Un vie entre deux océans/The Light Between Oceans de M.L Stedman

The Light Between Oceans de M.L Stedman, Penguin 2012
Un vie entre deux océans
traduit par Anne Wickle, Stock 2013 ; Le Livre de poche 2014


Résumé de l’éditeur : Libéré de l’horreur des tranchées où il a combattu, Tom Sherbourne, de retour en Australie devient gardien de phare sur l’île de Janus, une île sur les Lights, sauvage et reculée. À l’abri du tumulte du monde, il coule des jours heureux avec sa femme Isabel ; un bonheur peu à peu contrarié par l’impossibilité d’avoir un enfant. Jusqu’à ce jour d’avril où un dinghy vient s’abîmer sur le rivage, abritant à son bord le cadavre d’un homme et un bébé sain et sauf. Isabel demande à Tom d’ignorer le règlement, de ne pas signaler « l’incident » et de garder avec eux l’enfant. Une décision aux conséquences dévastatrices…

Je ne sais pas vous, mais moi, les phares m’ont toujours fasciné. J’imagine les conditions violentes dans lesquelles vivaient les gardiens de phare et leur famille. Ces tours élevées sont les seuls remparts contre le mauvais temps, les seuls points de repère dans la nuit noire et agitée. Alors si ces phares se trouvent en Australie, c’est la cerise sur le gâteau ! Il faut s’imaginer que l’Australie-Occidentale (lieu où se déroule le roman), c’est loin de tout. Perth, la capitale de l’état, qui compte aujourd’hui un peu plus de 2 millions d’habitants est la ville la plus isolée au monde. Adélaïde (en Australie-Méridionale) est la ville de plus d’un million d’habitants la plus proche et se trouve quand même à plus de 2000 km. Bref, quand on est gardien de phare dans ce coin-là (dans les années 20 !), il vaut mieux avoir un tempérament de marin et de bons bouquins.

Je suis tombée un peu par hasard sur ce livre à l’alliance française de Melbourne, donc une fois n’est pas coutume, j’ai lu un roman australien en français. J’ai tout de suite accroché et je me suis demandée quelle pouvait être cette décision qui avait bouleversé la vie de Isabel et de Tom Sherbourne, là-bas isolés sur leur île. Est-ce vraiment la décision de garder un enfant sans avertir de potentiels parents vivants sur le continent… où est-ce plus profond que cela ? Chaque décision que nous prenons a des conséquences imprévisibles, comment choisit-on d’assumer ses choix ? Ce livre est particulièrement bien construit, car il ne juge aucun des personnages. En fonction de l’angle sous lequel on étudie la situation, chacun a ses torts et ses raisons.

Il serait intéressant de pouvoir confronter nos points de vue, ressent-on de l’empathie pour Isabel, pour Hannah, pour Tom ou pour Lucy… qui est la victime, qui est le coupable ?

Autant de questions que soulève ce roman qui a reçu le Prix des lecteurs 2015 (Le Livre de proche) et sort au cinéma le 5 octobre prochain.

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Lola Bensky de Lily Brett

Lola Bensky de Lily Brett, Penguin 2012
Lola Bensky traduit par Bernard Cohen, La grande ourse 2014

Lola bensky - Lily Brett

En novembre dernier, Lily Brett (& Bernard Cohen) a reçu le prix Médicis étranger pour son roman Lola Bensky, que je me suis donc empressée de lire pendant les vacances. Lily Brett est romancière australienne qui vit depuis plusieurs années à New York. Elle a publié de nombreux romans, mais celui-ci est le premier à être traduit en français.

Résumé de l’éditeur:
Le nouveau roman de Lily Brett, très autobiographique, raconte l’histoire captivante et drôle d’une jeune journaliste de rock un peu naïve qui, lorsqu’elle n’interviewe pas Mick Jagger ou Jimi Hendrix, pense au prochain régime alimentaire qu’elle va suivre.
C’est un émouvant hommage à tous ces génies du rock des années 60 et 70 qui ont marqué la mémoire collective de sonorités indélébiles. Mais c’est surtout un destin : celui d’une femme, fille de rescapés de la Shoah, qui se bat contre ses fantômes avec humour, tendresse et générosité.

Lola Bensky est le double de Lily Brett. Elle est née en Allemagne en 1946 dans un camp de réfugiés. Ses parents ont survécu à l’holocauste et à Auschwitz mais ont perdu toute leur famille. Ils ont immigré quelques années plus tard en Australie pour recommencer leur vie, mais leurs souvenirs ne cessent de les hanter. La position de Lola n’est pas simple. Sa mère la culpabilise parce qu’elle est grosse, et que dans les camps, les gens gros étaient suspects. En effet, ils obtenaient un régime de faveur de la part des nazis en leur rendant des services. Lola culpabilise aussi de sa vie facile et de cette société libre et démocratique dans laquelle elle a grandi. Plus Lola vieillit, plus les histoires que ses parents lui racontaient sur les camps l’angoisse, elle devient agoraphobe, hypocondriaque et souffre de crises de panique.

Le roman commence lorsque Lola a 20 ans elle est journaliste et interview les plus grandes vedettes du rock. Au cours de ses entretiens, elle raconte certaines atrocités que ses parents ont vécu ou desquelles ils ont été témoins pendant leur détention dans les camps. Mais ses souvenirs sont entrecoupés de réflexions complètement naïves et rafraîchissantes sur les faux cils sertis de brillants qu’elle a prêtés à Cher et qu’elle ne lui a jamais rendus, sur son prochain régime, ou sur les stars qu’elle rencontre.

[Les va-et-vient] composent le tableau intime, divertissant et névrosé d’un monde où tout est possible, le pire et le meilleur, un monde qui passe en quatrième vitesse des camps d’extermination aux expériences des sixties, désir en avant et mort aux trousses. Libération, Philipe Lançon 7 mai 2014

Je ne peux pas commenter sur la traduction de Bernard Cohen parce que j’ai lu le livre en anglais, mais je me pense qu’il doit se sentir pas mal fier de sa traduction et de ce prix. Quelle consécration pour un traducteur, plus habitué à être oublié que mis en avant ! Dans le monde de la traduction, un vieux débat persiste: quand on lit une traduction, apprécie-t-on les mots de l’auteur ou de son traducteur ? Pour en savoir plus sur le sujet du Traduttore-traditore (traducteur-traître), retournez le post de Bernard Cohen sur le blog de l’Obs.

Je vous laisse découvrir ce superbe roman que je ne saurais trop vous recommander.

The rehearsal / La répétition d’Eleanor Catton

The rehearsal d’Eleanor Catton, Granta 2008
La répétition traduit par Erika Abrams, Denoël 2011 ; Folio 2013

Je n’ai, bien entendu, par fait le tour de la littérature australienne, mais quand un auteur de la région pacifique émerge (ici, la Nouvelle-Zélande), il est important d’en parler. Eleanor Catton est donc Canado-Néo Zélandaise et a reçu le Man Booker prize 2013 pour son roman Les luminaires. Ce prix littéraire récompense un auteur originaire de Grande-Bretagne ou d’un pays du Commonwealth et apporte gloire et renommé à celui qui l’emporte. J’avais lu des critiques assez élogieuses sur son deuxième roman Les luminaires, mais j’ai préféré commencer par son premier roman, La répétition dont l’histoire sur fond de théâtre m’a tout de suite séduite.

L’histoire :

Un scandale éclate dans un lycée de jeunes filles : Mr. Saladin, le professeur de musique, est renvoyé pour avoir entretenu des relations coupables avec l’une de ses élèves, Victoria. Les camarades de classe de l’adolescente et sa jeune sœur se confient tour à tour à leur professeur de saxophone. Toutes sont en émoi, comme brusquement propulsées dans un monde de désir, de choix, de fantasmes dont elles pressentent obscurément qu’ils forgent la vie tout entière. Les adultes, englués dans leurs angoisses et leur lâcheté, essaient tant bien que mal d’endiguer l’onde de choc. L’affaire agite les conversations jusqu’à l’obsession et l’école de théâtre locale finit même par l’adapter en pièce de fin d’année, brouillant définitivement les frontières entre réalité et fiction. En cours de saxophone ou sur les planches, les jeunes personnages expérimentent leur propre désir et celui d’autrui. En sortiront-ils indemnes?

J’ai été déstabilisée dès les premières pages car je n’arrivais pas à comprendre où commençait la pièce de théâtre pour laisser la place à la réalité (du roman, bien entendu). Et même après avoir refermé le livre, je ne suis pas sûre d’avoir distingué ce qui était vrai de ce qui était inventé. Eleanor Catton à propos de ce roman « Si j’ai appris quelque chose avec ce livre, confie-t-elle, c’est que les questions que se pose le lecteur au début ne doivent jamais trouver de réponse à la fin. Il faut que ces questions se transforment. Si elles disparaissent, si on y répond ou si elles demeurent telles quelles, cela veut juste dire que le livre n’est pas bon. » Le monde 08/11. Nous sommes spectateurs d’une pièce de théâtre mettant en scène des adolescents qui apprennent à devenir adultes, sans qu’ils sachent réellement comment faire. Ils tâtonnent maladroitement pour trouver leur marque et font face à des situations crues qui les déstabilisent tel que l’érotisme, la manipulation, les tabous de la société. Ils sont partagés entre leur envie de faire partie du monde des adultes, et leurs réflexes enfantins.

J’ai énormément aimé ce livre, je pense même qu’il fait maintenant partie de mon TOP 3 des livres à lire. C’est un roman complexe, finement tissé et incroyablement beau. Pas de fausses notes ni de faux pas, si vous cherchez un roman qui sort des sentiers battus et qui remettra en question vos certitudes, choisissez-le les yeux fermés !

Le Miles Franklin Award se féminise

C’est comme si le jury du prix littéraire Miles Franklin avait pris au sérieux les alertes lancées par les féministes sur le statut des auteurEs en Australie et dans le monde.
Cette année, quoiqu’il arrive le prix sera de nouveau remis à une femme (le prix a été attribué à Anna Funder pour Tout ce que je suis en 2012). Les cinq finalistes sont en effet cinq femmes – dont l’une a déjà reçu le Prix Stella (Carrie Tiffany pour Mateship with birds), un nouveau prix littéraire crée en 2013 pour récompenser une auteure féminine.

Voici la liste des nommées pour le Miles Franklin Award 2013:


Floundering
de Romy Ash
The Beloved d’Annah Faulkner
Questions of Travel de Michelle de Kretser
The Mountain de Drusilla Modjeska
Mateship with Birds de Carrie Tiffany

J’espère que le livre de Carrie Tiffany ne sera pas récompensé, non pas qu’il soit mauvais, je ne l’ai même pas encore lu, mais parce que je trouve ça dommage que toute les lumières ne soient braquées que sur un seul et unique titre. Rappelons nous que l’année dernière, Anna Funder (pour Tout ce que je suis) et Gillian Mears (Foal’s bread) se sont partagées tous les prix importants du pays… Alors que je sais qu’il y a plus de deux romans qui valent le coup en Australie !

Le jury rendra son verdict le 19 juin.

Le Stella Prize – Prix littéraire féminin

La sélection de la toute première édition du Stella Prize (dont le nom est inspiré par l’auteur Stella Miles Franklin) viennent d’être annoncée. Ce prix est le premier du genre en Australie car il est réservé aux auteures féminines uniquement et le jury est composé entièrement de femmes. La gagnante se verra attribuer 50,000$ le 16 avril prochain.

Les titres suivants ont été retenu :

The Burial de Courtney Collins

Questions of Travel de Michelle de Kretser

The Sunlit Zone de Lisa Jacobson

Like a House on Fire de Cate Kennedy

Sea Hearts de Margo Lanagan

Mateship with Birds de Carrie Tiffany


Autant dire que j’ai du boulot sur la planche…

Pour plus d’information sur le Stella Prize, visitez leur site internet.

Juger un livre à sa couverture…

Au printemps prochain, nous découvrirons le ou la gagnant(e) de la Plus Belle Couverture de Livre publié en 2011 et 2012 en Australie et Nouvelle-Zélande. En VO ça donne le prix pour The Most Beautiful Books— Australia & New Zealand. Proposé par Monash Art design & Architecture, State Library of Victoria et Klim Type Foundry, les couvertures seront jugées par un jury de 5 personnalités connues dans le milieu du design.

Ce prix a été créé pour « distinguer l’excellence et l’innovation des couvertures de livres contemporains ainsi que le travail de production en Australie et Nouvelle-Zélande ». Les couvertures peuvent être proposées par les graphistes, éditeurs, imprimeurs, libraires ainsi que par nous, chers lecteurs !

Le site qui n’a pour le moment pas grand-chose à offrir, mais il permet néanmoins d’y déposer la candidature de son choix: http://mbbanz.com. Candidature ouverte jusqu’au 1er Mars 2013.

Voici mon choix :

The rest is weight - Jennifer Mills

The Rest Is Weight (University of Queensland Press) de Jennifer Mills. Je suis souvent passée à côté dans les librairies, toujours attiré par sa couleur jaune et ce petit cheval en lévitation, mais comme je n’aime pas trop les nouvelles je n’ai pas craqué… Allez, s’il gagne promis je le lis !

La revue littéraire Meanjin a publié une de ces nouvelles ici.

 

Petit résumé de cette année 2012

Tous les ans à l’occasion de la Foire aux livres de Frankfort, Bookseller & Publisher et Thorpe-Bowker publient un guide sur le monde de l’édition en Australie.

Voici un (tout) petit résumé de ce qui valait le coup d’être lu en 2012

Meilleures ventes – Romans
134,000 ex. Scarecrow and the Army of Thieves de Matthew Reilly
104,000 ex. The opal desert de Di Morrissey
66,000 ex. Lola’s secret de Monica Inerney / The Slap (La gifle) de Christos Tsiolkas
64,000 ex. All that I am de Anna Funder
55,000 ex. Tiger Men de Judd Nunn

Les trois plus primés
All that I am de Anna Funder
Miles Franklin literary awards
Australian Book Industry Awards – Livre de l’année & meilleur roman
Indie – Livre de l’année & meilleur premier roman
Barbara Jefferis Award
Australian Bookseller Association (ABA) Nielsen BookData – Choix des libraires
Western Australian Premier’s – Meilleur roman
Nominé
Victorian Premier’sLiterary Awards for Fiction – Meilleur Roman (Livre récompensé Foal’s bread)
Queensland literary awards – Meilleur Roman (Livre récompensé Foal’s bread)

Foal’s bread de Gillian Mears
Prime Minister’s Literary awards – Meilleur Roman
The Age – Roman de l’année
Australian Publishers Association (APA) – Best designed Literary Fiction Book
Australian Literary Society Gold Medal
Victorian Premier’s Literary Awards for Fiction – Meilleur Roman
Colin Roderick Award
Nominé
Australian Book Industry Awards – Livre de l’année & meilleur roman (Livre récompensé All that I am)
Indie – Meilleur roman (Livre récompensé The Street Sweeper by Elliot Perlman)
Barbara Jefferis Award (Livre récompensé All that I am)
Miles Franklin literary awards (Livre récompensé All that I am)
Nita B. Kibble Literary Awards (Livre recompensé Five Bells by Gail Jones)
Western Australian Premier’s – Meilleur roman (Livre récompensé All that I am)

Sarah Thornhill de Kate Grenville
Australian Book Industry Awards – Roman de l’année grand public
Nominé
Prime Minister’s Literary awards – Meilleur Roman (Livre récompensé Foal’s bread)
Independent booksellers Week Book Awards (UK) – Meilleur Roman (Livre récompensé Why Be Happy When You Could Be Normal? de Jeanette Winterson)
Queensland literary awards – Meilleur Roman (Livre récompensé Foal’s bread)