Le jardin suspendu / The hanging garden de Patrick White

The hanging garden de Patrick White, Random House Australia 2012
Le jardin suspendu traduit par Françoise Pertat, Gallimard 2014

 

Il s’agit du premier roman de Patrick White que je lis. Je dois avouer que j’appréhendais un peu ma première rencontre avec cet auteur réputé pour être, selon Jean-François Vernay :

Un esthète élitiste et perfectionniste, un homme entier, voire un écorché vif qui avait un don reconnu pour l’écriture caustique et la formule assassine.

 

Je pensais trouver un style hermétique, des histoires alambiquées et des descriptions à n’en plus finir. Bien au contraire, et grâce à la qualité de la traduction de Françoise Pertat, j’ai été saisie par le style à la fois élégant et épuré de ce roman, Le jardin suspendu.

Patrick White commença l’écriture de ce roman en 1981, mais l’interrompit au profit d’une pièce de théâtre. Le grand roman en trois parties qu’il voulait écrire ne vit jamais le jour. Seule la première partie, Le jardin suspendu, aura été esquissée et a été publiée en 2012 à titre posthume. Patrick White est un colosse de la littérature australienne, bien qu’il ne soit pas apprécié à sa juste valeur littéraire dans son propre pays. Le Sydney Morning Herald explique « qu’au cours des six derniers mois de sa vie, Patrice White n’a gagné que 7000 $ en droit d’auteur et qu’en 2007, seulement 2728 exemplaires de ses 13 romans ont été vendus. » Il est considéré par certains critiques comme un écrivain qui choisit délibérément de déverser « une diarrhée verbale prétentieuse et inculte ». Un peu dur pour l’écrivain (le seul) australien qui reçut le Prix Nobel de littérature en 1973 « pour un art de la narration héroïque et psychologique qui a fait entrer un nouveau continent dans le monde de la littérature ». Les raisons de cette antipathie s’expliquent peut-être par ses opinions tranchées sur ses compatriotes et sur son pays natal. White a déclaré que l’Australie a démontré qu’il est possible de recycler ses propres excréments.

Résumé de l’éditeur : Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage en Europe, deux enfants sont envoyés en Australie, à l’abri des combats qui ont coûté la vie à plusieurs de leurs proches. Gilbert, jeune garçon réchappé du Blitz londonien, et Eirene, fille d’un résistant communiste grec, sont recueillis par une veuve qui habite une vaste demeure de la baie de Sidney. D’abord sur leurs gardes, les deux adolescents se rapprochent peu à peu et tentent d’affronter ensemble ce monde qui leur est étranger, trouvant refuge dans le parc à l’abandon autour de la propriété. Les recoins de ce luxuriant jardin deviennent le théâtre de leurs jeux et de leurs rêveries les plus intimes tandis que s’annonce l’inévitable séparation.

Le roman alterne avec brio entre la première, la deuxième et la troisième personne pour raconter le passage délicat de l’enfance à l’adolescence d’Eirene et de Gil. Ces deux reffos (réfugiés) racontent tour à tour leurs pensées, leur antipathie pour l’autre, mais aussi l’affection grandissante qu’ils ressentent l’un pour l’autre. J’ai ressenti une sorte d’euphorie à lire ce roman au style, on le remarque, brut et peu travaillé. Bien que la plupart des critiques admettent que ce roman ne soit pas son meilleur livre — après tout, White ne l’avait ni terminé, ni vraiment relu, et avait interdit sa publication — la poésie, la fluidité du style et la vraisemblance des sentiments exprimés par l’auteur et par sa traductrice (!) m’ont vraiment donné envie de lire d’autres de ses romans.

Tous les livres de Patrick White, dont son chef-d’œuvre Voss, ont été traduits et publiés en français dans la collection Du monde entier de Gallimard.

 

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Lola Bensky de Lily Brett

Lola Bensky de Lily Brett, Penguin 2012
Lola Bensky traduit par Bernard Cohen, La grande ourse 2014

Lola bensky - Lily Brett

En novembre dernier, Lily Brett (& Bernard Cohen) a reçu le prix Médicis étranger pour son roman Lola Bensky, que je me suis donc empressée de lire pendant les vacances. Lily Brett est romancière australienne qui vit depuis plusieurs années à New York. Elle a publié de nombreux romans, mais celui-ci est le premier à être traduit en français.

Résumé de l’éditeur:
Le nouveau roman de Lily Brett, très autobiographique, raconte l’histoire captivante et drôle d’une jeune journaliste de rock un peu naïve qui, lorsqu’elle n’interviewe pas Mick Jagger ou Jimi Hendrix, pense au prochain régime alimentaire qu’elle va suivre.
C’est un émouvant hommage à tous ces génies du rock des années 60 et 70 qui ont marqué la mémoire collective de sonorités indélébiles. Mais c’est surtout un destin : celui d’une femme, fille de rescapés de la Shoah, qui se bat contre ses fantômes avec humour, tendresse et générosité.

Lola Bensky est le double de Lily Brett. Elle est née en Allemagne en 1946 dans un camp de réfugiés. Ses parents ont survécu à l’holocauste et à Auschwitz mais ont perdu toute leur famille. Ils ont immigré quelques années plus tard en Australie pour recommencer leur vie, mais leurs souvenirs ne cessent de les hanter. La position de Lola n’est pas simple. Sa mère la culpabilise parce qu’elle est grosse, et que dans les camps, les gens gros étaient suspects. En effet, ils obtenaient un régime de faveur de la part des nazis en leur rendant des services. Lola culpabilise aussi de sa vie facile et de cette société libre et démocratique dans laquelle elle a grandi. Plus Lola vieillit, plus les histoires que ses parents lui racontaient sur les camps l’angoisse, elle devient agoraphobe, hypocondriaque et souffre de crises de panique.

Le roman commence lorsque Lola a 20 ans elle est journaliste et interview les plus grandes vedettes du rock. Au cours de ses entretiens, elle raconte certaines atrocités que ses parents ont vécu ou desquelles ils ont été témoins pendant leur détention dans les camps. Mais ses souvenirs sont entrecoupés de réflexions complètement naïves et rafraîchissantes sur les faux cils sertis de brillants qu’elle a prêtés à Cher et qu’elle ne lui a jamais rendus, sur son prochain régime, ou sur les stars qu’elle rencontre.

[Les va-et-vient] composent le tableau intime, divertissant et névrosé d’un monde où tout est possible, le pire et le meilleur, un monde qui passe en quatrième vitesse des camps d’extermination aux expériences des sixties, désir en avant et mort aux trousses. Libération, Philipe Lançon 7 mai 2014

Je ne peux pas commenter sur la traduction de Bernard Cohen parce que j’ai lu le livre en anglais, mais je me pense qu’il doit se sentir pas mal fier de sa traduction et de ce prix. Quelle consécration pour un traducteur, plus habitué à être oublié que mis en avant ! Dans le monde de la traduction, un vieux débat persiste: quand on lit une traduction, apprécie-t-on les mots de l’auteur ou de son traducteur ? Pour en savoir plus sur le sujet du Traduttore-traditore (traducteur-traître), retournez le post de Bernard Cohen sur le blog de l’Obs.

Je vous laisse découvrir ce superbe roman que je ne saurais trop vous recommander.

People of the Book / Le livre d’Hanna de Geraldine Brook

People of the Book de Geraldine Brook, Penguin Editions 2008
Le livre d’Hanna traduit par Anna Rabinovitch, Editions Belfond 2008

Je m’attendais à du Indiana Jones ou à une version plus profonde du Da Vinci Code. Le 4e de couverture m’avait appâté, « Quand Hanna Heath est appelée au milieu de la nuit à son domicile de Sydney à propos d’un précieux manuscrit médiéval qui a été retrouve dans les ruines de Sarajevo, elle sait qu’elle est sur le point de vivre une expérience unique. »

Ne vous méprenez pas, c’est un livre d’une extrême intelligence et très fouillé, mais un peu long à démarrer. Le livre se compose de différentes histoires, le fil rouge étant les recherches d’Hanna aux quatre coins du monde pour découvrir l’histoire de cette relique – qui se révèle être l’Haggadah de Sarajevo. Le reste des chapitres sont des scènes historiques en lien avec les fragments qu’elle prélève du livre (un bout de papillon, un cheveux blanc, une tache de vin etc.…).

Tout est extrêmement documenté, et Geraldine Brook a romancé l’histoire formidable de ce manuscrit qui a plus d’une fois frôlé la destruction.

Réalisé à la fin du 14e siècle par des membres de la communauté juive d’Espagne, il réapparait au 16e siècle en Italie, et est vendu au musée national de Sarajevo en 1894. Il fut ensuite caché pendant la seconde guerre mondiale par un bibliothécaire et un religieux musulman. Plus tard, il sortira miraculeusement indemne de la guerre de Bosnie. Un mystère plane toujours sur son itinéraire.

De quoi mettre l’eau à la bouche de tous les fascinés d’histoire…

Geraldine Brook n’en ai pas à son coup d’essai et a déjà gagné le Prix Pulitzer de la fiction avec son roman March / La solitude du Docteur Marchen 2006.

All that I am/Tout ce que je suis gagnant du Miles Franklin Literary Award 2012

Le Prix littéraire Miles Franklin 2012 a été attribué hier soir à All that I am/Tout ce que je suis d’Anna Funder.
Le jury a hésité avec Past the Shallows de Favel Parrett à trois contre deux, mais c’est Funder qui l’emporte une nouvelle fois (son roman a déjà été récompensé cinq fois par d’autres prix en Australie).

Le jury a admiré

Cet ambitieux roman qui traverse les continents, et les siècles pour nous rappeler que l’expérience de l’exil fait depuis longtemps parti de la vie australienne. […] Inspiré par des entretiens et mémoires de ceux qui ont résisté au 3e Reich, le roman d’Anna Funder est façonné par les souvenirs imparfaits de ses deux narrateurs, Ruth et Toller qui ont survécu pour témoigner. En ce sens, ce roman est à la fois un témoignage de ceux qui ont mené la résistance contre les nazis, et un reflet des moyens limités que la fiction et l’histoire ont sur la représentation d’un passé traumatisant, et pour rendre justice aux victimes.

Je n’ai pas eu le temps de commencer ce livre bien qu’il soit sur ma table de chevet depuis quelques semaines… Je ne peux donc pas vous en dire plus, mais voici quand même le pitch de l’éditeur :

« Lorsqu’Hitler arrive au pouvoir en 1933, un groupe uni d’amis et amants deviennent des fugitifs pourchassés du jour au lendemain. Unis dans la résistance contre la folie et la tyrannie du nazisme, ils fuient le pays. Dora, passionnée et courageuse ; son petit-ami, le grand dramaturge Ernst Toller ; sa jeune cousine Ruth et son mari Hans se réfugient à Londres. Là-bas, ils prendront des risques extraordinaires afin de continuer secrètement leurs activités. Mais l’Angleterre n’est pas le havre de paix qu’ils imaginaient, et un seul, terrible acte de  trahison les sépareront.
70 ans plus tard –  Ruth vit à Sydney. Elle a du mal à se réconcilier avec les fantômes du passé, et avec une partie de l’histoire qui est loin d’être oubliée. »

Les droits de ce livre ont été achétés par les Editions Héloise d’Ormesson, mais il ne paraîtra pas en France avant 2013.