dans La mauvaise pente, pas de détective ou de meurtre à élucider, mais un plongeon au plus profond de l’âme humaine et de ses horreurs.

Chris Womersley est vraiment doué et j’ai du mal à croire queLa mauvaise pente soit son premier roman. Les journaux ici le comparent à Cormack McCarthy, Poe et Simenon, ce n’est pas rien ! Ce roman a reçu le Prix littéraire Ned Kelly du meilleur premier roman en 2008.

Cette année on attend en Australie la sortie de son nouveau roman Cairo (La compagnie des artistes). L’année prochaine (printemps 2014) sortira en France la traduction de The low Road toujours chez Albin Michel.
UPDATE, publié sous le titre La mauvaise pente.

A lire, la critique (en anglais) de Raven Crime Reads également très positive. Visitez le site de l’auteur pour plus d’info.

*  Ma traduction

The tall man / Grand homme de Chloe Hooper

The Tall man: death and life on Palm Island de Chloe Hooper, Penguin Editions 2008
Grand homme: mort et vie à Palm Island, traduit par Antoine Cazé, Editions Christian Bourgois 2009

Grand Homme est le témoignage de Chloé Hooper sur le procés du Sergent Hurley à la suite de la mort en détention de Cameron Doomadgee.

Cameron Doomadgee est un aborigène d’une trentaine d’année lorsqu’un matin de novembre 2004, il se fait arrêter par le sergent Hurley pour trouble de l’ordre public. Quelques heures plus tard Cameron est retrouvé mort dans sa cellule, avec des blessures dignes d’un accidenté de la route. Selon la police, il aurait trébuché sur le pas de la porte de la cellule. La communauté aborigène a une autre version des faits, mais qui a dit qu’on voulait l’entendre… Une semaine plus tard, la maison d’Hurley et le commissariat de police partent en flamme, la mort de Doomadgee n’en restera pas là.

Chloé Hooper arrive sur les lieux quelques jours plus tard. Elle accompagne l’avocat de la famille de Doomadgee et est chargée de relater les évènements passés, présents et futurs. Pendant plus de trois ans, elle enquête, recueille des témoignes, assiste au procès pour donner un compte rendu précis de cette histoire effroyable, mais malheureusement banale.

Un peu de contexte : Cameron Doomadgee vivait sur Great Palm Island, au large de l’état de Queensland : « J’ai entendu des histoires terribles, raconte de façon anodine. Dans les 6 dernières semaines, un homme a été poignarde and a grièvement blesse son frère à cause d’une histoire de bière. Une femme a arraché la lèvre d’une autre femme. Un homme a versé de l’essence sur sa compagne and y a mis le feu. Le taux de chômage est de 90%. Les jeunes hommes sont au moins 3 fois plus enclin à se suicider que les jeunes blancs vivant in Townsville [quelques kilomètres plus loin]. La moitié des hommes de Palm Island mourront avant l’âge de 50 ans ».

L’histoire des aborigènes est encore et toujours liée à la période noire durant laquelle les enfants métisses (half-castes) ont été enlevé à leur famille pour être élevé dans des pensionnats catholiques. C’est ce que l’on appelle « la génération volée ».

« A travers l’Australie, il est estimé qu’entre 1/3 et 1/10 enfants aborigènes ont été enlevé de force de leur famille entre 1910 et 1970. Le gouvernement du Queensland a calculé que durant cette période, 2302 enfants – en particulier les half-castes, ‘quadroons’ et ‘octoroons’ – ont été envoyé dans des missions et camps. Beaucoup ont été séparé de leurs frères et sœurs. On leur disait que leurs parents étaient morts, et on leur donnait un nouveau prénom. Une femme de Palm Island, Bethel Smallwood, m’a dit qu’elle avait été hanté toute sa vie parce qu’elle ne pouvait pas se rappeler de sa propre mère Elle se souvenait de sa silhouette, mais ne pouvait pas se rappeler de son visage. »
Il a fallu attendre 2008 pour que des excuses soient présentées aux aborigènes et à la génération volée par le premier ministre Kevin Rudd.

C’est aussi un livre terrifiant car il raconte une réalité proche de nous, géographiquement et temporellement. Il met devant une réalité très dure à admettre. Qu’au 21e siècle, dans un pays développé des hommes et des femmes puissent vivre dans cette précarité sans espoir s’en sortir est au-delà de ce qu’il est possible d’imaginer. Intoxiqués par l’alcool et l’essence, ayant pour seul défense la violence, et se heurtant au racisme des blancs, ils ne leur aient pas possible d’envisager la vie autrement. Ils sont impuissants devant les policiers, préférant ne pas porter plaintes pour ne pas subir les conséquences.

Après plus de 3 ans de combat et un procès en bon et due forme, le verdict est rendu, Hurley est libre. Encore une longue lutte a mené pour les aborigènes.

Chloe Hooper est écrivain. Elle est l’auteur d’Histoire d’un vrai crime raconté aux enfants (également paru aux éditions Christian Bourgois) / A Child’s Book of True Crime et The engament (paru en Australie en 2012). En 2009, The tall man a reçu de nombreux récompenses dont le Ned Kelly Awards, et le Victorian premier’s literary award.

C’est mon troisième livre participant à l’Australian Women Writers Challenge 2012

Deux policiers pour le prix d’un

Le Melbourne Writers Festival touche à sa fin et vous l’aurez remarqué, la terre continue de tourner.

Il y a quelques jours, les gagnants du Ned Kelly Awards on été annoncé ainsi que ceux du Davitt Awards (en l’honneur de Ellen Davitt qui a été la première femme a écrire un roman policier,  Force and Fraud). Ce prix récompense donc un roman policier écrit par une femme.

Davitt Awards
Meilleur roman
A decline in prophets de Sulari Gentill (Penterra Press)

Meilleur premier roman
Beyond fear de Jaye Ford (Random House)

 

Ned Kelly Awards
Meilleur premier roman
The Cartographer de Peter Twohig (Harper Collins)

Meilleur roman
Pig Boy de J.C. Burke (Random House)